Le chiffre est tombé ce matin.
Médiamétrie ne fait jamais dans la poésie, mais là…
c’est presque un scénario tragique.
3,7 % d’audience cumulée pour ICI,
le réseau de radios de service public en charge d’incarner la proximité ...
Derrière France Culture !

Pour comprendre,
il faut remonter le fil :
trois étapes,
trois moments fondateurs,
trois promesses aujourd'hui démonétisées !
1980 :
les pionniers qui osaient tout !
À l’origine les radios locales n’était pas un réseau,
c’était trois expériences, trois laboratoires, trois coups de génie :
Fréquence Nord, Melun FM, Radio Mayenne :
Ces équipes n’avaient pas le même format
et assez peu de consignes en réalité.
Elles avaient mieux : la liberté.
Elles inventaient, tentaient, se plantaient parfois, mais elles recommençaient.
Elles faisaient du local un territoire d’audace.
Elles avaient compris que la proximité n’est pas un décor,
c’est une énergie, une création, une prise de risque quotidienne.
La promesse du “forum régional",
aujourd’hui captée par Facebook, WhatsApp and co !
Jean‑Pierre Farkas, l’un des grands patrons du réseau, avait une vision limpide :
“Ces radios doivent être le forum, le haut‑parleur de leur région.”
Il citait Lorraine Cœur d’Acier,
la radio pirate née dans les luttes ouvrières.
Une radio où les habitants prenaient la parole,
où les élus débattaient,
où les ouvriers racontaient leur vie.
Une radio où la proximité était politique, sociale, vivante,
comme le raconte RFI :
Farkas voulait ça :
des radios qui parlent avec les gens,
pas à eux !
Des radios qui deviennent le lieu où se fabrique l’opinion locale.
Bien loin donc du cliché marketing dévastateur du slogan adopté plus tard
"On est bien sensemble",
alors que la société française se déchirait !
A partir de l'an 2000,
la grande bascule :
France Bleu.
Une idée simple mais puissante. :
une cible revendiquée,
la part dite "populaire" de l’hexagone :
séduire les auditeurs alors délaissés par Radio France,
fidèles d'RTL, Europe1, RMC, Sud Radio
ou des musicales,
tout en ne faisant pas d'ombre à France Inter et France Info.

Et une ligne éditoriale novatrice aussi :
“Vu d’ICI.”
Un angle,
une identité,
une manière de raconter le monde depuis le territoire,
une façon de relier local et national-international.
Le tout accompagné par un plan d’action unique
de formation des personnels
pour actualiser leurs savoir-faire
et porter la stratégie.
Et ça a marché,
très bien même !
En 2013
le réseau atteint son record historique :
8 points d’audience cumulée au premier trimestre
devant France Info (7,9 %)
et RMC (7,8 %).

Sous la marque France Bleu,
le réseau qui n’est que l’addition des talents de 44 équipes locales
et de celle du siège en charge de quelques "moments partagés"
est alors puissant, identifié, respecté.
Il est même redouté par la concurrence privée,
sans faire d’ombre aux autres chaînes du groupe Radio France.
La stratégie ligne prend en compte la globalisation galopante.
Et aujourd’hui ?
3,7 %.

C’est le résultat de la centralisation au nom d’économies,
de la normalisation,
de l’affaiblissement de la liberté éditoriale,
d’une centralisation jacobine qui a vidé les stations de leur autonomie…
Ajoutez des erreurs stratégiques
comme pendant les Gilets Jaunes où les radios ne pouvaient pas le samedi couvrir leurs ronds-points paralysés,
parce qu’elles devaient diffuser le programme national.

Où le Covid …
Durant les confinements
les stations ont été regroupées par grande région pour protéger les personnels,
alors que leurs publics avaient plus que jamais besoin de proximité !
Cerise sur le gâteau évidemment :
la concurrence des réseaux sociaux,
malgré de beaux résultats sur la déclinaison des contenus sur le web,
qui seront bientôt meilleurs que ceux du média prémium.
Il y a un an et demi
avec le changement de nom
l’offre radiophonique
est redevenue "localo-localière".
Les 44 ICI ne seraient-elles plus perçues
comme essentielles ?
Seraient-elles retombées à un statut de média complémentaire,
celui que le grand public,
au-delà des fidèles,
ne vient écouter qu'en cas d’évènement exceptionnel ?

Leur rôle ne serait-il pas d’être à nouveau le haut-parleur de leur région,
géré par des pros pour contrer les dérives d’internet et des extrêmes ?
En ces temps de campagne électorale qui débute,
la démocratie n’en a-t-elle pas
plus que jamais besoin,
s’agissant en particulier de la France dite périphérique
qui se considère oubliée par la République ?

Le service public dans sa diversité d’offres
n’a-t-il pas intérêt à enfin s’actualiser
de façon globale,
surtout en ces temps de globalisation ?
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 10 juillet 2026.
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