LE BILLET d'e-crossmedia.

Sondage France Bleu :

"de la difficulté de

faire rimer local avec territoire".

France Bleu : 5,3 % d’audience cumulée.  

Voilà le chiffre publié ce jeudi matin par Médiamétrie sur la dernière vague dite "126 000" sur la période de déconfinement :

8 semaines sur mai, juin et début juillet. Evidemment, comme le précise l'institut de sondage, cette étude ne peut permettre un réel comparatif avec les vagues précédentes, le contexte étant très particulier.

Le média radio, qui est celui de la mobilité par excellence, souffre dans sa globalité de cette période lente de reprise d'activité. Il n'empêche que le classement des stations en fonction de leurs audiences n'est pas bouleversé. France Inter et RTL partagent toujours la tête du tableau, suivent NRJ, France Info, Skyrock, RMC, Nostalgie ...

Le réseau des radios locales de service public ne figure qu'ensuite, au 8ème rang, toutefois toujours devant Europe 1.  

5,3 % : c’est moins que les radios locales de Radio France avant la création de la marque France Bleu il y a 20 ans alors qu'il y avait pourtant moins de stations !  Cette offre unique en Europe avait même conquis ses lettres de noblesse début 2015 en frôlant les 8% d’audience cumulée. En quelques années, le réseau public a perdu presque un tiers de ses auditeurs !

5,3 % : c’est surtout en deçà des 6 points symboliques considérés comme un étiage pour que la mission soit évaluée positivement par les tutelles : Bercy qui finance puisqu’il s’agit à 90% d’argent public et la Culture qui en principe, avec le CSA, contrôlent la mission de Radio France en matière d’action régionale.

5,3 % : c’est le signe d'un revers qui s’affirme de vague de sondage en vague de sondage, depuis 4 ans. Pour certains c'est la conséquence probable d’un plan d’action de plus en plus en décalage avec la cible et la raison d’être du réseau.

5,3 % : c’est aussi sans doute la résultante de décisions stratégiques prises pendant la pandémie qui a frappé le pays depuis la mi-mars. La Présidence de Radio France et la direction du réseau ont fait le choix de réduire la voilure durant le confinement, dans le souci de protéger leurs collaborateurs de la covid-19. De 44 stations locales, l’offre a été réduite à 17 programmes régionalisés: l’ADN s’en est trouvé dévoyée. Les auditeurs ont évidemment ressenti que la proximité, tant affective que géographique, n’était plus honorée au niveau de leurs attentes.

5,3 % : Ces stations n’ont pas vraiment rempli leur contrat avec les pouvoirs publics. Les 44 radios locales se doivent, en particulier en période de crise, d’assurer avec des mesures particulières leur mission de service public. Des conventions existent avec le ministère de l’Intérieur et la Sécurité Civile; les radios locales de Radio France ont des engagements particuliers dans le domaine de l’information de proximité. Cela vaut en cas de grave événement climatique, en cas d’incendie ou de catastrophe de type industriel… Cette mission aurait dû être honorée pendant la crise sanitaire et cela n’a effectivement pas été le cas. Certains représentants de l’Etat en région s’en sont plaints et l’ont d'ailleurs fait savoir aux autorités parisiennes...

5,3 % : c’est un chiffre qui, en l’occurrence, donne des arguments aux radios locales privées. Elles demandent à la puissance publique des aides financières. Elles ont souvent maintenu, pour leur part,  leurs programmes pendant le confinement et poursuivi, à leur manière, l'indispensable  travail de proximité. Depuis le mois d’avril elles soulignent leurs difficultés budgétaires du fait de la chute de leurs ressources publicitaires : elles considèrent avoir, malgré tout, continué à servir leurs publics alors que le service public n’assumait plus, lui,  qu’une forme de service minimum, en tous cas dégradé. 

5,3 % : c’est le signe aussi d’une offre de service public à laquelle les élus de terrain semblent prêter aujourd'hui moins d'attention. Les maires, les députés, les sénateurs, les conseillers régionaux ou départementaux ont-ils conscience de la fragilisation de ce média, de ces 44 radios ? A l’instar de la Presse Quotidienne Régionale, elles sont pourtant des vecteurs essentiels de la vie démocratique et locale au quotidien. Comment expliquer que de trimestre en trimestre depuis 5 ans, la fragilisation de ces stations s’intensifie sans que des élus y prêtent attention ? 

5,3 % : c’est aussi un chiffre qui devrait alerter sans aucun doute les organisations syndicales au sein même du groupe Radio France. Elles constatent d'années en années l’appauvrissement constant des budgets alloués aux radios locales, et donc la réduction des heures de programme produites par chaque station.

Pendant la crise des gilets jaunes, des manifestations avaient lieu tous les samedis, mais les stations n’avaient pas les moyens, pour la plupart, d’ouvrir leurs antennes pour couvrir les événements ! A la même époque il avait été décidé de supprimer les émissions d’interactivité sur les 44 antennes alors que les manifestations se multipliaient sur tous les ronds-points et que le besoin de confrontation d’idées était une évidence. Paradoxe : le slogan affiché à l’antenne était "On est bien ensemble" !  

5,3 % : Les partenaires sociaux constatent également que les directeurs se succèdent à la tête du réseau depuis une dizaine d’années : un nouveau patron quasiment tous les 18 mois … Ils observent leurs choix stratégiques divergents qui déstabilisent l’offre et désorientent les publics.

France Bleu c’est pourtant un tiers du personnel de l’ensemble de Radio France et un quart du budget … Mais rien ne se passe : silence radio !

5,3 % : c’est un chiffre global pour l’ensemble de ce réseau de 44 médias locaux. Evidemment, les équipes de chaque radio attendent leur propre résultat. Les sondages « Médialocales » qui font l’état des lieux, zone de service par zone de service, une fois par an, ne seront publiés que d’ici 2 semaines : à chacun son «vu d’ici» comme le disait le slogan d'il y a quelques années.

Si certaines stations tireront tant bien que mal leur épingle du jeu, le médiocre résultat d’audience cumulé global est malheureusement celui qui sera pris en compte à Paris.

5,3 % : Ce n'est pas, pour autant, le signe que ce format de radio de service public, envié dans le monde entier, ne sache épouser son époque... De belles évolutions sont indiscutables comme le succès de la marque du côté de son offre Web, et sur les réseaux sociaux. Durant le confinement, les collaborateurs ont démontré leur souplesse et leur adaptabilité.

Ils ont beaucoup produit pour l’offre internet, alors qu’ils étaient en télétravail chez eux et n’avaient que très peu d’antenne audio.

7 stations ont également lancé leur co-diffusion de matinales avec France 3 avec d’indéniables succès d’audience.

L'offre demeure pourtant perfectible sur le petit écran, surtout du fait d’un manque d’investissement du coté de France Télévisions.

La volonté affichée en interne de rajeunir le public en ciblant les auditeurs de 35 à 45 ans ne sera pas d’emblée source de succès.

Et ce ne sont pas les nouveaux animateurs de renom en tête de réseau l’après-midi ou le weekend, dès septembre, qui feront renouer la marque avec le succès.

Car France Bleu n’est pas Une radio mais un réseau de 44 stations.

Elles ont chacune leur identité. Leurs animateurs et leurs journalistes sont pour beaucoup des "vedettes", localement ...

Et il est là finalement le paradoxe … Durant le Grand Débat initié de région en région par le Président de la République, le besoin de proximité s’est affirmé.

Le nouveau chef du gouvernement affiche quant à lui sa priorité aux territoires.

Et alors ?…

Après deux années d’un évident oubli politique du terrain local, un changement radical en sens inverse est revendiqué par l’Exécutif : jamais, désormais, les « territoires » n’ont été autant placés au centre du jeu politique.
Là où le pouvoir politique semble avoir compris que les expressions et initiatives locales sont incontournables, la radio publique poursuit exactement le mouvement inverse : toujours plus de temps d’antenne donné au "national" au détriment des émissions
locales qui, au train où vont les choses, finiront par n’être plus que des "décrochages" comme aux temps de l’ORTF gaullienne.
Il en sera alors fini du modèle français original de radios locales publiques, mis au point avec la création de France Bleu : un réseau de stations à l’identité locale bien affirmée, fédérées sous une marque identique et partageant des moments communs qui
constituaient le complément national indispensable des antennes. Et non l’inverse !
Radio France n’a pas besoin d’une radio "nationale" de plus, elle en est très bien pourvue. En revanche, par nature, le travail local ne peut pas se faire à Paris. Ce que bien des directeurs successifs du réseau semblent avoir oublié !

Thierry MATHIEU,

23 juillet  2020

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