C’est un retour en arrière spectaculaire du Congrès américain.
Dans la grande loi de soutien à l’Ukraine,
adoptée par 226 voix contre 195,
un article discret mais explosif
rétablit Radio Free Europe / Radio Liberty,
la radio née pendant la guerre froide
pour briser la censure soviétique.

Le Congrès réarme un média que Donald Trump avait voulu affaiblir,
au nom de la lutte contre la désinformation russe,
du soutien à l’Ukraine et de la liberté de la presse.
Contre le souhait du Président Trump,
le Congrès reprend la main,
et il le fait en réhabilitant un symbole de la guerre froide.

Pourquoi cette radio,
qu’on croyait presque d’un autre temps,
redevient stratégique ?
Créée au début des années 1950,
financée par le Congrès américain et,
à l’origine,
par la CIA,
Radio Free Europe avait une mission simple :
faire passer de l’information libre
derrière le rideau de fer.

Elle émettait vers la Pologne,
la Tchécoslovaquie,
la Hongrie,
l’URSS.
Elle donnait la parole aux dissidents,
aux intellectuels interdits,
aux journalistes bâillonnés.
Pendant des décennies,
elle a été la radio que les régimes communistes tentaient de brouiller,
preuve qu’elle touchait juste.
Après la chute du mur,
elle s’est installée à Prague
et a continué à informer les pays où la presse reste sous pression :
Russie, Biélorussie, Caucase, Asie centrale, Ukraine.

Pendant la guerre froide :
une audience massive.
En Pologne, en 1980,
près de 70 % des adultes déclaraient écouter RFE
au moins une fois par semaine.
En Tchécoslovaquie,
malgré le brouillage,
un tiers de la population écoutait régulièrement.
En Hongrie, dans les années 1980,
RFE était la première source d’information internationale.
L’URSS dépensait jusqu’à 100 millions de dollars par an pour brouiller ses ondes.

L’antenne a eu un rôle direct
dans les mouvements démocratiques :
Solidarnosc en Pologne utilisait RFE pour contourner la censure,
Pendant la révolution de Velours en Tchécoslovaquie en 1989,
les manifestants suivaient les bulletins de RFE pour savoir où se rassembler.
En Roumanie, en 1989,
RFE fut l’un des premiers médias à annoncer la chute de Ceaușescu.

Et Après 1991
l’antenne est devenue un contre‑pouvoir
dans les pays autoritaires.
En Russie, RFE/RL touche encore 6 à 7 millions de personnes par semaine,
malgré le blocage de son site.
En Biélorussie, elle a joué un rôle clé pendant les manifestations de 2020.
En Asie centrale, elle révèle régulièrement des scandales de corruption.
En Ukraine elle est un média central depuis 2014
RFE/RL est devenue l’un des principaux producteurs d’enquêtes sur les ingérences russes,
un média de référence pour les régions russophones, et un acteur majeur de la lutte contre la désinformation.

En 2020,
Donald Trump avait placé RFE/RL
sous la tutelle d’un nouveau patron,
Michael Pack, un proche idéologique.
Objectif affiché :
“mettre fin au gaspillage”
et “réorienter” les médias financés par les États-Unis.
Le Président Trump accusait RFE/RL d’être trop indépendante,
car la radio refusait de relayer la ligne politique de la Maison-Blanche.
Elle continuait de couvrir la Russie, l’Ukraine, la désinformation, les ingérences, parfois en contradiction avec les positions du président.
RFE/RL publiait des enquêtes sur les campagnes de désinformation russes,
y compris celles qui avaient visé les élections américaines.
Des sujets que Donald Trump jugeait “hostiles”.

Elle employait aussi des journalistes étrangers menacés …
Le Kremlin avait classé RFE/RL comme “agent de l’étranger”,
multiplié les amendes,
harcelé les reporters.
La Maison-Blanche, elle, estimait que la radio coûtait trop cher
pour un impact “difficile à mesurer”.
Résultat :
gel des budgets, fermeture de bureaux, départs forcés, programmes suspendus…
Un quasi‑démantèlement !

Mais depuis 4 ans, la guerre en Ukraine a tout changé :
le texte voté par la Chambre dit clairement :
RFE/RL est une source d’information fiable,
non censurée,
indispensable dans les pays où la presse est muselée.
Elle reste l’un des rares médias indépendants accessibles aux Russes,
malgré la répression.
Le Kremlin cible systématiquement ses journalistes,
preuve de son efficacité.
Et surtout :
son audience augmente,
en Russie comme dans les pays voisins.
Le Congrès autorise donc 250 millions de dollars pour 2026,
demande l’ouverture de nouveaux bureaux,
et exige un rapport sur les moyens nécessaires
pour toucher les publics russophones.

Parce que dans cette guerre en Ukraine,
il n’y a pas que les chars et les drones.
Il y a aussi la bataille des récits, des faits, des images.

Dans cette bataille
même avec le web et les VPN
puisqu'elle est n'est plus une radio mais un site internet
Radio Free Europe,
née il y a 70 ans pour contourner la propagande soviétique,
retrouve exactement… sa mission d’origine.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 24 juin 2026.
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