Basta les jeunes !
Voilà la stratégie choisie par Radio France en réduisant Mouv ’
à une offre musicale uniquement sur le digital,
et en fermant sa rédaction et les émissions d’interactivité …

France Inter, France Info, ICI, France Culture
peuvent parler aujourd’hui de leurs mouvements contestataires :
ils ne les écoutent plus !
Quant aux radios privées dévolues au divertissement mercantile,
elles ne pallient pas ce manque abyssal …
Quels médias professionnels les lycéens contestataires
peuvent-ils aujourd’hui consulter et contacter pour se faire entendre ?
Même les site web "privés" qui leurs sont dévolus,
ne sont pas ce mercredi au rendez-vous !

Pourtant …
Des vidéos TikTok ont été vues 100 000 fois dans la nuit,
des groupes WhatsApp de 200 élèves qui décident d’un blocage en 10 minutes prolifèrent,
des revendications explosent sur le web :
des punaises de lit aux douches cassées,
des cantines trop chères aux professeurs absents,
du stress Parcoursup aux locaux délabrés…
Partout, la même phrase revient dans la bouche des autorités :
“Les réseaux sociaux agissent comme un amplificateur ”.
Mais c’est un média que la jeunesse s’est approprié,
comme elle l’a toujours fait,
faute d’être considérés par les mass médias boomers,
qu’ils n’écoutent d’ailleurs plus, et pour cause !
Depuis plus de 50 ans
les lycéens et les étudiants inventent leurs propres outils
pour exister, protester, communiqer,
et contourner le pouvoir !
Les problématiques restent les mêmes,
toujours d’actualité,
comme s’en souvient l’INA :
Mai 68 :
les lycéens n’ont rien …
Pas de réseaux, pas de plateformes, pas de relais.
Alors ils inventent le tract,
tiré à 500 ou 1 000 exemplaires, ronéotypé dans les caves.
Ils inventent la réunion improvisée,
le préau transformé en agora,
le café en salle de rédaction.
Et surtout, ils adoptent Europe 1,
la radio moderne, impertinente, qui installe un studio au cœur du Quartier latin.
Europe 1 devient la radio des barricades,
suivie par plus de 5 millions d’auditeurs,
dont une majorité de jeunes.
Le premier média lycéen est né :
le tract + la radio. Un média rapide, libre, bruyant. Un média que l’État peut encore voir venir.
Début des années 80.
La bande FM explose :
1 000 radios libres en quelques mois.
Mais ce sont surtout des radios de musique, de dédicaces, de jeux, des radios de liberté
mais qui à de rares exceptions, fate de moyens, n’investissent pas sur l’info :
pas de relais, peu de reportages à part sur de rares associatives,
pas de politique.
Alors les jeunes gens inventent autre chose :
le fax, la cabine téléphonique, la coordination lycéenne.
Novembre 1986.
La loi Devaquet met le feu aux poudres :
1,2 million de lycéens descendent dans la rue.
Les cabines téléphoniques deviennent des QG.
Les fax crépitent :
Des dizaines de milliers en une semaine.
Les communiqués saturent les rédactions.
Les lycéens inventent un média national, sans locaux, sans budget, sans autorisation.
Un média qui court plus vite que les préfectures. Le JT de 20h devient leur miroir.
Quand arrivent les années 2000,
la jeunesse invente un média invisible :
le SMS.
Un message à 1 franc, envoyé à 20 personnes,
qui devient un blocage à 200.
Elle invente aussi les forums Caramail, Lycos, Wanadoo.
Puis les blogs militants, les sites web rudimentaires.
En 2005, 800 lycées sont bloqués.
Les lycéens s’informent via Internet,
sans passer par les syndicats.
Et ils sont équipés, par leurs parents …
Entre 2010 et 2020,
la jeunesse s’approprie le média total :
le réseau social, un média qui vit dans la poche,
qui ne dort jamais.
Les chiffres sont vertigineux :
groupes Facebook de 5 000 à 20 000 membres,
70 % des 15–18 ans sur Snapchat chaque jour,
les hashtags lycéens dépassant 1 million de tweets.
Les blocages se décident en quelques heures.
L’État ne peut plus anticiper :
l’information circule plus vite que les consignes préfectorales.
2020–2026 :
TIKTOK, WHATSAPP, TELEGRAM :
LA MOBILISATION LIQUIDE !
Voici la génération qui invente un média impossible à contrôler :
le flux. Un média sans centre, sans hiérarchie, sans porte-parole.
Un média algorithmique :
des décisions prises en 10 minutes,
des groupes WhatsApp de 30 à 200 élèves,
des groupes Telegram de 300 à 1 000 membres, des vidéos
TikTok à 100 000 vues en une nuit,
des cartes Snap Map montrant les lycées bloqués en temps réel...

Aujourd’hui,
leurs médias sont plus rapides,
plus invisibles,
plus imprévisibles que jamais,
et globalement les pros, au-delà de quelques bricolages, les laissent pour compte.
Le blocage lycéen n’est pas un désordre :
c’est un chapitre du roman national.
Un moment où la jeunesse dit à la nation,
et aux médias devenus pour eux des dinosaures en voie d’extinction :
"Nous existons, nous voyons ce que vous faites,
nous avons notre mot à dire,
mais vous n’êtes plus là pour nous ! "
Thierry Mathieu
e-crossmedia
Le 30 septembre 2026.
Pour découvrir nos autres actualités cliquez ici !
Ce site utilise uniquement des cookies nécéssaires a son bon fonctionnement 💪 !