Il y a l’histoire que les journalistes racontent,
et celle qu’ils vivent.
G6, G7, G8, G20, OTAN, COP …
Les sommets internationaux ont toujours été présentés
comme des moments de solennité, de gravité, de diplomatie millimétrée.

Mais derrière les communiqués finaux,
derrière les photos de famille,
il existe une histoire parallèle,
une histoire que les historiens ne racontent pas,
mais que les journalistes, eux, n’oublient jamais.

En 1975 à Rambouillet :
le premier sommet…
et la première désillusion logistique.
On inaugure le G6.
On oublie d’inaugurer le chauffage.
Les radios installent leurs Nagra dans une salle glaciale.
Les photographes développent leurs pellicules dans des toilettes transformées en labo.
Les rédacteurs écrivent sur des tables bancales,
les doigts engourdis.
Un confrère dira :
"On a couvert un sommet mondial avec le confort d’un refuge de montagne."

En 1979 à Tokyo :
la chaleur, les câbles et les machines qui fondent !
Les magnétoscopes U‑Matic européens meurent sous l’humidité.
Les objectifs des photographes s’embuent comme des lunettes de piscine.
Les preneurs de son transpirent sous leurs casques,
les rédacteurs cherchent un coin d’ombre pour écrire.
Un technicien japonais compatissant avoue à ses collègues :
"Vos machines ne sont pas faites pour survivre ici."
Il est fascinant de réécouter le commentaire
d’Emmanuel de La Taille pour la TV française :
il est déjà question du prix du pétrole,
et son analyse résonne vraiment avec le contexte actuel !
En 1983 à Williamsburg :
le sommet invisible …
Sécurité maximale :
les journalistes n’ont accès à rien,
les radios n’entendent rien,
les photographes ne voient rien,
et les rédacteurs n’ont rien à raconter.
C’est le premier sommet quantique :
il existe, mais on ne peut pas l’observer.

En 1989 à Paris :
bicentenaire de la révolution française,
fin de la guerre froide…
et un micro trop ouvert !
Deux dirigeants discutent coiffure et ego,
le micro capte tout,
la bande circule dans les rédactions …
Mais personne ne la diffuse.
C'est la fin de la guerre froide,
pas de la bienséance.
L’incident concerne trois des participants,
les journalistes qui ont entendu la bande savent lesquels.
Mais aucun n’a jamais rompu la règle …
La paix mondiale tient parfois à un brushing.
Sur Antenne 2
Daniel Bilalian raconte une autre histoire …
1999 :
Cologne, le sommet noyé …
Pluie battante, tentes de presse inondées,
câbles dans l’eau.
Les radios posent leurs nagras sur des caisses pour éviter la noyade.
Les photographes protègent leurs boîtiers avec des sacs poubelle.
Les rédacteurs écrivent debout, faute de chaises sèches.
Un rédacteur en chef résume :
"On voulait un sommet historique, on a eu un sommet hydrologique."

En 2001 :
Gênes, le sommet où tout déraille
Manifestations, violences, zones rouges, zones noires.
Les radios cherchent un signal,
les photographes cherchent un angle,
les rédacteurs cherchent un sens
les plateaux TV s’improvisent dans des halls d’hôtel.
La diplomatie ressemble à un film catastrophe tourné sans budget.

En Italie après le drame du séisme en 2009 à L’Aquila :
le sommet en préfabriqué.
Le G8 se tient dans une caserne,
les radios enregistrent dans des préfabriqués qui sentent la peinture fraîche,
les photographes se battent pour un mètre carré de recul,
les rédacteurs écrivent sur des tables d’école.
Un ingénieur son confie :
"On a fait un sommet mondial avec le matériel d’un vide‑grenier."
N’empêche …
Les plus grands dirigeants de la planète étaient au rendez-vous pour épauler l’Italie !
Au Quebec en 2018,
Charlevoix, et son communiqué fantôme !
On publie un communiqué final,
puis on le retire,
puis on le republie,
puis on le re‑retire.
Les radios réenregistrent leurs reportages,
les photographes re‑taguent leurs photos,
les rédacteurs réécrivent leurs papiers en boucle.
Un journaliste québécois résume :
"On a fait trois sommets en une nuit, pour le prix d’un."
Et à l’antenne au JT,
le compte rendu fait à nouveau écho au contexte actuel :
Donald Trump, égal à lui-même …
L’histoire qui résonne fort aujourd’hui s’écrit aussi en 2019 à Biarritz :
l’apparition iranienne !
Le ministre iranien des Affaires étrangères arrive sans prévenir
après avoir vu le Président Macron à Paris.
Les radios sprintent pour trouver une prise,
les photographes sprintent pour trouver un angle…
"J’ai fait 14 km dans la journée, sans quitter le périmètre de sécurité !".
Le journalisme, c’est aussi du sport.
Le reportage de France 2
le soir même raconte presque la même histoire que celle que nous observons aujourd’hui !
Il faudrait aussi évoquer …
2021 pendant la pandémie de la Covid
et le sommet organisé dans les Cornouailles.
Les chefs d’État posent masqués, puis démasqués, puis remasqués…
Ou en 2024, en Italie dans les Pouilles : le navire de la honte …
Un bateau censé loger 2 000 policiers se révèle insalubre :
toilettes bouchées, odeurs pestilentielles, cabines inutilisables.
La presse mondiale couvre le G7…
et le Titanic des forces de l’ordre, un quotidien italien titre :
"Le sommet qui coule !"

Les sommets internationaux sont peut‑être
des lieux où l’on décide du monde,
mais ce sont surtout des lieux où l’on découvre que,
même au plus haut niveau,
le réel adore se moquer des puissants,
comme des pros de l’info !
Thierry Mathieu
e-crossmedia
le 16 juin 2026.
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