Les conflits aujourd'hui se déroulent partout à la fois :
sur les terrains mais aussi les écrans, dans les récits, via les algorithmes.
C'est la cas du conflit en Iran qui tend à se mondialiser.
À la fin des années 1930,
l’information n'avançait qu'au rythme d'un train postal.
On attendait le journal du matin comme on attend une lettre.
Les correspondants envoyaient leurs dépêches par télégraphe.
Et les radios nationales la BBC, Radio‑Paris, la Reichsrundfunk structuraient le récit du monde.
Comme le Président du conseil Daladier le 10 septembre 39
avant la déclaration de guerre du 3 octobre :
Mais quand Hitler, quelques mois plus tôt avait annexé les Sudètes,
les journaux français n'avaient que quelques photos
en noir et blanc,
souvent floues, et des cartes dessinées à la main.

Aujourd’hui,
quand un missile frappe une base américaine en Irak
ou un port du Golfe,
les images circulent en quelques secondes :
La presse n’a plus le monopole du visible.
En 1939, les journaux titrent sur "l’incident de Gleiwitz",
cette opération montée par les nazis pour justifier l’invasion de la Pologne.
Et c’est pourtant la main mise sur une station de radio qui est le déclencheur prétexte
à l’époque
de la seconde guerre mondiale.

Comme Patrice Gélinet
le raconte, sur France Inter :
Aujourd’hui,
une opération de désinformation similaire
serait disséquée en quelques heures.

La presse n’est plus seule à diffuser,
mais elle reste la seule à devoir répondre de ses erreurs…
Dans les années 1930,
les États contrôlaient l’information.
En France,
le gouvernement Daladier impose la censure militaire,
en URSS, la Pravda est la voix du pouvoir,
en Allemagne,
Goebbels orchestre la propagande.
Et la radio est l’outil qu’il exploite :
Aujourd’hui,
les États tentent encore d’influencer,
mais ils ne contrôlent plus vraiment.
La guerre en Iran se joue aussi
sur X, sur Telegram, sur TikTok !
Les Gardiens de la Révolution publient leurs vidéos,
le Pentagone diffuse ses images de drones,
les milices pro‑iraniennes postent leurs communiqués en direct.
Auxquels s'ajoutent des milliers de comptes anonymes
qui n’ont aucune idée de ce que vérification de l’information ou déontologie veut dire :
ils amplifient,
déforment,
manipulent !

La presse doit naviguer dans un océan où chacun fabrique son propre récit.
Autre différence majeure :
la vitesse !
En 1938,
un journal pouvait attendre
24 heures pour analyser les accords de Munich.

Aujourd’hui,
quand un navire est touché dans le détroit d’Ormuz,
les rédactions doivent publier en quelques minutes...
Le risque ?
L’emballement,
l’erreur,
la surinterprétation.
Lorsqu’une explosion frappe un site militaire en Iran,
trois versions circulent immédiatement :
accident technique, attaque israélienne, sabotage interne.
La presse doit trier, vérifier, recouper …
Pendant que les réseaux sociaux tranchent déjà.
La presse n’est plus en avance,
elle est en résistance :
c’est une question de confiance !
En 1939,
un éditorial du Temps ou du New York Times pouvait orienter une nation.
Aujourd’hui, un éditorial se perd dans un flux continu.
Chaque information est contestée,
chaque analyse est suspectée de parti pris.
Mais l’histoire enseigne aussi que le questionnement n’est pas toujours dénué de sens.
En témoigne cette archive disponible grâce à l’INA…
Enfin,
il y a évidemment la transformation du métier lui‑même.
En 1938, une rédaction devait savoir écrire, enquêter, vérifier.
En 2026, elle doit aussi analyser des images satellites,
décrypter des vidéos truquées
par l’IA,
comprendre les réseaux sociaux,
suivre des flux multilingues.
Quand une vidéo montre un drone exploser
au-dessus d’une base américaine,
la presse doit vérifier :
Est‑ce la bonne date,
le bon lieu,
la bonne séquence ?
Ou est-ce une image recyclée d’un autre conflit ?

La presse n’est plus seulement
un métier :
c’est une discipline.
Elle n’est plus seule à raconter,
même elle est seule à devoir rendre des comptes.
Et dans une guerre qui se joue autant sur le terrain que dans les récits,
ce rôle-là est vital.
Ce dont parle sur LCI
Hirbod Dehghani-Azar,
fils d’un officier de l’armée iranienne exécuté par les mollahs en 1982.
et avocat franco-iranien
La presse d’avant la seconde guerre mondiale
racontait un monde qui se préparait à basculer.
Celle d’aujourd’hui rend compte d’un monde qui bascule en temps réel. Et c’est peut-être là,
dans cette tension permanente,
que se joue sa nouvelle responsabilité :
aider à comprendre,
plutôt qu’à simplement voir.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 3 avril 2026.
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