LE BILLET d'e-crossmedia.

Joyeux anniversaire à la première des radios locales officielle de France !

Quel avenir pour les radios de proximité ?

A Lille, il y a 40 ans naît Fréquence Nord, la première radio de proximité «officielle» du Paysage Audiovisuel Français.

En 1980,en effet, c’est encore FR3, en charge de l’action régionale TV, qui assume aussi le service de l’offre locale en radio.

Elle produit quelques heures quotidiennes d’émissions réalisées depuis les grandes villes, en décrochage sur les fréquences de France Inter.

Nous sommes 2 ans avant la libération de la bande FM, mais il existe déjà de nombreuses radios pirates .

Jacqueline Baudrier, PDGère de Radio France crée alors trois prototypes de radios locales :

- Un format régional Fréquence-Nord,

- Une version départementale, Radio Mayenne,

- et une expérience dédiée à une agglomération, Melun FM.

La loi du 29 juillet 1982 confie à Radio France les services radiophoniques locaux de service public en région.

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Vingt ans plus tard, en septembre 2000 le réseau de radios locales de Radio France compte 38 stations et est refondé sous l’appellation "France Bleu" par Jean-Marie Cavada et François Desnoyers. Ils y adjoignent les moyens jusqu’alors affectés à l’offre destinée aux séniors "Radio Bleue".

Sa mission est de proposer une offre alternative au secteur privé pour conquérir le public dit "populaire", jusqu'alors largement fidèle au secteur privé : RTL, Europe 1 et RMC. 

Baptisé France Bleu ce réseau compte aujourd’hui 44 implantations dans l’hexagone, plus une offre spécifique en Alsace pour le sillon Rheinan, en dialecte.

Pour autant, la mission des radios publiques de proximité sur les 9 territoires ultramarins, les 1ères, demeure à la charge de France Télévisions.

Les 44 stations locales France Bleu séduisent aujourd’hui 6% des auditeurs qui écoutent la radio en métropole chaque jour. Fin 2014 c’était 7,9%.

Pourquoi ?

- En grande partie, du fait de choix stratégiques pour tenter de coller à l’évolution du marché.

- La nécessité de repositionnement du savoir-faire des équipes vers le numérique face aux nouveaux modes de consommation des médias.

- Aussi et sans doute pour répondre aux contraintes budgétaires ...

Pour bon nombre d’observateurs, les radios locales sont la variable d’ajustement budgétaire de l’entreprise Radio France. D’année en année, force est de constater que les moyens alloués à chaque station pour produire leurs programmes spécifiques s’étiolent. L’épisode des gilets jaunes en a été une illustration. A partir d’octobre 2018, les manifestations ont marqué l’actualité chaque samedi et les radios locales n'étaient pas en mesure d'en rendre compte en direct l'après-midi. Elles devaient, faute de moyens suffisants, diffuser le programme national réalisé depuis la maison de la radio à Paris. Auparavant le slogan de France Bleu était "Vu d'ici', en parfaite adéquation avec la mission des stations.

Au moment des mouvements sociaux, le slogan avait changé. Il était devenu "on est bien ensemble".

Difficile à défendre en pleine crise sociale ... 

Très récemment, durant le confinement pour de louables raisons de protection de ses personnels, l’entreprise a pris la décision de regrouper les 44 stations en 17 programmes seulement, sous forme de «régionalisation». Même si la proximité affective avec la cible a pu être sauvegardée pour l'essentiel grâce au professionnalisme des artisans des antennes, la proximité géographique a malgré tout été malmenée durant 8 semaines.

Ça a immanquablement mis à mal temporairement l’ADN de la marque même si les journalistes et les animateurs, pour la plupart en situation de télétravail, ont su exercer leurs talents et être créatifs sur le web.

Du coup, il est probable, tout de même, que nombre d’internautes qui n’étaient pas fidèles de l’offre radio ont découvert France Bleu. Ils deviendront peut-être de nouveaux auditeurs. La prochaine vague de sondage Médiamétrie, d’ici 6 semaines, dira quelle incidence aura eu cette période sur l’audience...

En attendant, dans ce contexte, impossible d'ignorer la revendication des radios locales privées réunies au sein du SIRTI. Elles ont, autant que faire se peut, maintenu elles, leurs programmes durant cette période. Elles considèrent du coup avoir su assurer une présence de proximité réelle avec leurs publics. Elles demandent que, au moins temporairement, la publicité locale ne soit plus autorisée pour le réseau France Bleu.

Une évolution fondamentale est déjà lancée et préfigure le futur paysage.

La tutelle impulse un rapprochement avec France 3. France Bleu a expérimenté, bien avant la crise sanitaire, une co-diffusion de 7 de ses matinales en télévision. Du fait du COVID-19, ces émissions ont été stoppées, et aujourd’hui France Télévisions tarde à les remettre à l’antenne.

Pourtant, coté Radio France, les matinales spécifiques sont à nouveau produites depuis 8 jours.

Il n’est pour l'instant question que de «radio filmée». Du coup malgré l’implication des personnels, l’offre apparaît bien peu séduisante pour le téléspectateur face aux concurrents comme RMC par exemple. Le savoir-faire existe pourtant au sein même du service public de l’audiovisuel. La PDGère de France Télévisions l’a d’ailleurs dit elle-même lors d’une visite dans l’une des stations d’outremer .

Sur  les 9 sites de La 1ère, les équipes radio, tv, et web savent réaliser ensemble, au sein de la même entreprise, des émissions en crossmédia, et pas seulement en cas de force majeure comme lors des cyclones. Ces émissions sont d'ores et déjà satisfaisantes, même si elles sont perfectibles, pour chaque canal de diffusion. Mais puisque c'est à des milliers de kilomètres de la métropole, elles ont été ignorées depuis des années par l'intelligentsia parisienne. De là à penser que ces savoir-faire ne sont pas mis en oeuvre à l’antenne dans l'hexagone simplement pour nourrir des ambitions personnelles, des enjeux de carrière il n’y a qu’un pas ! Et dire qu'a France Bleu et France 3 les équipes travaillent ferme pour mettre au point une recette et des process alors qu'ils existent déjà !

Tout cela n’est finalement que de la forme, une problématique conjoncturelle. Mais au fond...

Quid du devenir de l’action régionale du service de l’audiovisuel public ?

Bien évidemment, la problématique est purement politique.

L’instance de régulation, lors de la dernière nomination du Président de Radio France il y a 25 mois, n’a pas choisi le candidat le plus investi sur cette thématique. Des organisations syndicales à l'époque s'en sont même satisfaites.

Dans la foulée à l’occasion du mouvement des gilets jaunes et du grand débat initié par le Président de la République, les français n’ont eu pourtant de cesse que de demander encore et toujours plus de proximité. Le confinement du au COVID-19 n’a fait qu’enfoncer le clou.

Le politique saura-t-il, à l’aune de ces crises, répondre aux attentes des publics ?

Pour que vivent, survivent, les médias de proximité; publics et privés !

Envers et contre tout,

bon anniversaire a France Bleu Nord, la pionnière dans l’hexagone.

Et longue vie à tous les les acteurs des médias, de concrète et réelle proximité,

au service des publics !

Thierry Mathieu.

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