Avec Michel MEYER ,

auteur,

journaliste, dirigeant à Radio France et à RFO,

spécialiste de l'Allemagne. 

Michel MEYER ,

consultant international, écrivain et journaliste.

  • Avez- vous noté une différence dans le traitement de la crise sanitaire de chaque coté du Rhin ?

En France, la question a systématiquement été abordée de manière critique à l’endroit des gens de pouvoir.  Chaque journaliste sait bien que sa mission est évidemment de les surveiller, voire de les censurer au besoin, mais il faut le faire en connaissance de cause, en allant sur le terrain. Or ça n’a pas été le cas, en particulier sur les chaines d’info continue qui ont proposé des émissions répétitives à un degré insupportable, sans régénération … Il aurait fallu au moins 3 ou 4 fois par jour faire une synthèse, actualiser les thématiques, pour qu’on comprenne ce qui se passait.

  • Et en Allemagne ?

Les confrères se sont beaucoup plus attachés aux données factuelles. C'était indispensable d'être clair et simple puisqu'on était en train de changer de monde : il fallait l'expliquer. Ils ont donné régulièrement des repères, simples et intelligibles pour tout à chacun.  Du coup, si on observe les conséquences politiques, Angela Merkel qui était «à la cave» a pu remonter dans les sondages. Il faut dire aussi qu’elle  ne s’est pas aventurée sur des terrains polémiques, c’est une pragmatique, elle est physicienne de formation et elle a abordé cette crise en tant que scientifique. Puisqu’elle a fait preuve de rationalité, les médias ont naturellement adopté la même tonalité.

  • Et du coté des chercheurs ?

On a vu et écouté des médecins plutôt humbles, c’est ce qui a primé dans l’espace médiatique. Notamment un jeune virologue de la Charité, Christian Drosten a expliqué sur toutes les antennes de façon méthodique et rationnelle ce qui se passait.  Il a fait l’inventaire des produits disponibles partout en Europe pour organiser des tests pour la population et de manière massive. Pour leur production il s’est appuyé sur la puissance de l’industrie allemande.

Idem pour les respirateurs qui ont pu ainsi être produits  : 40 000 appareils ont été fabriqués rapidement, en particulier en travaillant avec la Chine. Des ponts aériens ont été mis en place par la Bundeswehr, l’armée. Le contraste est saisissant avec la France.

  • Même type de constat ,selon vous, s’agissant du travail des rédactions en France ?

C’est vrai aussi, en effet, du coté des journalistes. Ils n’ont pas suffisamment bossé, pas suffisamment « introspecté », enquêté … Ca explique le désarroi général, la foire d’empoigne dont nous avons été les spectateurs sur toutes les antennes. Depuis le 17 mars, la priorité a été de flinguer le pouvoir, sans différenciation. Aujourd’hui ça évolue tout de même, puisque la réponse à la fourniture de masques, qui était primordiale pour l’opinion publique, a été trouvée.

  • Et puis Paris et Berlin ccopèrent de manière volontariste à nouveau ... 

Oui, ça n’a quasiment pas été le cas durant des semaines : chacun a géré la crise chez soi ou presque. Le couple franco-allemand fonctionne à nouveau et est force de proposition. On l’a vu lundi avec l’accord entre la Chancelière allemande  et le Président français pour tenter de relancer l’Union Européenne, les pays, les régions, et les secteurs les plus touchés par la pandémie, grâce à un emprunt communautaire à hauteur de 500 milliards d’euros.

Reste à savoir si cette proposition satisfera les 25 autres pays membres … C’est toujours comme ça, il faut des crises pour que les choses avancent, il faut bénir les crises !

  • Voilà un thème qui renouvelle un peu les infos diffusées par les médias !

Oui mais dans les studios et sur les plateaux français, trop de petits seigneurs «à grand clapet» restent insupportables ! Ils ne savent pas gérer le «tout info». L’un des rares qui m’intéresse c’est Olivier Duhamel, sur LCI.

Lorsqu’avec mes amis nous avons créé France Info il y a 33 ans, nous nous méfions d’une chose essentielle : croire que nous étions dans une urgence telle qu’on ne pouvait pas attendre une demi-heure avant de vérifier 3 ou 4 fois une actu et du coup éviter de diffuser des conneries !

A l'époque on était d’une civilité dramatique pour ne pas sombrer dans une espèce de trip absurde. Nous ne sommes pas tombés dans le piège de croire que le «tout info» c’est l’hystérie, la répétition, l’absence de prudence au nom du grand spectacle !

Les français semblent avoir oublié ces  principes, ce qui n'est pas le cas en Allemagne.

  • Comment ça s’explique ?

Il faut remonter à 45. L’Allemagne a été à son tour occupée, et les journalistes qui sortaient du contexte de propagande nazie, ont été formés à la rigueur, au factuel, en particulier par les équipes de la BBC. Ça a été un processus de désintoxication, de "désidéologisation", de dé-totalitarisme … La culture du factuel incontournable a prévalu, celle de la précision des faits…

Le factuel, d’abord et toujours, le factuel ! 

Michel Meyer est auteur, en septembre 2019, avec François Desnoyers, de l'ouvrage  " Mur de Berlin, le monde d'après", chez Larousse.

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