Beaucoup ont ressenti
la même interrogation,
en scrollant sur leur smartphone,
ces vidéos de dégradations,
filmées parfois
par les fauteurs de troubles eux‑mêmes…
Pourquoi restent‑elles en ligne,
tournent‑elles partout,
donnent‑elles l’impression
que les médias “minimisent” ce qui se passe ?

Une large partie du public,
désormais internaute,
se demande :
“Mais enfin,
pourquoi personne ne fait rien ?”
Alors que à la radio et à la télévision,
nombre de journalistes
comme le ministre de l’intérieur
disent :
“La situation est contenue.”
Alors là, forcément, ça coince. ...

Pour comprendre
le Pourquoi du Comment,
de telles vidéos peuvent faire le buzz,
il faut tout d’abord
se référer à la loi …
La première date d’il y a 22 ans,
autant dire avant la montée en puissance des réseaux sociaux !
C’est la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique :
tant qu’une vidéo n’est pas signalée, elle peut circuler.
En 2020,
un nouveau texte, "Avia" tente de progresser,
en obligeant les plateformes à retirer les contenus haineux en 24 heures,
ce qui aurait été une avancée.
Mais le Conseil constitutionnel refuse :
ça ressemblait trop à un filtrage automatique
jugé en France dangereux pour la liberté d’expression.

2 ans plus tard
le numérique est ajouté aux compétences du régulateur de l’audiovisuel.
Mais cet "ARCOM" n’est pas chargé de retirer les vidéos.
Il est censé contrôler les pratiques, des plateformes
mais pas les contenus un par un.
Il peut sanctionner, mettre en demeure, exiger des rapports,
mais ne peut pas empêcher une vidéo de devenir virale.
Benoit Loutrel, membre de l'Arcom explique le rôle de l'institution au média DeFacto.eu :
Un meilleur contrôle devrait fonctionner depuis 2 ans.
L’Europe, avec la France aux avant-postes,
souhaite se montrer précurseur avec Le Digital Services Act .

Il impose aux plateformes plus de transparence,
de modération,
et des sanctions allant jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial.
Mais il n’est toujours pas question de surveillance généralisée.
Les plateformes doivent agir vite après signalement,
mais elles ne sont pas contraintes de filtrer avant publication.
Autrement dit :
la viralité gagne toujours la première manche !
Mais pendant que les institutions s’arc‑boutent sur des principes juridiques,
les internautes,
eux,
voient toujours plus des vidéos de dégradations.
Et certains se disent :
“Ca se voit !
Les médias minimisent.”
C’est comme ça que naît la défiance.
C’est comme ça que les médias professionnels perdent du terrain.
Non pas parce qu’ils mentent,
mais parce qu’ils vérifient
et que la vérification, aujourd’hui, ressemble à un décalage.
On vit dans un monde où filmer sa propre infraction
peut faire de vous une star de l’algorithme,
où les États se veulent précurseurs,
mais où les textes fondateurs datent d’avant l’ère de la viralité.
En tous cas …
Un internaute qui met en ligne des images d’émeute
peut être poursuivi ...
S’il filme sa propre infraction :
et qu’il la publie,
il fournit une preuve contre lui-même.
Les poursuites possibles :
dégradation volontaire, violences,
participation à un attroupement armé,
incendie volontaire,
et vol ou pillage :
La vidéo devient une preuve matérielle.
S’il ne participe pas,
mais diffuse des images qui “valorisent”
ou encouragent les violences :
La diffusion peut être poursuivie
si elle constitue une provocation à commettre des infractions,
une apologie de crimes ou délits,
une diffusion de messages violents susceptibles d’être vus par des mineurs.
S’il diffuse des images d’émeutes sans participer :
c’est légal…
sauf exceptions...
Un internaute qui filme depuis sa fenêtre,
ou qui republie une vidéo trouvée en ligne,
n’est pas en infraction.
La loi ne punit pas le fait de filmer,
de documenter,
de montrer ce qui se passe dans l’espace public.
Mais il peut être poursuivi
si la vidéo contient des visages de policiers
dans un contexte mettant leur sécurité en danger,
des mineurs identifiables dans des situations dégradantes,
des informations permettant de commettre des infractions
comme la localisation en temps réel des forces de l’ordre.

Les plateformes,
elles,
ne sont responsables qu’après signalement.
C’est pour cela que des vidéos choquantes restent en ligne,
tant qu’elles ne franchissent pas clairement la ligne rouge juridique.
Filmer n’est donc pas un délit …
Participer, encourager, valoriser, mettre en danger, oui.
Et c’est là que le public se perd :
il voit des vidéos partout,
il ne comprend pas pourquoi elles ne sont pas retirées,
et il finit par croire que les médias pros “minimisent”.
Alors qu’en réalité,
la loi protège la liberté d’expression…
mais elle protège donc aussi,
involontairement,
la viralité des nuisibles.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 1er juin 2026.
Pour découvrir nos autres actualités cliquez ici !
Ce site utilise uniquement des cookies nécéssaires a son bon fonctionnement 💪 !