Les récits des habitants,
des pompiers,
des vigies feux
et des comptes météo ne remplacent pas le journalisme.
Ils l’enrichissent, l’étendent, l’incarnent.

C'est le nouveau terrain du journaltisme :
le récit commence désormais souvent avant le journaliste,
l’image existe avant la caméra,
le témoignage circule avant d'être taité en rédaction...
Radios, télévisions, sites d’information,
ne sont plus seulement en concurrence entre eux.
Ils sont en concurrence directe
avec les réseaux sociaux …
Les médias ne peuvent plus se permettre d’arriver après.
Ils doivent arriver avec…
Avec les habitants,
les pompiers,
les vigies feux,
les météorologues indépendants,
les récits qui circulent déjà.
Souvent le journaliste entre dans un récit déjà en cours,
déjà partagé, déjà commenté, déjà viral.
La réalisation de leurs propres sons et images,
est parfois risquée
comme ce qu'a vécu cette journaliste de M6 ...
Mais les rédactions plongent aussi
dans TikTok, Instagram, X, Telegram.
Elles transforment la jungle du numérique
en offre éditoriale fiable, compréhensible, utile, en mettant en œuvre la nécessaire déontologie :
La vérification : dans un flux saturé d’images, le journaliste devient le garant du réel.
La contextualisation : Les RS montrent l’instant ; les médias montrent le sens.
La hiérarchisation : les RS donnent tout, tout de suite, en vrac ; les médias organisent, priorisent, structurent.
Et la mise en récit : quand les RS donnent la matière brute ; les médias construisent.
Les incendies offrent une démonstration grandeur nature de cette transformation.
En Gironde et dans les Landes le récit commence par un ciel orange à Mérignac.
Les habitants filment, les RS diffusent. ICI Gironde, Franceinfo, TF1, France 2, BFM TV contextualisent :
vent, sécheresse, vitesse du front.
Les vacanciers deviennent narrateurs :
une plage rouge à Parentis‑en‑Born, filmée par un adolescent, devient un symbole.
Les RS montrent la panique ; Paris Match, ICI Gascogne, TF1, BFM TV montrent la carte des évacuations.
Un pompier volontaire du 40 écrit :
"On tient la piste 214 depuis quatre heures".
La phrase circule ; les médias la vérifient et l’intègrent.
Dans le Var
les premières images les plus marquantes sont souvent sont nocturnes
comme celles des habitants évacués dans le massif des Maures.
Les RS montrent la fuite ; France 3 Provence‑Alpes, BFM TV, LCI, ICI Provence / Côte d’Azur racontent et illustrent sur leurs sites la logique du feu.
À Collobrières, un automobiliste filme un front de feu visible depuis la route.
La vidéo devient un repère repris par Var‑Matin et TF1.
En Corse, les vidéos des villages encerclés deviennent virales.
Les habitants filment la menace de leurs maisons, et montrent la sidération …
Video Corse
ViaStella, RCFM, Corse‑Matin, ICI Corse, BFM TV apportent la vérification.
Les groupes “Feux Corse” publient des cartes amateures,
les médias les recoupent et les contextualisent.
C’est en au moment des attentats de Paris,
que la puissance des réseaux sociaux a émergé.
Les premiers récits citoyens deviennent,
mais assez tardivement dans la soirée des sources journalistiques
comme le raconte France 24 :
Dans la foulée c’est à propos des inondations, des tempêtes, et des gilets jaunes
que les vidéos amateurs deviennent indispensables,
avec ensuite évidemment les confinements et la crise Covid en 2020.
C’est l’explosion des récits personnels,
les médias apprennent à travailler avec un flux massif, émotionnel, fragmenté.
En 2022 déjà avec les Méga‑feux de Gironde,
les habitants deviennent co‑documentaristes.
Dès l’année suivante,
les rédactions créent des cellules de vérification des contenus citoyens.
Les récits citoyens sont désormais intégrés, vérifiés, contextualisés, valorisés …
C’est aussi la lutte contre le fae news
comme l’explique France Info dans cette vidéo plutôt destinée aux jeunes publics :
Au-delà du reportage sur le terrain,
le journalisme devient un métier d’assemblage, de tri, de hiérarchisation, de mise en récit.
Le journalisme ne disparaît pas,
iI transforme le flux en récit,
contribue à transmettre l’émotion du factuel en le modelant en information,
transforme le chaos en compréhension...
Les récits citoyens ne remplacent pas le journalisme.
Ils l’enrichissent, l’étendent, l’incarnent.
Et ils conduisent les pros de l’info à affirmer leur mission :
un métier vivant, adaptable, ancré dans le réel, et indispensable.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 25 juillet 2025.
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