
Dans les réseaux clandestins,
notamment Franc‑Tireur,
on ne parlait pas de “journalistes”,
mais de “propagande”.
Le mot choque aujourd’hui.
À l’époque,
il signifiait :
répondre au mensonge par la vérité,
répondre à la peur par la lucidité,
répondre à l’Occupation par la parole libre.
Et dans cette mission,
Marc Bloch n’était pas un figurant, il en était l’un des cerveaux.

Historien,
Professeur à la Sorbonne,
cofondateur de l’école des Annales,
il aurait pu se réfugier dans ses livres.
Mais il choisit d’écrire pour les autres.
Sous le pseudonyme “Narbonne”,
il rédige des textes destinés aux journaux clandestins.
Des textes courts, incisifs, faits pour circuler vite,
pour être lus dans une cave,
dans une grange,
dans un wagon de marchandises.

Dans l’un de ces écrits, il lance :
"Nous ne sommes pas vaincus.
Une nation n’est vaincue que lorsqu’elle renonce à vouloir être elle‑même."
Dans un autre,
analysant la propagande nazie ...
"L’ennemi ment par nature, par système, par nécessité."
Et encore, appelant à l’unité des mouvements :
"L’unité n’est pas un mot : c’est une arme."
Ces phrases, aujourd’hui, résonnent comme des éditoriaux.
À l’époque, elles étaient des actes de guerre.

Bloch n’était pas un journaliste,
de métier.
Mais il en avait la rigueur,
le courage,
la fonction civique.
Il écrivait pour que les Français comprennent ce qui se jouait vraiment
pour que la Résistance pense, s’organise, se structure.
Comme le raconte ce documentaire à ne pas manquer sur france.tv.
Bloch analyse les communiqués allemands,
démonte les mensonges de Vichy,
explique les enjeux militaires,
éclaire les choix politiques.
Et cette activité,
il la mène à Lyon,
où il est traqué.
C’est là, dans cette ville devenue capitale de la Résistance,
qu’il tombe entre les mains de la Gestapo.
Et c’est là qu’il devient l’une des victimes de Klaus Barbie,
le “boucher de Lyon”,
qui supervise son interrogatoire.
Bloch est torturé.
Il ne parle pas.
Il sera fusillé le 16 juin 1944,
dans un champ de Saint‑Didier‑de‑Formans.
Comme le raconte à Lyon le quotidien Le Progrès.
Aujourd’hui,
en entrant au Panthéon,
Marc Bloch n’y entre pas seulement comme historien.
Il y entre comme homme de plume,
comme passeur de sens,
comme chroniqueur clandestin,
comme voix de la liberté.
Et son histoire nous dit quelque chose d’essentiel sur le journalisme…
Car au‑delà du travail des reporters,
il y a celui des chroniqueurs,
ou des consultants,
de ceux qui donnent du sens,
qui mettent en perspective,
qui relient les faits entre eux.
Bloch l’a fait dans la clandestinité.
La jeune génération s’y intéresse,
comme le montre cette publication d’Hugo Decrypt
sur l’ensemble de ses réseaux sociaux :
Sa contribution est‑elle un cas d’école pour la profession ?
Elle montre que l’analyse,
la mise en perspective,
la capacité à dire le vrai dans le chaos
sont des armes démocratiques.
Que la chronique,
ce format parfois jugé secondaire,
peut devenir un acte de résistance.
S’il demeure dans l’histoire d’abord un universitaire,
Marc Bloch a incarné ce que le journalisme a de plus noble :
la vérité comme devoir,
la lucidité comme service,
la parole comme courage.

Aujourd’hui,
alors que les intervenants se succèdent à un rythme effréné,
sur les chaînes d'info continue,
combien peuvent se targuer de la même éthique ?
Et que dire ...
des réseaux sociaux ?
Patrick Cohen,
le jour où le Président de la République a annoncé la Panthéonisation,
en avait fait sa chronique sur France Inter :
Ecrire,
commenter,
publier ...
ce n’est jamais neutre.
Sur les médias traditionnels,
comme sur les réseaux sociaux où tout à chacun prétend délivrer
impunément,
et trop souvent sous couvert de pseudo
à la planète entière
sa vérité,
sans évaluer souvent l’impact de ses publications.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
le 25 juin 2026.
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