Les ondes, en temps de guerre ...
Focus sur la radio-télévision d'état d'Iran qui poursuit,
tant bien que mal, ses émissions.
Les obsèques du Guide déjà remplacé par son fils
seront retransmises en direct
ce mercredi soir.
Mais comment ?

L’Iran a construit un système
conçu pour survivre à la destruction physique de ses infrastructures visibles.
La continuité d’antenne après
la frappe sur le siège à Téhéran,
"Jame Jam"
n’est donc pas un miracle technique,
mais le résultat d’une architecture pensée pour la guerre.

Les frappes israéliennes ont bien détruit le bâtiment principal,
utilisé par les Gardiens de la Révolution.
mais pas l’infrastructure de diffusion dans son ensemble.
IRIB dispose de nombreux centres régionaux,
studios secondaires
et relais répartis dans tout le pays.
Le siège n’est qu’un nœud parmi d’autres.
En cas de destruction d’un site,
le signal peut être basculé vers un autre.
Parce que, comme beaucoup de régimes autoritaires,
l’Iran a anticipé la possibilité d’attaques sur ses médias,
avec des régies de secours,
des serveurs dupliqués,
des liaisons multiples grâce à la fibre et surtout aux satellites.
Le signal peut encore être envoyé
depuis n’importe quel studio opérationnel.
Comme la Syrie ou la Russie,
l’Iran a organisé des infrastructures protégées,
avec des studios enterrés,
des régies mobiles,
des centres de commandement éditorial sécurisés.
Ces installations ont été conçues pour survivre à des frappes aériennes.
Des tours hertziennes sont présentes dans chaque province,
avec des faisceaux interurbains,
les fibres optiques relient les centres régionaux au siège,
des relais depuis les montagnes assurent la couverture des zones rurales.
IRIB utilise aussi plusieurs satellites internationaux
pour ses chaînes domestiques et internationales.
La radiotélévision d’état dispose aussi
de bureaux dans 20 pays
comme en France, en Italie, au Royaume‑Uni, au Liban, en Malaisie, etc…
Ces bureaux ne diffusent pas,
mais ils fournissent des flux vidéo,
disposent évidemment des correspondants
qui peuvent représenter des capacités de repli
au plan éditorial …
Et surtout,
ils peuvent alimenter le signal national si les rédactions centrales sont perturbées !
Maintenir l’antenne est un acte stratégique.
L’Iran veut démontrer que l’État reste fonctionnel,
que la chaîne de commandement n’est pas brisée,
et que la guerre déclenchée samedi
n’a pas encore paralysé les institutions.
Le régime balbutiant considère IRIB comme un outil vital de contrôle du récit national.
La résilience du système démontre en tous cas une préparation de longue date
à des frappes ciblées.
La télévision reste un pilier de la mobilisation interne,
avec dit-on un tiers des 90 millions d’iraniens toujours fidèle au régime des Mollahs,
surtout dans un contexte de coupures Internet et de brouillage des réseaux.

En Serbie, en 1999
la RTS était sous les bombardements de l’OTAN.
Le siège de la Radio‑Télévision à Belgrade a été bombardé le 23 avril 1999.
16 employés sont morts,
mais la diffusion a repris en quelques heures.
En Irak, en 2003,
les États‑Unis ont bombardé les studios de la télévisionà Bagdad.
Malgré cela, la chaîne a continué d’émettre depuis des sites de secours.
Les images de Saddam apparaissaient alors à l’écran
alors que les troupes américaines étaient dans la capitale.

De multiples centres de diffusion avaient été prévus pour résister à une attaque.
L’Irak n’a perdu totalement sa capacité d’émettre
que lorsque les Américains ont détruit physiquement les derniers relais.

En Ukraine, en 2022,
la Russie a frappé la tour de télévision de Kyiv
et plusieurs relais régionaux.
Malgré cela, la télévision ukrainienne a continué d’émettre
grâce aussi à des studios de secours,
des serveurs cloud,
des plateformes numériques,
et l’intervention d’Elon Musk
avec son réseau Starlink
pour la connectivité.
L’Ukraine s’appuyait massivement sur le numérique et le cloud,
alors que l’Iran jusqu'alors resté centré sur la diffusion broadcast classique.
Mais surtout Volodymyr Zelinsky a donc bénéficié de soutien technologique extérieur,
ce qui n’est manifestement
pas le cas de l’Iran.
Comme la Serbie,
l’Irak
ou la Syrie,
l’Iran a donc anticipé que ses médias seraient des cibles prioritaires.
Mais son niveau de préparation semble plus avancé,
pour affirmer la continuité
de l’État,
éviter la panique,
montrer que "l’ennemi" n’a pas brisé le pouvoir
malgré la mort du Guide suprême
dont le successeur, son fils,
est déjà désigné.
Comme l’ensemble du régime
la radiotélévision d’état a peut-être été décapitée,
mais pas renversée !
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 4 mars 2026.
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