L’audiovisuel public n’est plus
un dossier technique :
c’est un symbole de société,
un révélateur de valeurs.
Et c’est précisément pour cela
qu’il s’impose déjà
comme un totem de la campagne présidentielle.

Avant même la publication du rapport parlementaire
attendue le 4 mai,
un autre texte prend l’initiative :
le contre‑rapport de la Scam,
la Société civile des auteurs multimédia,
porté par des auteurs,
des réalisateurs,
des journalistes,
des documentaristes,
des producteurs,
ceux qui fabriquent ce que le public regarde.

D’un côté :
la vision radicale du rapporteur.
Elle met en avant des coûts jugés trop élevés,
une gouvernance trop lourde,
des rapprochements internes
trop lents …
Une vision qui voit dans le service public un système figé,
coûteux,
qui doit se réorganiser,
se rationaliser,
se moderniser.

De l’autre :
la vision de la Scam :
Elle dénonce une lecture partielle,
fondée sur des exemples isolés.
Elle rappelle que l’audiovisuel public,
ce sont des millions d’heures de programmes,
et des missions
non rentables
mais essentielles :
l’Outre‑mer ...

Les antennes régionales ...

La jeunesse sans publicité,
la culture,
l’accessibilité,
l’investigation :

Une vision qui voit dans le service public un pilier démocratique,
un rempart
contre la désinformation,
un outil de cohésion nationale.
Le service public coûte 57 euros par an et par habitant,
un niveau inférieur à plusieurs pays européens.
Mais il souffre aussi de rigidités internes, reconnues par tous.

Les deux camps convergent
sur un point :
une évolution du modèle est devenue incontournable.
Pas une révolution,
pas une liquidation,
pas un statu quo :
une mise à jour, enfin, après quarante ans d’attente.
Mais parmi les "mis en cause",
le journaliste de France Inter
et France 5
Patrick Cohen
souligne sur le plateau de Quotidien (groupe TF1)
que l’idée de privatiser une partie du partie du service public
comme le souhaite la droite radicale
fragiliserait l’ensemble des médias,
y compris et surtout le secteur privé :
Parmi les reproches adressés à France Télévisions,
il y en a un qui revient comme un boomerang :
"Vous faites trop travailler les producteurs privés !".
Mais il faut rappeler
un fait historique :
c’est l’État lui‑même,
via la loi Tasca au début des années 2000,
qui a imposé aux chaînes publiques
de confier une part significative de leur production
à des sociétés privées.
Une politique publique assumée,
pensée pour soutenir la création indépendante.
Autrement dit :
il est reproché aujourd’hui au service public
d’avoir appliqué… la loi.

L’objectif affiché à l’époque
était de soutenir la création indépendante
et de dynamiser l’industrie audiovisuelle française,
la réforme visait aussi à éviter une production trop internalisée,
jugée à l’époque peu compatible avec le développement du secteur privé.
Elle a fixé des quotas précis de production externalisée,
devenus des obligations légales pour les chaînes publiques.
Cette politique publique a profondément structuré
le marché,
en installant durablement un modèle mixte public‑privé.
Aujourd’hui encore,
ces obligations expliquent donc
une grande partie du recours
aux producteurs privés
par France Télévisions.
Les critiques actuelles
sur l’externalisation excessive devraient donc
être replacées dans ce cadre législatif voulu par l’État.
La loi Tasca reste un tournant majeur
dans l’organisation de la production audiovisuelle française,
avec des effets toujours visibles.

Ce cadre a en effet structuré un modèle
où France Télévisions est devenue un financeur central de la création,
et ne pouvant internaliser qu’une part limitée de la production.
L’effet mécanique a été une montée en puissance durable des sociétés de production privées,
désormais destinataires d’une part majoritaire des investissements.
La production interne s’est progressivement recentrée
sur la coordination éditoriale et la gestion des commandes.
Le secteur privé s’est développé,
mais avec une forte fragmentation
et une dépendance accrue aux commandes publiques.
Ce dispositif a façonné un écosystème
où l’externalisation n’est plus un choix industriel
mais une conséquence réglementaire.
Le modèle reste aujourd’hui structurant pour l’ensemble de la filière audiovisuelle française.

Deux visions,
deux préconisations,
deux modèles de société…
Le rapporteur privilégie la restructuration, la rationalisation, la performance.
La Scam défend la mission, la diversité, la continuité du service public.
L’un parle d’efficacité,
l’autre de cohésion.
L’un voit des rigidités,
l’autre voit un patrimoine.
L’un veut un service public plus agile,
l’autre veut un service public
plus fort.
Et c’est pour cela que
ce dossier devient un totem de campagne
qui participe déjà aux leaderships en vue de la Présidentielle.
Parce que le service public
de l'audiovisuel
touche tous les publics,
cherche à servir toutes les générations,
et tous les territoires !
Il dit quelque chose de la France que chacun veut dessiner :
une France qui optimise,
ou une France qui protège.
Une France qui rationalise,
ou une France qui investit dans le commun.
Ce débat n’oppose pas des “pro” et des “anti”-service public.
Il oppose deux visions de la société.
Deux manières de lire la même maison :
ceux qui y voient des fissures,
et ceux qui y voient un patrimoine.
La ministre de la culture s‘est exprimée ce mardi
à l’Assemblée Nationale :
Lundi prochain,
le 4 mai,
les préconisations radicales du rapporteur ciottiste
seront publiées.
Elles ne mettront pas fin à la discussion.
Elles ouvriront la suivante :
celle pour laquelle il faudra décider,
collectivement :
quel audiovisuel public la France veut-elle
pour les vingt prochaines années,
et quelle société veut-elle raconter à travers lui ?
Thierry Mathieu
e-crossmedia
le 29 avril 2026.
Pour découvrir nos autres actualités cliquez ici !
Ce site utilise uniquement des cookies nécéssaires a son bon fonctionnement 💪 !