Le 21 septembre 2001,
à 10h17,
Toulouse explose.
AZF vient de sauter.
Une onde de choc traverse la ville,
les vitres volent,
les toits s’effondrent, les sirènes hurlent.

Dans les premières minutes, personne ne comprend
ce qui se pase.
Mais une certitude s’impose :
il faut parler à la ville...
Comme en témoignent ces premières images de France 3
archivées par l'INA :
À peine rentré de New York
où il accompagnait Jacques Chirac à Ground Zéro,
Jean‑Marie Cavada, président de Radio France,
ordonne la création immédiate d’une antenne exceptionnelle.

M Toulouse,
une station de service public au sens noble du terme,
une radio de crise,
montée en quelques heures,
pour une ville qui cherche un repère dans le chaos.
Les équipes de France Info, de France Inter, des locales,
se mélangent, se relaient,
improvisent sous la houlette de Freddy Thomelin.
Les techniciens bricolent un canal interne pour coordonner les duplex,
les consignes de sécurité, les messages de la préfecture.
Les journalistes parlent avec les habitants, les secours, les scientifiques.
Les voix tremblent parfois, mais l’antenne tient.
M Toulouse devient la respiration de la ville.
Vingt‑cinq ans plus tard,
cette antenne reste unique :
la première radio de crise du XXIᵉ siècle,
le prototype de ce que pourrait être un service public audio
en situation extrême,
un geste de radio pur, brut, immédiat.
Sa mémoire est proposée par le réseau ICI
à ne pas manquer,
en podcast.
https://www.ici.fr/emissions/mon-azf-histoires-de-toulousains/toulouse

Auparavant
une première expérience avait été menée
que beaucoup ont oublié :
"Radio Solidarité"
une radio éphémère lancée par Radio France
au début des années 1980,
spécialement destinée aux sans‑abris.
Diffusée en ondes moyennes,
elle permettait d’être reçue sur des postes anciens,
souvent les seuls accessibles aux personnes en grande précarité.
Son contenu mêlait informations pratiques,
orientation vers les services sociaux,
messages de solidarité
et présence humaine continue.
Initiative unique dans l’histoire du service public,
Radio Solidarité demeure l’un des rares exemples de radio sociale
conçue pour répondre directement aux besoins des plus vulnérables.

Ensuite,
en 1992 :
la Radio des JO d’Albertville.
Un studio de Radio France en lien avec le COJO
est installé au cœur du dispositif olympique,
avec des journalistes dédiés,
des directs depuis les pistes, les patinoires, les villages olympiques.
Des chroniques sur les athlètes, les épreuves, les coulisses.
Une fois les Jeux terminés,
la radio ne s’éteint pas.
Elle redevient la radio locale permanente et se développe même…
C’est aujourd’hui ICI Pays de Savoie.
Arrive donc ensuite
en 2001
M Toulouse,
la première radio de crise du XXIᵉ siècle.
Elle est suivie par plusieurs autres initiatives,
privées cette fois,
comme en 2010
Radio La Faute pour la tempête Xynthia.
Tous les médias sont mobilisés,
avec aux premières loges la locale de service public
France Bleu Loire Océan
comme le prévoit la convention avec le ministère de l’Intérieur.
Mais La Faute‑sur‑Mer est isolée, submergée, coupée du reste du département.
La préfecture demande un canal hyper‑local
qu’autorise le CSA.
TDF installe un émetteur.
Les radios associatives locales prennent le micro.
C’est une offre d’hyper proximité pure :
consignes, points de regroupement, hébergements d’urgence.
En 2014 :
Radio Var Inondations :
France Bleu Provence et les radios locales privées couvrent le département.
Mais La Londe‑les‑Maures et Hyères sont coupées du monde.
La préfecture veut un canal exclusivement dédié aux alertes.
Le CSA autorise une radio temporaire.
TDF installe un émetteur.
Des radios locales amateurs assurent l’antenne.
Une radio d’alerte :
évacuations, routes, écoles, eau potable.

Et puis en 2020,
c’est moins connu,
il y a eu des Radios Covid :
les radios du lien social ...
La crise sanitaire crée un besoin inédit :
des radios de proximité ultra‑fine…
Comme Radio Confinement depuis un collège en Bretagne
montée par les enseignants pour maintenir le lien avec les élèves isolés :
des cours audios, des lectures,
des chroniques d’élèves,
des psychologues pour les ados en détresse.
Il y a eu aussi, entre autres,
Radio EHPAD
au CHU de Limoges
créée par l’hôpital pour rompre l’isolement des résidents.
Messages des familles, atelier audio, informations sanitaires :
diffusion en FM dans le périmètre hospitalier.

Une éphémère "Radio COP21" à Paris,
la radio où le monde entendait se parler,
a aussi émis durant quelques jours :
un studio au cœur de la zone bleue,
des débats en direct entre négociateurs,
ONG, scientifiques !
A l’antenne,
des chroniques sur le climat et la diplomatie.
Créée par le ministère de l’Environnement,
avec des radios privées et militantes spécialisées,
elle a été autorisée par le CSA.
Il faut évidemment aussi évoquer,
les radios événementielles sportives…
Après Alberville en 1992,
reste notamment en mémoire "Radio France 98"
pour la Coupe du monde de foot :

Ou encore Radios Euro 2016,
celle dédiée à la Coupe du monde de rugby ...
La France,
via le service public,
a su inventer des radios pour les tempêtes,
les catastrophes indutrielles
les inondations,
les festivals,
les coupes du monde...
Aujourd’hui, les citoyens inventent leurs propres réseaux de solidarité.
Mais quand la République tremble,
elle a toujours besoin d’une voix claire, structurée, légitime.
Une voix qui ne s’improvise pas, et qui rassemble.
Les radios événementielles reviendront.
Plus seulement sur la FM,
mais là où se joue désormais le réel :
dans l’hybride, le numérique, le géolocalisé...
Thierry Mathieu
e-crossmedia
le 22 septembre 2026.
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