Freddy THOMELIN,

journaliste, auteur, ex-dirigeant RFO, Sud Radio, Radio France et TLM.

Freddy Thomelin,

journaliste, auteur,

ex-dirigeant RFO, Sud Radio, Radio France et TLM.

Les 40 ans de « Radio tracteur »

Ce mardi 16 juin, 40ème anniversaire de la création de la 2 ème radio locale autorisée en France. Quelques semaines après Fréquence Nord à Lille, expérience de taille régionale, naissait Radio Mayenne à Laval, expérience menée sur un département. C’était un an avant l’élection à la Présidence de la République de François Mitterrand, et donc de la libération de la bande FM et l’éclosion des radios privées. A l’époque l’invention de ce nouveau type de radio est apparue comme une révolution pour les auditeurs : une radio parlait d’eux, vraiment !  Pour les professionnels également ce qui se passait à Laval était un phénomène, les « parisiens débarquaient d’ailleurs en voiture chaque weekend pour observer ça de près ! Des générations de journalistes, d’animateurs, de techniciens ont depuis adopté la réflexion et les pratiques imaginées entre autres à Laval, la sacro-sainte « proximité » travaillée dans ses 2 dimensions, géographique et affective : la zone de service à dimension "départementale" s'est avérée être la plus pertinente. Le succès ne s’est jamais démenti, l’esprit «Radio Mayenne » demeure un modèle de réussite pour rendre service aux publics.

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40 ans … Une éternité pour certains,  hier pour tous ceux qui y ont participé, dont le premier rédacteur en chef, Freddy Thomelin.

Freddy Thomelin:

Très tôt ce lundi 16 juin 1980, je suis réveillé par des coups de klaxon au pied de chez moi. A 2 heures de l’ouverture de l’antenne Daniel Hamelin,  le directeur de la station, s’inquiète de ne pas me voir déjà à la radio : il vient me sortir du lit ! Moi-même je suis tranquille, tout est préparé d’avance. En presse écrite le travail est fait la veille, pour que le journal puisse être imprimé et ensuite diffusé dans les points de vente, c’est pareil en radio.

L’essentiel des journaux «parlés » est préparé en amont : sauf en cas de coups dur, ce n’est pas en pleine nuit qu’on décide d’interviewer les personnalités qui vont illustrer les infos ! Mais ce jour-là à Laval, pour l’ensemble de l’équipe, c’était tellement nouveau. Moi j’avais déjà  cette expérience puisque je l’avais pratiquée auparavant outremer pendant une dizaine d’années.

  • Aviez-vous un sujet fort pour ce premier jour  à la Une de vos journaux ?

L’actualité a eu du talent !  François Mitterrand faisait alors sa pré-campagne pour être élu Président de la République, et il était à Laval durant le weekend pour la fête de la Rose du PS. Dans ce département tenu par la droite, il s’était livré à une très vive critique contre le pouvoir qui créait ces stations locales publiques tout en faisant la guerre aux radios pirates qui commençaient à fleurir un peu partout. 

Un technicien est venu placer un beau micro tout neuf siglé Radio Mayenne devant le futur candidat: c’est la première fois qu’a été vu le logo, personne ne savait ce qu’était cette radio … 330 jours plus tard, Mitterrand sera élu et autorisera les « radios libres » en libérant la bande FM !

  • La création de la station a été portée par Daniel Hamelin, animateur vedette des matinales de France Inter quelques années auparavant…

Il nous a dit : « Je veux que vous soyez à l’écoute  des gens, que vous parliez d’eux, dans leur réalité quotidienne : on va gagner » Il a su galvaniser les femmes et les hommes !  Nous étions des pionniers, chacun venait d’horizons différents, certains de la radio mais d’autres de la télévision ou de la presse écrite. Nous n’étions que 4 à la rédaction ! Du coup, par exemple, je faisais venir les rédacteurs en chef des 2 quotidiens locaux en direct à 8 heures et demi pour le rendez-vous de la revue de presse. 

Ils détaillaient eux-mêmes ce qu’il y avait à lire dans leur journal ; c’était tout nouveau à l’époque. Avec une toute petite équipe nous avons écrit sur une page blanche.

  • A  280 kilomètres de Paris, les artistes et les décideurs sont venus  observer ce phénomène et participer à l’antenne …

Bernard Mabille venait à Laval tous les samedis soir au volant de sa grosse Mercedes, il amenait au micro de 19 à minuit des Goldman, des Cabrel, tous les artistes des années 80 … Les gens étaient dans la rue, devant notre studio-vitrine et n’en revenaient pas : un succès formidable !

Nous nous sommes imposés un défi : traiter le plus rapidement possible un sujet dans chacune des 261 communes ! Partout, dans tous les terroirs, il faut qu’une radio ait un effet miroir, que le programme soit reconnaissable dès les premières secondes, que les auditeurs s’y retrouvent instantanément. Les gens, pour beaucoup des agriculteurs ou  des gens du monde rural,  voulaient s’équiper de radios capables de recevoir notre programme, c’est-à-dire la FM qui était toute nouvelle. Au magasin ils demandaient un «poste Radio Mayenne »! Nous avons très vite été baptisés par Le Monde, Télérama, les grands journaux parisiens qui s’intéressaient à notre expérience « Radio Tracteurs».

La station a contribué à affirmer l’identité de ce département qui, dans l’histoire, a été tour à tour rattachée à la Normandie, à la Bretagne puis aux Pays de Loire. La raison d’être de la radio était de parler de ce qu’il se passait en Mayenne, de la vie de ses habitants et la dimension «départementale » s’est révélée très pertinente. 

  • Vous avez réussi rapidement l’effet miroir  …

  • Il y a aujourd’hui 44 France Bleu. C’est votre expérience qui a servi de modèle dès 82 pour le développement du réseau des radios locales de Radio France ?

L’expérience a montré que ce que nous avons testé à Laval correspond au bon format. Faire de la radio à l’échelle d’un département c’est plus pertinent que de couvrir  un territoire à dimension régionale comme celui testé à Lille, ou d’agglomération comme celui tenté à Melun. Nous avons creusé le sillon de la proximité en radio : nous l’avons décliné sous toutes ses formes !

Parler du terrain en étant ouvert sur le monde, s’intéresser aux bruits de la planète mais avec sa sensibilité locale. Les américains ont appelé çà le globcal… France Bleu l’héritière de Radio Mayenne l’a décliné avec succès il y a quelques années avec son slogan «Vu d‘içi». Il reste qu’au fil des années la part d’émissions réellement réalisées depuis le terrain diminue et est remplacée par des programmes fabriqués à Paris.

Il est donc de plus difficile d’honorer la promesse de proximité; c’est pourtant la raison d’être de ces radios, nous l’avions compris dès le 1er jour, à Radio Mayenne. 

le 15 juin 2020.

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