
Malgré tout ...
Comment une marque aussi puissante
adossée à Radio France et à France Télévisions,
peut-elle rester durablement à distance de BFMTV, LCI ou CNews ?
Pourquoi faut-il autant de temps à franceinfo pour trouver sa place ?
La réponse la plus courante tient à l'éditorial.
Mais elle est sans doute insuffisante.
Car l'histoire de franceinfo raconte aussi celle d'un pari beaucoup plus ambitieux,
celui de la convergence :
faire circuler naturellement les publics d'un support à l'autre.
Or c'est précisément ce qui ne se produit pas,
pas autant qu'espéré en tous cas ...
Alors que la radio franceinfo s'est installée
parmi les leaders du paysage audiovisuel
et que le numérique renforçe la visibilité de la marque,
la chaîne de télévision demeure confinée à des scores modestes.
Comme si la réussite de la marque profitait à tous les supports...
sauf à celui qui lui a été ajouté en dernier.
Mais il faut dire que franceinfo TV n'a jamais été pensée
comme une simple chaîne de télévision.
Là où ses concurrentes sont nées pour l'antenne
avant de s'adapter au numérique,
franceinfo a été conçue dès l'origine comme un média global.
Hors des plateaux d'experts
comme partout,
des séquences sont fabriquées pour vivre simultanément à l'antenne,
sur le site,
dans les applications
et sur les réseaux sociaux.
Elle est conçue pour l'époque,
numérique,
mais sa performance continue à être jugée
à travers les indicateurs traditionnels de la télévision linéaire.
La convergence des médias
sous une même marque peut-elle avoir du succès ?
1 er exemple ...
La 1ère.
Dans les Outre-mer,
radio, télévision et numérique
de service public également
cohabitent depuis longtemps sous une même bannière territoriale.
Ces médias demeurent au cœur de la vie démocratique locale
et occupent souvent des positions dominantes.
Même si elle n'est pas simple à construire,
la convergence apparaît presque naturelle,
le public ne perçoit pas trois médias distincts
mais un même média de proximité
décliné sur plusieurs supports,
Les offres sont rassemblées pour la métropole sur un portail numérique :
Il y a aussi le cas de ICI,
en construction.
La marque ambitionne de s’imposer comme le label TV, Radio et web
de service public de proximité dans l’hexagone.
Mais elle n’est pas aboutie,
pour des raisons essentiellement politiques.
Le projet n’avance qu’à petit pas, avec un symbole tout de même quotidien :
les matinales des 44 locales
de Radio France
sont désormais toutes co-diffusées par la 3 en mode "radio filmée" :
captation de l'image du studio,
sans réelle valeur ajoutée à l'image.
France Télévisions pour des raisons budgétaires, dit-elle,
a réduit la voilure à la rentrée.

Chez RMC-BFM,
les synergies éditoriales sont nombreuses mais les marques demeurent distinctes.
Les journalistes circulent,
les contenus sont mutualisés,
mais RMC reste RMC
et BFMTV reste BFMTV.
Le Groupe M6 porte plusieurs expérimentations également,
avec la quotidienne de Julien Courbet
en partie codiffusée par RTL et M6 :
Mais aussi la matinale de RTL2
ou la tranche de Cyril Hanouna sur Fun radio
codiffusées sur W9.

Ajoutons le groupe Bolloré et les co diffusions
entre Europe1 et CNews,
dont les rendez-vous de Laurence Ferrari :
Ces exemples tendent à démontrer
qu'une convergence des marques
ne produit pas automatiquement celle des publics.
franceinfo TV est arrivée tard sur un marché déjà occupé.
L'argument du canal 27 qui lui a longtemps été alloué,
ne suffit pas à expliquer son retard.
LCI occupait alors le canal 26,
toutes les 2 subissaient donc le même handicap de visibilité.
Mais LCI bénéficiait d'un atout décisif :
plus de vingt ans d'existence
et une marque déjà installée avant son arrivée sur la TNT gratuite.
Et si le problème était aussi à l'intérieur ?
Au sein même de France Télévisions,
franceinfo a longtemps été perçue comme une expérimentation
davantage que comme une antenne pleinement installée.
Pendant des années, les équipes ont dénoncé l'écart entre les ambitions affichées et les moyens disponibles.
Là où la radio apparaît comme une référence installée,
la télévision semble demeurer un chantier.

Depuis plus de dix ans pourtant,
les pouvoirs publics poussent au rapprochement de Radio France et de France Télévisions.
Delphine Ernotte la Pédégère
s’y était d'ailleurs engagée
alors qu’elle s’apprêtait à être renouvelée pour la seconde fois …
Mais cette logique de projets communs
ne s'est jamais vraiment réalisée au quotidien.
L’actuelle ministre de la Culture a stoppé la bataille
que la précédente locataire de la rue de Valois avait porté,
comme elle en parlait ici à Clermont Ferrand en février 2024 :
C'est aujourd'hui comme si la convergence était devenue une réalité dans les logos,
les bonettes de micro,
mais pas encore dans les réflexes.
Le principal défi du service public
ne serait-il pas ,
toujours,
de faire travailler ensemble radio, télévision et numérique ?
Voilà pourtant ce que france info publiait,
il y a déjà 5 ans …
Après avoir tenté de lancer la convergence des marques,
l'audiovisuel public français réussira-t-il un jour celle des cultures
et de l’intérêt général ?
Ou bien,
suivant la gouvernance qui sortira des urnes en mai prochain,
la révolution lui sera-t-elle imposée pour des raisons purement budgétaires,
si ce n’est idéologiques ?
Certains dit-on pensent qu'il est,
encore et toujours,
urgent d'attendre ...
Thierry Mathieu
e-crossmedia
le 7 novembre 2026.
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