Il y a des élections qui avancent
comme des fleuves tranquilles,
et puis il y a celles qui débordent.
La présidentielle qui s’annonce ne coulera pas :
médiatiquement,
elle déferlera sans doute !
Aujourd'hui ...
Une trentaine de candidats potentiels,
de récits, de chaînes YouTube, de publis sur TikTok, Facebook, Insta ou X …
D’ambitions qui, mises bout à bout, composent moins une campagne qu’un archipel.
Et dans cet archipel, les médias traditionnels vont devoir naviguer comme ils peuvent !

Pour comprendre ce vertige,
il faut remonter le fil de l’histoire.
En 1981, dix candidats,
des rédactions qui s’organisent comme des orchestres sans chef.
Pas de CSA, pas de chronomètre, juste une intuition :
si tout le monde parle en même temps, personne n’écoute.
En 1988, douze candidats :
les radios inventent les formats courts,
les “1 minute pour convaincre”,
comme des haïkus politiques.
En 1995, c’est déjà la foire :
Balladur, Chirac, Jospin, Voynet, Laguiller, Cheminade…
Les rédactions découpent leurs éditions en blocs,
comme des tranches de vie politique soigneusement emballées.
Puis arrive 2002.
Seize candidats.
Le CSA sort le chronomètre.
Les radios deviennent des horlogers,
les chaînes d’info des ingénieurs de fusée.
On compte les secondes, on mesure les syllabes,
on équilibre les plateaux.
Le pluralisme devient une science exacte.
Mais la lisibilité, elle, se dissout.
Le 21 avril laisse un goût amer :
trop de candidats, pas assez de hiérarchie.
En 2007,
douze candidats encore.
En 2012, dix.
En 2017, onze.
En 2022, douze.
À chaque fois, les rédactions inventent de nouveaux outils :
portraits express, règles des trois temps, fact‑checking, contextualisation.
À chaque fois, les candidats inventent de nouveaux contournements :
vidéos maison, lives improvisés, messages directs.
Les réseaux sociaux gagnent du terrain, comme une marée qui ne redescend jamais.

Et maintenant, 2027,
la présidentielle s'annonce XXL,
fractale,
où chaque candidat aura son propre média,
son propre public,
son propre univers parallèle.

Face à cette constellation …
Les médias traditionnels
France Inter, France Info, RTL, RMC, Sud Radio,
le réseau ICI qui regardera cette déferlantes depuis ses 44 implantations en région,
et Europe 1 avec son positionnement assumé à droite radicale
devront actualiser leur métier.
Non plus comme des distributeurs de temps de parole,
mais comme des cartographes.
Car la parole politique ne passe plus seulement par eux :
elle les contourne,
les dépasse,
les submerge !
Alors, ces médias pros,
forts de leur déontologie,
vont sans doute devoir aussi
"se cloner" :
une antenne FM, une antenne TikTok...
Une matinale radio, une matinale déclinée en vertical sur les RS....
Une interview studio, une interview “shorts”...
Une chronique audio, sa déclinaison en réels...
Les stations vont devoir dupliquer leurs antennes en version numérique,
parce que les candidats y sont déjà,
parce que les auditeurs y vivent déjà,
parce que l’agenda politique se fabrique désormais en ligne,
dans des formats qui tiennent parfois en une minute :
Face à cette déferlante,
trois stratégies semblent émerger.
Le tri éditorial assumé :
couvrir ce qui compte,
mais pas tout ce qui existe.
La duplication numérique :
occuper le terrain pour ne pas être marginalisé.
Et la contextualisation permanente :
replacer chaque déclaration dans son poids réel,
chaque proposition dans son histoire,
chaque candidat dans son influence.

Car sinon,
les médias traditionnels seront noyés.
Noyés par la communication parallèle,
par les algorithmes,
par la confusion.
Et c’est peut-être là,
dans cette lutte pour la clarté,
que se jouera la vraie bataille de 2027 :
non pas celle des candidats,
mais celle du sens...
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 1 juillet 2026.
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