Avec Michel POLACCO, journaliste, ancien dirigeant à Radio France.

Michel POLACCO,

Journaliste aviation et défense. France Inter, Europe 1,

ex directeur de France Info.

Ex Secrétaire général de l'information de Radio France.

"Revenons au factuel ! Trop d’imprécisions et de polémiques de toutes parts..."

La moitié du trafic aérien mondial a disparu, ne restent dans le ciel de France que des vols militaires ou de sécurité civile, et quelques vols de transport de malades ou de livraison de masques. Moi-même je n’ai plus piloté, ni en avion, ni en hélicoptère,  depuis le 15 mars. Je faisais du vol d’altitude à Megève et j’ai rallié mon lieu de confinement en Périgord.

  • En ce qui concerne les armées, notre seul porte avion français est à quai, un millier de marins  a été contaminé…

C’est pourtant un bateau conçu pour combattre et resister à l’épreuve des guerres Nucléaires Radiologiques Bactériologiques et Chimiques. Personne n’a cru dès février qu’il fallait se mettre en posture de défense, et confiner les personnels.

Ils sont descendus en escale et ont ramené le COVID-19 à bord. 

Le porte avion sera inutilisable pendant plusieurs mois. Nous n’avons plus non plus de laboratoires, de grands régiments à part le 2ème Dragons, spécialisé dans les questions NRBC. On s’était pourtant préparé à ce type de guerre bactériologique ou chimique voire nucléaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale par crainte des russes, des soviets.

Elle n’est pas arrivée, on a tout démonté et maintenant on se retrouve sans matériels, sans laboratoires, et sans moyens de décontamination. Coté civil, même constat : il y a moins de 10 ans on avait un milliard et demi de masques, de gants,  de tenues de protection en réserve, mais les gouvernements successifs se sont dits que c’était du stockage inutile et que ça coutait cher. Aujourd’hui on est comme des imbéciles à demander à des couturières de faire des masques, ou à en commander aux chinois que nous nous complaisons à injurier en parallèle en les traitant de menteur …

  • Vous êtes journaliste et dirigeant de grands médias depuis 53 ans. Que dire de l’armée des reporters, des médias en ce temps de crise ?

Beaucoup de reporters de terrain sont également tombés malades étant au contact du virus dès le début.  Ils ne sont plus là et ce sont des journalistes moins aguerris qui les remplacent… On en souffre beaucoup parce que nous avons besoin avant tout, et comme toujours, d’informations factuelles, pour pouvoir construire nos opinions. Ensuite viennent les analyses et les commentaires

Une armée, ça ne repose pas uniquement sur des soldats. Il faut des infrastructures, des matériels, un commandement. Ce système lui non plus n’était pas préparé. La profession n’était pas suffisamment prête à lutter contre les fake news, voire même les imprécisions qui sont finalement plus dangereuses. Comme les soi-disant savants ou les politiques qui disent tout et son contraire sur les antennes du jour au lendemain.

En ce moment on est dans l’approximation, du coté des politiques aussi. Ils gèrent leur communication en cherchant à ne pas noircir le tableau, en ne publiant pas tous les chiffres clairement dans leurs communiqués ou leurs prises de parole, pour le nombre de décès, pour les Ephad. Chacun doit faire son propre calcul par soustraction ou addition en se référant à la veille ou l’avant-veille, etc. Les gens se fabriquent leurs propres courbes pour tenter de comprendre. Le travail fait par les médias est très désordonné. Ça ouvre la voix a un tas de polémiques, comme celle sur la chloroquine ou encore à des propos scandaleux qui nous refont penser à une période qu’on n’a pas aimé et qu’on n’a pas envie de revivre dans ce pays en matière de règlement de comptes ou de sectarisme.

Certains intervenant s’offrent le luxe de se vanter de se tromper, ils ont toujours raison même quand ils ont tort. Les promesses de tests sérieux ne donnent rien, le projet européen Discovery n’est même pas encore lancé ! Un médecin de Bichat hier à C’est dans l’air sur France 5 disait qu’on attend des résultats pour fin avril ou fin mai … Ce serait bien en effet qu’on les ait avant la fin du 21 ème siècle, surtout pour les arrières petits enfants de nos petits enfants !

Par moment on se demande si les journalistes comprennent bien tout ca et gardent le recul nécessaire …Il faudrait d’abord et avant tout savoir rester «factuel», vérifier encore et toujours et coordonner pour ne pas dire le soir le contraire de ce qui a été dit le matin. Sinon chacun de l’autre coté du poste ne comprend plus rien, et ca le met de très mauvaise humeur.

  • Saura-t-on tirer les leçons de ce cas d’école ?

Moi j’ai connu tellement de crises en 53 ans de carrière… A chaque fois on tire les leçons, on s’équipe, on organise des plans. Et puis 3 ans après, les effectifs ont changé, plus personne ne se souvient de rien, on ne sait même plus dans quel placard ça a été rangé ! Le plus important c’est d’avoir une culture des évènements, des réflexes adaptés aux situations de crise, du bon sens, de l’intelligence de situation, et surtout des dirigeants qui ne sont, ni frigides, ni frileux, capables d’envisager toutes les situations sans fermer aucune porte et surtout sans posture idéologique. Si l’idée est de sacrifier nos victimes pour sauver l’économie, je comprends qu’on n’ose pas le dire, mais au moins qu’on nous laisse le comprendre !

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