6 téléspectateurs sur 10 devant Espagne-Argentine… Les usagers tradis devant M6, le jeune public dans l’archipel numérique. La finale rassemble… mais le pays se disperse.

 

Les médias ne rassemblent plus,

ils se dispersent…

et ils éparpillent les publics.

Non par caprice, mais par contrainte,

non par stratégie, mais par survie.

Le Mondial 2026 en est la démonstration par l'absurde.

 

La finale Espagne–Argentine,

diffusée hier soir sur M6,

confirme la règle :

12,24 millions de téléspectateurs, soit 59,2 % de part d’audience : 

Un triomphe… mais un triomphe isolé, segmenté, hors du commun partagé.

Le public traditionnel est allé chercher le Mondial là où il se trouvait,

comme on se rend sur une île lointaine pour y trouver ce que l’on aime.

 

Sorry its not set :(

 

Comme ce lundi matin

sur France Inter : 

 

 

 Le Mondial n’a pas créé l’archipel médiatique :

il l’a révélé,

65 % des 18–34 ans ont suivi le Mondial via TikTok, YouTube, Instagram.

24 % ont regardé des matchs “racontés” en direct

par des influenceurs,

les lives Twitch ont réuni entre 300 000 à 500 000 spectateurs simultanés

et l’audience des vidéos “réaction” a explosé :

5 à 10 millions de vues en 24 heures.

 

 

IShowSpeed,

mais aussi Squeezie, AmineMaTue, Gotaga  …

Sans images officielles, mais avec voix, humour, dramaturgie

ces internautes créateurs de contenus sont devenus les nouveaux griots,

les nouveaux prêtres du récit, souvent communautaire !

 

Désormais,

le sport se visite en s’appuyant sur une carte déchirée !

Si M6 a été la destination pendant la coupe des amateurs de ballons ronds,

c’est sur France Télévisions qu’il faut aller pour le Tour de France :

40 millions de Français touchés, 35 % de PDA.

 

Sorry its not set :(

 

Idem en rugby pour le tournoi des VI Nations :

6 à 8 millions par match

ou Roland-Garros :

3,5 millions en moyenne.

Canal+ monopolise la Formule 1 :

1,1 million par Grand Prix,

1,8 million même pour Monaco.

 

 

Pour les courses de MotoGP :

700 000.

 

C’est vrai aussi pour la musique :

la fragmentation est totale !

NRJ pour la pop, Skyrock pour le rap, RTL2 pour le rock

 

 

France Inter pour la scène française,

FIP pour les niches,

ICI pour les artistes régionaux

 

Et la musique classique ?

Elle a globalement disparu des radios généralistes.

Elle survit sur deux îlots :

Radio Classique et France Musique.

 

 

Et c’est finalement encore pire sur le web

que sur ces médias traditionnels !

Les réseaux sociaux permettent des récits alternatifs

mais ils fragmentent encore plus et créent des micro‑communautés,

fabriquent des récits parallèles,

imposent des narrateurs qui ne sont plus des journalistes :

les influenceurs deviennent des médias, des autorités sans responsabilité.

 

Les sociologues l’avaient annoncé …

clairement !

 

Sorry its not set :(

 

Pour François de Singly : l’individu comme centre de gravité :

"L’homme moderne ne veut plus appartenir à un collectif, mais choisir ses appartenances.

La fragmentation médiatique n’est que la traduction technique de cette autonomie culturelle".

Selon Jean Viard : la société des tribus :

"Nous vivons dans des “tribus culturelles” :

tribu foot, tribu rap, tribu classique, tribu gaming.

Les médias ne rassemblent plus : ils suivent les tribus".

Dominique Wolton constate la fin du commun :

"La multiplication des canaux n’a pas créé plus de lien, mais plus de dispersion.

La communication ne produit plus du commun,

mais du parallèle.

Alain Ehrenberg observe :  

"L’individu contemporain est autonome, mais isolé.

La fragmentation médiatique n’est que le reflet de cette solitude organisée".

Selon Hartmut Rosa : "L’accélération sociale produit des mondes disjoints,

des temporalités incompatibles. Les médias ne peuvent plus synchroniser la société.

Enfin Zygmunt Bauman parle de modernité liquide  :

"Les liens se dissolvent, les structures se fragmentent, les récits communs se liquéfient".

.

Sorry its not set :(

 

Alors,

les médias généralistes sont-ils en difficulté ?

La réponse est corrosive, mais elle s’impose…

Oui sur les grands événements sportifs comme sur la musique,

hors-jeu sur les jeunes publics,

hors-jeu sur les nouveaux récits.

Ils ne sont plus les lieux du commun,

ils sont les témoins d’un commun dissous.

Sauf …

S’ils parviennent en complémentarité avec le web

à valoriser leurs offres sur les réseaux sociaux

pour séduire à nouveau leurs cibles parties sur les RS

 

 

Le Mondial 2026 n’est pas une anomalie.

C’est la démonstration éclatante d’un basculement structurel du système médiatique,

et pas seulement en occident.

 

 

Thierry Mathieu

e-crossmedia

le 20 juillet 2026.

 

 

Logo d'e-crossmedia Pour découvrir nos autres actualités cliquez ici !