Quel regard porter sur leur manière de communiquer,
et de s'informer ?

Coup de fil à Jérôme Bouvier,
reconnu pour son travail sur l’éthique, la déontologie et l’éducation aux médias,
qui organise les Assises du Journalisme.
"On n’est pas là pour faire la morale, mais pour informer, documenter !
A-t-on vraiment su réaliser des reportages à la rentrée sur les profs qui ne sont pas remplacés,
ou sur les classes avec 45° au mois de juin et qui deviennent glaciales l’hiver ?
Les médias traditionnels ont-ils dit à quel point la situation pouvait être inflammable ?
Peu importe en réalité, ça ne touche pas les jeunes gens !!!"
"Avec leurs smartphones, les jeunes produisent eux même la couverture de leur
actualité. Ils enregistrent, diffusent, puis regardent leurs images au sein de leurs
communautés sans se demander si cela va passer au vingt heures ! Non pas par
opposition aux journalistes,
je ne le pense pas,
mais parce que ce n’est pas leur univers.
Ils n’ont pas le sentiment d’avoir besoin de nous.
De notre intermédiaire.
A nous de nous interroger sur le fait qu’ils n’ont pas l’impression que nous pouvons leur
être utiles.
Avons-nous documenté, enquêté , sur les difficultés qu’ils dénoncent, les
profs non remplacés, les classes surchargées, avant que n’apparaissent les premières
violences ?"
Vous l'avez évoqué l'an dernier aux Assises de Tours,
sur la TV Locale ...
"On peut élargir la réflexion aux autres mouvements sociaux. Les gilets jaunes par
exemple ne faisaient eux aussi confiance qu’à leurs propres images, et la aussi, les
chaines tout- infos se sont nourries jusqu’à la boulimie de ces images pour alimenter
leurs breaking news permanent d’opinions, de morale et d’émotions.
Autre interrogation, à la société toute entière cette fois, quelle est la grammaire du
conflit social que nous validons sans broncher depuis des années ? Des agriculteurs qui
défoncent les grilles des préfectures, des feux de poubelles ou de palettes au moindre
piquet de grève, des radars arrachés. pourquoi les "jeunes" devraient-ils faire
différemment puisque c’est ainsi qu’on leur dit qu’ils peuvent se faire remarquer ?
En allant parfois jusqu’à la violence extrême.
Insupportable..."
"En réalité ...
Pour la jeunesse aujourd'hui ,
comme pour les Gilets jaunes il y a 6 ans,
que les 20 h parlent ou pas du mouvement n'est pas important.
ils ne les regardent pas !
Ce qui n'empêche pas les télés d’info continue
à longueur d’antenne,
mais aussi les sites de la presse écrite voire ceux des radios
de se nourrir de leurs vidéos !
A l’instar de cette séquence
du policier molesté à Belfort ...
Vous avez à plusieurs reprises
évoqué cette évolution aux Assises…
"En effet …
On dit que les jeunes ne sont pas capables de plus de 15 secondes d’attention
comme sur TikTok,
qu’ils sont décérébrés,
qu’il ne faut pas leur proposer de grilles de lecture longue,
qu’ils ne savent plus apprécier un papier documenté de presse écrite …
Ce n'est pas vrai !"

"En avril dernier aux Assises,
nous avons accueilli 1800 gamins,
des collégiens
comme des lycéens,
et on aurait pu en accueillir le double..."
Beaucoup ont participé à des ateliers
pour comprendre le travail d’investigation des journalistes,
réfléchir à la fiabilité des infos
et développer leur esprit critique
comme le montre cette vidéo de l’académie d’Orléans-Tours publiée sur TikTok :
"Ils ont assisté aux séances avec les témoignages de journalistes
de chez nous
ou en exil, certains revenaient du Soudan …
Pendant plus d’une heure,
pas une mouche n’a volé
et ces jeunes posaient des questions pertinentes !
Si on leur parle de ce qu’on fait avec respect,
alors ils échappent à la caricature qu’on fait d’eux en permanence.
On les dit incapables d’attention en classe ...
Mais si on leur parle d’une histoire humaine,
d’un métier,
de nos pratiques professionnelles,
ils s’y intéressent,
et même se passionnent !
Cette question m’obsède depuis 20 ans
que nous portons les assises :
apporter la preuve qu’avec nos concitoyens,
quels que soient leurs rêves,
les journalistes peuvent leur être utiles."
Vous aviez évoqué l’un de ces aspects au micro d’une étudiante de l’Ecole de Journalisme de Tours …
"Aux médias professionnels de mieux documenter ce qu’ils vivent,
de s’intéresser à eux,
de parler de leur quotidien, là où ils sont, sur les supports qu'ils ont adopté !
Qu’ils se reconnaissent dans le travail des rédactions
et les considèrent à nouveau ...
Comme ils font confiance à leurs publications !"
En attendant la 20ème édition des Assises à Tours 20 au 26 mars 2027,
des Assises européennes seront organisées à Strasbourg du 4 au 6 novembre prochain.
Et de nouvelles Assises méditerranéennes du journalisme sont en préparation,
à Marseille du 5 au 7 octobre 2027.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 3 octobre 2026.
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