Le rapport sera donc publié lundi prochain, le 4 mai,
suite au vote hier lundi,
des membres de la commision d'enquête parlementaire.
Un vote “technique”, paraît-il…
12 députés ont voté pour la publication du rapport,
10 s’y sont opposés
et 8 se sont abstenus

Socialistes, Insoumis, écologistes et le communiste,
contre.
Tous les députés de droite et d’extrême droite,
pour :
les six élus RN,
le rapporteur ciottiste Charles Alloncle lui-même,
les 2 LR ainsi qu’une députée non-inscrite de Vendée.
Deux autres parlementaires les ont rejoints :
celui du groupe Liot
et le Président Horizon de la commission,
Jeremie Patrier-Leitus.
A part lui, la quasi-totalité du bloc central s’est abstenue
dont la représentante du parti d’Édouard Philippe,
comme les 2 députés du Modem.

Dans l’hémicycle,
on appelle ça de la nuance.
Dans un billet d’humeur,
en studio ou en plateau,
on appelle ça
"laisser la porte grande ouverte
en jurant qu’on n’a pas touché la poignée."
Tout le monde semble découvrir
que la loi qui régit l’audiovisuel public date de 1986 !
L’époque où on se battait pour programmer un magnétoscope
et où les chaînes privées étaient une nouveauté exotique.

Pendant ce temps,
le web et les réseaux sociaux ont tout renversé.
Les usages, les formats, les audiences, la vitesse, la hiérarchie de l’info.
TikTok a remplacé le zapping.
YouTube a remplacé les documentaires du dimanche soir.
Instagram a remplacé les magazines culturels.
Et X (ex‑Twitter) a remplacé les éditos…
parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.
Le service public, lui, a tenté de prendre le train en marche,
parfois avec succès
en investissant sur la complémentarité
entre les chaines traditionnelles
et le digital...
Mais pour l'essentiel,
les entreprises sont globalement restées engoncées
dans une loi écrite à l’époque
où l’on pensait que la télécommande était une révolution technologique.

Pourtant,
ce n’est pas faute de volonté politique de la part de sa tutelle !
Depuis 2017, les ministres de la Culture se succèdent
comme dans un casting :
Franck Riester et sa “cohérence stratégique”,
Roselyne Bachelot et son “modèle à bout de souffle”,
Rima Abdul‑Malak et “l’urgence de clarifier les missions”,
Rachida Dati et ses “réformes nécessaires”.

Mais les dirigeants de l’audiovisuel public
n’ont avancé qu’à petits pas,
malgré les demandes répétées de leur tutelle.
Le rapprochement entre Franceinfo TV et Franceinfo radio
est toujours en chantier,
pour ne pas dire au point mort,
idem pour le rapprochement du réseau ICI avec France 3 Régions…
France TV fait même marche arrière,
en ne financant plus les éditeurs visuels pour la co-diffusion sur son réseau
des matinales des radios locales.
Difficultés budgétaires, de conventions collectives, d’organisation, de culture d’entreprise :
brillantes sur le papier, ces évolutions voulues par le politique
n’ont été jouées que comme un puzzle sans notice,
en mode “ralenti”,
comme si le web n’avait pas déjà mis tout le monde au pas de course.

Alors comme toujours,
pour ou contre la publication du rapport,
tout le monde semble d’accord pour dire qu’il faut changer quelque chose,
mais surtout pas trop vite, ni trop fort, ni trop visiblement.
Au lendemain du vote, la CGT a dégainé ce mardi la première.
Plus rapide qu’un scroll sur TikTok,
plus sonore qu’un jingle de Franceinfo.
Un communiqué tombé ce matin, sans ambiguïté :
"Encore une fois,
l’extrême droite a mené un travail de sape minutieux
de la confiance que les Français·es ont dans leur Audiovisuel Public :
il s’agit d’une véritable guerre culturelle."

Le syndicat promet de “lutter de toutes ses forces”.
La bataille sociale est déjà lancée,
avant même que la campagne politique ne commence réellement.
La CGT,
qui connaît ces maisons comme personne,
et qui a souvent co‑géré les équilibres internes
pendant que les directions cherchaient la paix sociale,
se retrouve aujourd’hui en première ligne.
Comme si tout le monde découvrait soudain
que la guerre culturelle ne se joue pas seulement sur les plateaux,
mais aussi dans les couloirs.

Certains élus ont donné le ton durant les 6 mois de commission
comme Philippe Ballard
député RN et ex journaliste :
"Quand j’écoute France Inter,
j’ai l’impression d’être dans une réunion de la NUPES."
D’autres ont parlé de “déséquilibres éditoriaux”,
de “manque de pluralisme”,
de “nécessité de moderniser”.
Et dans le privé, on a observé tout cela avec un calme olympien.
Xavier Niel rappelant que “la concurrence doit être loyale”.
D’autres groupes estimant que
“le marché doit être rééquilibré”.

Résultat :
un vote qui ne dit rien…
mais qui dit tout. Un vote qui ne prédit rien de la présidentielle…
mais qui annonce clairement l’après.
Un vote qui montre que la remise à plat n’est plus une hypothèse,
mais s’apparente sans doute désormais à un passage obligé.

Parce que pendant que le Parlement s’interroge,
pendant que les dirigeants s’expliquent,
pendant que les syndicats s’enflamment,
le web, lui, n’attend personne.
Et dans ce paysage,
l’audiovisuel public n’a
ou plutôt
n’aura
sans doute plus le choix :
changer, ou être changé…
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 28 avril 2026.
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