LE BILLET d'e-crossmedia.

Chute des revenus publicitaires : les radios privées crient famine !

L’économie sera-t-elle plus meurtrière que le virus lui-même ?

C’est inédit : RTL, Europe 1, RMC, NRJ Group, Radio Nova, et le Sirti pour les radios indépendantes appellent à l’aide ensemble le ministre de la culture, et le président du CSA. Elles ne vivent que des annonceurs, et l'arrêt brutal de la consommation des ménages depuis le début du confinement a provoqué une chute sans précédent des recettes publicitaires. 

Et puis …  La radio est considérée comme le média de la mobilité par excellence. Confinés chez eux, les gens n’ont plus circulé en voiture et n’ont donc plus écouté leur autoradio : les annonceurs ont reporté le peu de budget qui leur restait sur d’autres supports. Comme le web ou les réseaux sociaux, très consommés à la maison. Facebook par exemple a enregistré dès le 1er trimestre 17 % d’augmentation de ses ressources publicitaires...

Quelques exemples :

Le groupe M6, dont fait partie la généraliste RTL, annonce  un plan de réduction de ses coûts sur ses programmes et sur l'ensemble de ses activités. Et pourtant les audiences  augmentent :+1,6 point pour RTL à la dernière vague Médiamétrie, qui ne prenait pas en compte toutefois la séquence confinement à partir du 17 mars. Les recettes publicitaires chutent de 11,2%.

D’où, dit le Parisien- Aujourd’hui en France, la décision probable de supprimer à la rentrée la quotidienne de Sidonie Bonnec et Thomas Hugues «La curiosité est un vilain défaut »  tout comme «A la bonne heure ! » l’émission de Stéphane Bern.

Réelles raisons économiques ou décisions stratégique et éditoriale ? Il y a fort à craindre en tous cas que nombre de stations, moins «solides» financièrement, devront faire des économies drastiques, et que leurs offres de programmes seront impactées.

Du coté des radios musicales, l’exemple du Groupe NRJ : - 38,2% du chiffre d’affaires radio en France au mois de mars. Dès le 16 mars la majorité des annonceurs ont annulé leurs campagnes. Le groupe a même fermé temporairement ses radios locales et sa régie publicitaire en région.

Du coté des réseaux régionaux … Par exemple Champagne FM, membre du SIRTI, dirigée pourtant par un ancien cadre territorial de Radio France, demande que la publicité locale ne soit plus autorisée temporairement pour les radios locales de service public France Bleu, histoire de réserver au secteur privé les ressources... Quand la guerre contre le COVID vire au pugilat concurrentiel "fratricide". Ca promet !

La situation est aussi critique, voire pire, dans les territoires d’outremer. Les radios privées, à l’image du Groupe RCI en Guadeloupe et Martinique, ont elles aussi écrit aux instances gouvernementales pour demander de l’aide. Pour leurs dirigeants, des mesures sont prévues pour toutes sortes d'entreprises qui ont du cesser leur activité.

Mais il n'y a toujours rien pour celles, comme les radios, qui ont continué à servir leurs publics, malgré tout. Leurs situations financières sont en péril puisqu’elles n’engrangent quasiment plus de recettes. Et pourtant elles assurent la continuité de leur antenne, parfois même en mettant à disposition leur fréquence pour assurer l'école à la maison et ont le label "nation apprenante"!

L'autre poids lourd privé du PAF ultramarin Radio Freedom à la Réunion ne communique pas sur l'état de ses ressources.

Le danger est réel en cas d'affaiblissement ou même de disparition de ces stations de voir le pluralisme nécessaire à l'exercice de la démocratie affaiblis. Qui peut imaginer un retour, de fait, à une forme de monopole des radios de service public ?

Quelques exemples également à l’étranger…

Sur le mois de mars, c’est l’Allemagne qui semble s’en tirer le moins mal : - 12 %. En revanche en Italie – 20 %, en Autriche et au Royaume Uni  – 21 %, en Belgique – 27 %. Au Maroc, un cas particulier avec les chiffres sur les 7 premiers jours du Ramadan qui représentent traditionnellement le pic des recettes publicitaires : - 50 % !

Au Canada beaucoup d’observateurs craignent un "moment darwinien" dans le monde des médias. Sur le continent africain, les conséquences semblent moins catastrophiques puisque le mode de confinement choisi a été moins drastique et que l’activité économique n’a pas été réduite à néant.

En Europe et Amérique du nord en tous cas, il se dit que pour le mois d’avril, dont les données ne sont pas encore précisément connues, les pertes pourraient atteindre 80 % ! Et les prévisions sur les mois de Mai et juin sont d’ores et déjà impactées lourdement malgré la reprise progressive d’activité espérée.

Les radios de service public de part le monde, quoique moins dépendantes du marché publicitaire, seront tout de même également impactées à n’en pas douter. Les finances des pays dont elles dépendent seront pour le moins fragilisées. De là à penser que, comme le secteur privé, elles pourraient s’appuyer sur ce contexte pour précipiter les restructurations envisagées avant la crise, il n’y a qu’un pas. La période de confinement quasi-total qui se termine a démontré que des économies en termes d’effectifs et de moyens étaient possibles, via par exemple les mutualisations ou les régionalisations, sous couvert de protection des salariés au plan sanitaire. Quitte à dénaturer leurs offres et renier une part de leur ADN

Pour des raisons stratégiques une révolution était engagée pour prendre en compte les nouveaux modes de consommation des médias et l’impact du web et des réseaux sociaux. Certaines structures avançaient, parfois à marche forcée, vers la polyvalence des savoir-faire. Il y a fort à parier que le crossmédia s’imposera encore plus vite que prévu : 

novateur dans la forme il est aussi dans le fond une indéniable source potentielle d’allègement des charges. La crise actuelle loin d’être terminée  précipitera encore son avènement.

Mais au final, l’économie ne sera-t-elle pas plus meurtrière que le virus lui-même ?

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Thierry Mathieu.

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