François Desnoyers,

consultant en stratégie et communication, auteur, ex dirigeant à Radio France, RFO, Publicis Groupe.

François Desnoyers.

François Desnoyers,

consultant en stratégie et communication, auteur.

Ex dirigeant à Radio France, RFO , Publicis Groupe.

Ce que nous vivons depuis le 15 mars a été commenté sous tous les angles. Au-delà de ce qui a déjà été dit, le point qui m’a le plus alerté est la série de questions posées autour de l’information locale. A bien des égards, la crise a rendu plus nécessaire encore un traitement fin de l’actualité locale : ou comment permettre aux lecteurs, auditeurs, internautes, de s’approprier la crise globale – en l’occurrence mondiale- sous l’angle local qui est le plus proche du quotidien. C’est vraiment le fameux « Vu d’ici », un slogan qui a été, il y a quelques années, la signature du réseau local France Bleu. Où qu’il soit, personne ne peut dire qu’il ne s’est pas senti concrètement concerné par cette crise mondiale : c’est le meilleur cas de figure possible !

  • Face à la pandémie,  les médias locaux, aux équipes souvent restreintes, ont du s’organiser et concilier la nécessité de protéger leurs personnels tout en maintenant autant que possible leurs missions au service des publics …

Cet arbitrage n’a pas été facile. D’où la première leçon : la nécessité, pour l’avenir, de mieux se préparer à ce type de scénario (inédit) afin d’éviter, comme a dû le faire, à regret, le réseau public de radios locales, de trop « réduire la voilure », précisément dans des dans circonstances où le public attendait une proximité accrue. Le réseau Bleu, largement en télétravail, s’est d’ailleurs superbement illustré sur son offre en ligne. C’est un choix très difficile pour le chef d’entreprise : protéger d’abord les salariés et répondre au pic de demande du public. Cela ne peut pas s’improviser dans l’urgence. La crise, inattendue, a servi de terrain d’expérience pour l’avenir.

La sortie de crise, en revanche, est amère pour les médias privés qui ne vivent que de la publicité. Effondrement du chiffre d’affaires, crise de trésorerie et un redémarrage qui va être long en termes de recettes. Encore une fois, il faut regarder de près les médias locaux. Sans une aide spécifique, on peut parier qu’il aura des morts. Or, le terrain local, lui aussi, a besoin d’une diversité médiatique, déjà malmenée par des concentrations économiquement nécessaires.

En presse écrite, il est difficile d’aller plus loin : dans beaucoup de régions, le quasi-monopole d’un titre ou d’un Groupe de presse écrite s’est déjà installé.

  • Nombre de journaux, de radios et de télés sont en situation fort délicate ! 

Regardez ce qui se passe au Parisien, contraint de supprimer ses éditions locales. Certes, ces dernières n’étaient déjà pas rentables, mais l’entreprise « tenait », sur un terrain où Le Parisien offrait un service unique. La crise sanitaire vient donner le coup de grâce. Au détriment du public qui fait circuler des pétitions pour que les éditions locales ne ferment pas : du jamais vu en Région parisienne ! Mais quelle reconnaissance pour Le Parisien !

En radio, qui est le média que je connais le mieux, la France a l’immense chance de disposer d’une offre abondante, grâce à l’addition du service public (France BLEU), de radios commerciales indépendantes performantes et très ancrées sur leur territoire, et des centaines de radios associatives dont beaucoup ne vivraient pas sans l’aide du Fonds de soutien. Ce paysage est riche et il nourrit fortement la vie locale, à commencer par le débat public. Le COVID est venu fragiliser ce tissu de radios locales dont, vraiment, la France peut s’enorgueillir. Des radios, des journaux, des télévisions locales qui ferment, c’est beaucoup de vie locale en moins. Devrons-nous nous résoudre à un paysage média réduit, ici ou là, au seul quotidien régional et au service public (qui, en radio, n’est pas installé partout) ? C’est-à-dire à une offre reconnue parce que très pro et très fiable, heureusement, mais dans un paysage moins divers et donc moins fin et moins riche ?

  • La situation apparaît plus critique encore outremer, un terrain que vous connaissez bien pour avoir dirigé RFO au coté de Jean-Marie Cavada  de juin 97 à novembre 98.

On a vu, avec France Antilles (qui sera peut-être finalement sauvé in extremis), que des territoires pouvaient se retrouver sans journal local du tout. Si la crise fait disparaitre des radios et télés locales – ce qui est quasiment inéluctable outremer - on peut se retrouver demain avec le seul service public (en l’occurrence France Télévisions) comme opérateur radio, TV, web. Quelle que soit sa puissance, il ne peut pas, à lui seul, incarner la diversité ! Et je ne parle pas des centaines d’emplois disparus par la même occasion. Outremer, il y a réellement urgence.

  • Les tenants des seules lois du marché répondront qu’il n’a là rien d’extraordinaire : une activité qui perd de l’argent n’a pas vocation à perdurer !

Oui, mais !  On parle là d’entreprises pas tout à fait comme les autres. Ferments d’information pluraliste, de débat public, donc de démocratie. Et cela, partout. Les élus des territoires doivent reprendre la parole qu’ils ont, pour beaucoup, délaissée sur ces questions de paysage média de terrain. J’ai eu la chance, en responsabilité dans le service public – tout particulièrement à Radio France - de connaitre une longue période où, dans chaque famille politique, il y avait au Parlement – Assemblée et Sénat – au moins un vrai spécialiste de cette question. Non pas seulement de l’audiovisuel ou de la presse en général, mais, grâce aux mandats multiples (j’ai horreur du mot cumul, employé de façon bien trop négative et éloignée de la réalité), des élus de terrain qui connaissaient par cœur leur territoire et savaient à quel point les médias locaux y jouent un rôle social, civique, démocratique, irremplaçable.

Les parlementaires d’aujourd’hui ne sont pas en cause en tant que tels, mais on sait que, pour beaucoup d’entre eux, l’ancrage local est moins simple. Mandat unique oblige. Or, cette question spécifique des médias locaux, parfois encore regardés avec un certain dédain, y compris de la part de leurs confrères parisiens, est un sujet de société crucial. Ce ne sont pas seulement des éléments de décor – de folklore, pensent certains – de nos paysages !

  • C’est votre parcours personnel qui a forgé cette conviction ?

Provincial d’origine, j’ai appris mon premier métier – journaliste – au « coin de la rue », à Paris-Normandie (menacé de disparition !), à France 3, à Radio Mayenne (l’une des 3 locales historiques de Radio France qui fêtent, ces jours-ci leurs 40 ans d’existence).

Et j’ai eu la chance de faire partie, au début des années 80, des équipes qui ont monté le réseau local de Radio France, devenu, en 2000, le réseau France BLEU dont nous avons, avec les équipes des régions, dessiné les principes : 44 stations locales fédérées au sein d’un vrai réseau et d’une marque forte. Sans compter, pour moi, plusieurs années au plus près des 9 implantations du service public outremer.

Ces expériences ont été formidables. Mon ADN local est toujours bien vivant !

  • L’action locale et régionale a été l’une des thématiques que vous aviez le plus soutenu il y a 2 ans devant le CSA pour votre candidature à  la présidence de Radio France …

Oui. .Pour moi, c’est une mission incontournable et noble du service public. Mais au-delà de ce seul périmètre radio, je pense qu’il faut plus que jamais prendre soin de nos médias locaux, privés et publics. Osons chouchouter les médias de proximité ! Le pays, les gens, tout simplement,en ont besoin. Ne les laissons pas s’affaiblir, comme on peut l’observer, hélas, dans de nombreux pays. A commencer par les Etats Unis, longtemps eldorado de la presse.

A côté d’une offre nationale – quoiqu’on en dise – abondante et riche (je parle de contenus. C’est moins simple au plan économique), l’offre locale (sur tous les supports) joue, en France, un rôle considérable. Réfléchissons plus souvent au lien social qu’elle tisse jour après jour. Y compris à travers les réseaux sociaux qui sont des relais puissants. Et en termes de service en ligne, il y a longtemps que le local n’a plus rien à envier au national. N’oublions pas que le premier tirage de la presse française est Ouest-France !  Un empire de presse qui, chaque matin, comme ses confrères, réussit l’exploit – humain et économique – de ne jamais oublier votre petite commune, quelque part dans le Grand Ouest ! C’est irremplaçable.

François Desnoyers est récemment auteur,

avec Michel Meyer,

de « Mur de Berlin le monde d’après » chez Larousse

le 08  juin 2020.

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