France Télévisions n’est-elle pas devenue
une sorte de laboratoire d’expérimentation budgétaire,
un escape game géant où l’on cherche désespérément la sortie
avant que l’alarme ne sonne ?

Le téléspectateur-contribuable,
celui qui aime Envoyé Spécial,
Les Racines et les Ailes,
les JT régionaux,
les directs sportifs,
les soirées documentaires,
découvre que la Présidente de France Télévisions
a présenté à la ministre de la Culture trois scénarios pour l’avenir.
Trois scénarios qui ressemblent davantage,
mais c'est une stratégie politique,
à des brouillons de fin du monde
qu’à un projet de service public !

La CFDT parle de
"torpilles visant les effectifs, les antennes
et les missions du service public".
La CGT évoque "des scénarios de la terreur".
On a connu des teasers plus rassurants !
Scénario 1 :
la fusion France 2 / France 5
Pour le téléspectateur,
c’est un peu comme si on lui annonçait
que son fromager et son pharmacien
allaient partager la même boutique.
La direction a chiffré l’économie :
280 millions d’euros,
très loin du milliard promis par le rapport Alloncle.
La CGT le dit sans détour :
"Aucun de ces scénarios ne permettrait d’économiser plus de 300 M€."
Autrement dit :
on détruit des chaînes, des audiences,
on affaiblit le service public…
pour des économies de bouts de chandelle.

Scénario 2 :
l’automatisation généralisée
Là,
le téléspectateur-contribuable se dit :
“Enfin, un peu de modernité !”
Jusqu’à ce qu’il comprenne que derrière ces mots, il y a surtout des métiers qui disparaissent.
La CFDT cite Delphine Ernotte :
" Il ne s’agira plus de choisir les plans mais d’apprendre à utiliser la machine pour qu’elle fasse le bon montage."
La CGT ajoute :
"On sait que l’IA va transformer profondément certains de nos métiers."
Traduction :
le monteur devient surveillant de robot,
l’infographiste devient opérateur de validation,
et le téléspectateur se demande si son prochain JT
sera monté par une IA ...
Scénario 3 :
la crise majeure
France 3 deviendrait une chaîne tout-info,
fusionnée avec franceinfo.
La CFDT prévient :
"JT communs et fermetures de locales,
le téléspectateur et la proximité
ne pèsent pas lourd quand il faut faire des économies."

Le téléspectateur-contribuable, lui, se dit :
Donc, pour faire des économies,
on supprime ce qui lui tient à coeur :
la proximité, le lien, l’ancrage territorial.
Logique !
Mais le plus acide n’est pas là.
C’est que ces scénarios ne sont pas nouveaux !
Depuis dix ans,
l’État demande,
exige même sans succès
un rapprochement entre
les radios ICI, les ex France Bleu,
et les équipes régionales de France 3,
et celles de franceinfo radio (Radio France)
et franceinfo TV
(France Télévisions) ...

Dix ans de rapports parlementaires,
de recommandations de la Cour des comptes,
de notes de la tutelle !
Dix ans où l’on répète
que la fusion des rédactions info,
la mutualisation des moyens,
la convergence numérique
et l'accompagnement des personnels
sont indispensables.
Et pourtant, rien.

Rien,
ou presque rien,
sinon au delà de quelques retransmissions d'évènements exceptionnels,
la co diffusion de 41 des 44 matinales des radios locales par France 3,
qui sont d'ailleurs fragilisées
par le désengagement de France Télévisions
pour la rentrée prochaine ...

Ni Delphine Ernotte à FTV,
ni Sibyle Veil à Radio France
n’ont en réalité mis l’énergie politique,
les moyens humains,
la volonté stratégique nécessaires pour que ces rapprochement adviennent.
Dix ans de tutelle qui demande,
de directions qui freinent,
de volonté de “rapprochement” qui ressemble davantage à un mariage arrangé
où les mariés refusent de se parler.

Et pendant ce temps,
la pyramide des âges fait le travail.
1 685 salariés de FTV seront en âge de partir d’ici 2030.
La CFDT note que leur départ "permettra des économies".
La DRH de FTV annonce déjà son projet de "ne remplacer qu’un départ sur deux".
Le contribuable se dit :
“Ah, enfin un plan social qui ne coûte rien.”
Le téléspectateur, lui, s’inquiète :
"qui fera les directs, les reportages, les documentaires, les émissions culturelles ?
Des IA ?
Des alternants ?
Des robots qui “crushent de la data”, comme dit la Présidente ?"
M6 a déjà fait la démo ...
Et c’est là que l’acide devient corrosif...
La CGT écrit :
"FTV est incapable, à ce stade, de faire des projections.
La gestion des emplois est purement budgétaire."

Alors, que comprendre des propositions
de Delphine Ernotte ?
Qu’elles ne sont pas un projet,
qu’elles sont un message adressé à la tutelle :
Vous voulez des économies ?
Alors assumez.
Assumez de redéfinir les missions.
Assumez de fusionner les entreprises.
Assumez de dire ce que vous voulez garder…
et ce que vous voulez sacrifier !
La pédégère de FTV le dit elle-même :
"Le pire des scénarios serait que l’État nous dise :
on ne touche à rien
et continuez vos missions !"

Le téléspectateur-contribuable,
lui,
regarde tout cela avec un mélange de tendresse et d’inquiétude.
Il aime France Télévisions.
Il veut qu’elle vive.
Mais il aimerait qu’on arrête de lui faire croire
que l’avenir du service public se résume à trois scénarios catastrophe !

Il sait bien qu’il existe un quatrième scénario :
celui où l’on décide enfin ce que vaut la culture,
l’information,
la création…
Et où l’on accepte de la financer
à la hauteur de ce qu’elle représente.
Parce qu’au fond,
ce téléspectateur-contribuable n’a pas envie
que France Télévisions devienne un Titanic numérique.
Ni que l’IA tienne la barre pendant que les humains quittent le navire.
Ni que les rapprochements évidents
franceinfo radio / franceinfo TV,
ICI / France 3
restent encore pendant dix ans dans les cartons !
Le public,
aussi contribuable,
veut juste qu’on arrête d'ignorer
ce que prédisent tous les radars :
l'Iceberg est devant...
Le scénario catastrophe
on l'a déjà vu et revu.
Ce n'est pas comme ça qu'on devient le roi du monde ...
au moins médiatique !
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