Frédéric LODÉON : D’abord le violoncelle et les orchestres, puis la télé et la radio, maintenant la jeunesse !

Frédéric Lodéon,

Producteur radio, Télé.

Chef d'orchestre, violoncelliste.

Depuis mi mars, je n’étais pas retourné à la Maison de la radio. Je n’y suis revenu que la semaine dernière pour enregistrer ma dernière émission, et puis ce lundi, puisque j’étais l’invité de la matinale de France Musique. Des masques, du gel Hydro alcoolique partout, on vous prend la température à l’entrée, on ne peut pas s’embrasser …  Ce coronavirus a tout bouleversé, et ce n’est pas fini.  Mais pour moi il a été un élément déclencheur ! J’ai 68 ans, et dans tous les cas je n’aurais pas pu faire plus de 2 ans encore comme salarié d’une entreprise publique.  Puisque tout a été stoppé à cause de la pandémie il y a 4 mois, j’ai pris ma décision: j’arrête la radio. Depuis, je reçois  des tombereaux de louanges et d’applaudissements: 136 textos de félicitations sur mon téléphone, des mails en quantité, je donne des interviews ! C’est presque trop, et ça va m’occuper pendant quelques temps. Durant des années j’ai sauté d’avion en avion  plusieurs fois par semaine comme violoncelliste pour donner des concerts, ensuite j’ai produit des émissions quotidiennes parfois même avec en plus des rendez-vous hebdomadaires  … Je vais pouvoir enfin  souffler  et c’est bien de laisser la place aux jeunes !

  • Pourquoi aviez vous fait le choix de changer de carrière en 92, de passer de vos tournées de concertiste au micro ?

Et j’y suis resté depuis 1992 : producteur et présentateur de l'émission Carrefour de Lodéon, puis sur France Musique depuis septembre 2014 ! Avec la radio et la télé, je n’ai plus eu le temps de travailler quotidiennement mon instrument pour conserver le niveau d’exigence auquel j’étais parvenu. J’ai fais le choix de ne plus jouer : impossible de mener les 2 de front, l’instrument et l’antenne. C’est comme dans l’Histoire du Soldat de Ramuz et Stravinski : «Un bonheur, c’est tout le bonheur. Deux, c’est comme si il n’existait plus !»

En 1977, j’ai remporté le premier prix du Mstislav Leopoldovitch Rostropovitch, je suis le seul français à l’avoir décroché,  et il n’y en aura jamais d’autres puisque le concours n’existe plus. Puis j‘ai aussi dirigé des orchestres et je suis arrivé au micro grâce à Jacques Chancel qui  m’avait invité de nombreuses fois sur le plateau du Grand Échiquier. Quand il a dirigé FR3,  il m’a proposé d’animer une émission de télé «Musiques, Maestro !» qui a fait connaître les orchestres français tels que l'Orchestre de Paris, l'Orchestre National Bordeaux-Aquitaine ou ceux du Capitole à Toulouse , d'Auvergne, de Montpellier et de Strasbourg. Ensuite, j’ai été recruté à France Inter pour la grille d’été par Pierre Bouteiller qui souhaitait avoir de la musique classique à l’antenne ….

  • Et puis donc, le confinement a précipité votre décision d’arrêter la radio ?

Ce n’est pas une fausse sortie que je fais, je pense avoir tout donné, une carrière de violoncelliste de 20 ans et aussi de direction d’orchestre, puis 28 ans à la radio : j’ai donné tout ce que j’avais dans le buffet ! Maintenant  je peux prendre le temps de regarder le monde, d’autant qu’il ne va pas être facile, notamment pour les jeunes. Pendant 3 mois beaucoup ont été payés par leur entreprise, comme moi. Mais je pense à tous les musiciens pour lesquels tout s’est arrêté, à commencer par leurs rémunérations.

Plus de concerts, plus de tournées, plus d’enregistrements de disques. Je me souviens quand j’avais vingt ans, j’allais le nez au vent, je fonçais de concert en concert, je n’avais même pas de sécurité sociale : je me disais qu’il suffisait de ne pas tomber malade et puis c’est tout ; c’était du grand romantisme !

C’était la vie aventureuse d’intermittent du spectacle, il y avait des concerts, même de plus en plus. On allait jouer au Japon pendant 10 jours, puis on repartait en Australie … Actuellement, c’est devenu compliqué, ne serait-ce que de prendre l’avion ! Si à l’époque j’avais pris dans les dents cet événement du coronavirus, la situation aurait été très difficile : je n’avais pas d’argent devant moi ne serait-ce que pour payer mon loyer pendant 3 mois … Les vieux comme moi avons une carapace, mais pour ceux qui débutent et voyaient la perspective de leur carrière comme un monde idéal, c’est une catastrophe … Je connais des gens qui ont eu 70 annulations de concert, c’est un drame épouvantable. Mon idée, c’est justement de me tourner vers les jeunes, comme va le faire France Musique cet été en diffusant 3 fois par jour des festivals virtuels. Je vais avoir le temps de les aider !

C’est effrayant, l’opéra de Paris, le Met à New York, San Francisco ...  Toutes les salles resteront encore fermées pendant des mois et aux Etats Unis c’est encore pire qu’ici pour les artistes, le système de protection sociale est bien moins protecteur.

  • Beaucoup on trouvé des moyens tout de même pour rester en lien avec le public grâce à Internet, une crise comme celle là révolutionne les usages ?

Comme à chaque crise en effet : à toute chose malheur est bon. Internet a fait un bon durant cette période là, j’ai eu des nouvelles d’une amie de Los Angeles qui a enregistré une œuvre contemporaine et l’a publié sur Facebook, le fils de mon premier professeur à Saint Omer a posté lui aussi une de ses compositions, les frères Capuçon et bien d’autres ont offert des concerts en ligne chaque jour. J’ai été attentif à tout cela et je me suis aussi impliqué dans ces nouveaux usages.

J’ai Facebook et Twitter, je ne suis pas sur Instagram parce que s’occuper de 2 Réseaux sociaux chaque jour, ça fait  déjà beaucoup ! Toujours est-il que, de ce point de vue, cette période aura été une grande respiration, elle aura permis de donner de l’élan à ces nouvelles formes de communication, mais maintenant il faudrait que ça s’arrête.

  • Pour illustrer cette période, si vous deviez choisir une œuvre qui colle à l’époque, qui fait écho à cette ambiance du fait de la pandémie, vous choisiriez quelle pièce du répertoire ?

Puisque je suis violoncelliste à la base, et que j’ai toujours un instrument chez moi, même si je n’en joue plus, je choisirais la 2ème suite de Jean-Sébastien Bach. C’est un moment de méditation, c’est très profond, un peu mélancolique. C’est vraiment la solitude qui s’exprime de manière magistrale. Avant sa naissance, il y avait eu la peste noire en Europe. Il a lui-même vécu des moments tragiques: Il a eu une vingtaine d’enfants, et il en a perdu énormément. 

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Mais il a résisté à tout ça. Bach c’est vraiment le personnage qui a démontré une résistance à tout, une force incroyable, qui a exprimé une œuvre hautement spirituelle. Justement le prélude de sa 2ème Suite n’est pas très joyeux mais c’est une sorte de réconfort. Il dit une vérité : la vie n’est pas toujours souriante, mais on peut vivre quand même ! Comme l’a dit plus tard, également, Tchaïkovski.

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Et je vous la conseillerai dans la 1ère version enregistrée par Paul Tortelier, ou alors celle de Pablo Casals du début du 20ème siècle : ça gratouille, ça chatouille, mais c’est extraordinaire !

le 1 juillet  2020.

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