Les appels à témoins
publiés directement par les autorités sur les réseaux sociaux
se multiplient.
Et les médias traditionnels,
eux,
ne peuvent pas relayer ces publications.
Ce décalage peut être vécu comme une mise à l’écart :
un contournement des médias régulés au profit des plateformes,
dans un cadre où la loi de 1881
et les règles de l’Arcom
continuent de s’appliquer strictement aux radios, aux télévisions et à la presse !
Pour les rédactions,
le cadre est clair :
pas de visage d’un suspect non jugé,
pas de participation à une enquête en cours,
pas d’appel à identification,
pas de diffusion d’images non autorisées par l’autorité judiciaire.

Ce socle,
hérité de la loi de 1881
et renforcé par la jurisprudence,
est considéré comme un pilier de la déontologie journalistique.
Il protège la présomption d’innocence,
la dignité des personnes,
et évite la justice parallèle.

Comment expliquer aux lecteurs, auditeurs, téléspectateurs
des médias traditionnels,
qu’ils ne peuvent pas montrer ce que tout le monde voit déjà
sur X, Facebook ou TikTok ?
Les médias audiovisuels sont soumis à un contrôle strict :
obligation d’honnêteté,
vérification des sources,
maîtrise de l’antenne,
interdiction de diffuser des images
susceptibles d’entraver une enquête.

L’Arcom peut sanctionner une chaîne pour un visage flouté insuffisamment,
pour une image diffusée trop tôt,
ou pour un appel à témoin non autorisé.
Alors que les comptes institutionnels
qui ne relèvent pas de l’Arcom.
publient librement sur les plateformes,
Les autorités peuvent diffuser
ce que les médias ont l’interdiction de reprendre.
Pendant des décennies,
les médias traditionnels ont été les relais naturels de l’État...
Communiqués, conférences de presse, appels à témoins :
tout passait par eux.
Aujourd’hui, les préfectures, les parquets et la police nationale
publient directement sur les réseaux.
Les médias découvrent les avis de recherche,
comme tout le monde, dans leur fil d’actualité.
Le garde des sceaux,
sur TF1 :
Pour les rédactions professionnelles,
ce basculement peut être vécu comme une perte de centralité,
une désintermédiation brutale,
mais surtout un affaiblissement du rôle de filtre
et de hiérarchie de l’information.
Les journalistes savent ce que produit la diffusion massive
d’images de suspects,
emballement,
erreurs d’identification,
accusations publiques,
harcèlement en ligne,
pression évidemment sur les enquêteurs.
C’est précisément pour éviter cela que la loi de 1881
encadre strictement la publication de visages.
Il faudrait ...
une cohérence entre ce que l’État publie
et ce que les médias peuvent relayer,
une réflexion sur la place des plateformes
dans la communication publique,
une mise à jour du modèle de régulation.
Car aujourd’hui, le système produit une situation absurde :
les médias sont les seuls acteurs à respecter un cadre
que l’État contourne.

Les appels à témoins 2.0
ne sont pas un simple outil numérique,
ils sont possiblement le symptôme d’un déséquilibre :
l’État utilise les réseaux comme un espace d’exception,
tandis que les médias restent soumis
à un cadre républicain
qui date d’un autre siècle.
Ce sujet,
au cœur de la vie des médias,
méritz un débat national,
non pas pour entraver les enquêtes,
mais pour restaurer une cohérence entre régulation,
information
et communication publique.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 23 octobre 2026.
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