Ce samedi, la France ne vit pas une simple journée de mobilisation.
Elle vit une démonstration par l’absurde :
celle d’un pays où deux mondes ne cohabitent plus,
et où un troisième,
celui des casseurs, black blocs, groupes ultra‑mobiles,
s’infiltre dans les interstices pour imposer son propre récit.

À Paris,
les tensions ont éclaté avant même le départ du cortège.
Place de la République,
les forces de l’ordre ont dû utiliser à plusieurs reprises du gaz lacrymogène
face à des groupes organisés tirant des mortiers d’artifice.
Tôt ce samedi matin
aux studios de CNews et Europe1
des vitres sont brisées, des projectiles lancés,
avec finalement une vingtaine d’interpellations.
En couvrant la manif parisienne,
une équipe de la chaine Bolloré est éjectée par des manifestants :
Pendant que les chaînes d’info commentent les images,
les groupes violents, eux, se coordonnent ailleurs :
sur Telegram, dans des canaux de 500 à 2 000 membres,
où les consignes de déplacement apparaissent dès 13 h 10.
Une story Instagram publiée à 13 h 52 dépasse 18 000 vues.
Les black blocs n’ont pas inventé ces outils.
Ils les utilisent mieux que tout le monde.
À Lille
comme à Marseille,
ce n’est pas “la jeunesse” qui a attaqué la mairie.
Ce sont des groupes déterminés, masqués, organisés,
Une vidéo TikTok filmée
mise en ligne à 13 h 58,
dépasse 420 000 vues en à peine une heure.
À Lyon,
l’Office du Tourisme de Bellecour est sacagé.
Un live Instagram lancé à 14 h 20 dépasse 12 000 spectateurs simultanés.
Les forces de l’ordre protègent les façades.
Les groupes violents, eux, se déplacent à la seconde.
Ce samedi les institutions réagissent
alors que les groupes violents, eux, anticipent.
Et la Gen Z, elle, observe, documente, relaye,
mais n’écoute plus.
Les réseaux sociaux et les messageries cryptées crééent un monde parallèle où
les mobilisations se préparent sans leaders,
les infiltrations se font sans visibilité,
les récits se propagent sans médiation,
surtout quand une caméra pro n'intervient pas ...
Les médias traditionnels ne sont plus un cinquième pouvoir.
Pour la Gen Z,
ils sont un musée.
Pour les casseurs, ils sont un outil.
Pour les politiques, ils sont un réveil tardif.
Enfin, pas pour tous ...

Que pourraient faire les médias ?
Pas devenir plus jeunes,
plus courts
plus "TikTok".
Non : RE devenir utiles.
Comme plusieurs cherchent à le faire
à l'instar du réseau ICI des radios locales de Radio France
en invitant sur ses 44 terrains ses auditeurs à s'exprimer au sein d'un isoloir,
et en diffusant son offre aussi sur les réseaux sociaux...
Cartographier les récits algorithmiques,
décrypter les stratégies des groupes violents,
documenter les colères
pourraient être les missions actualisées des médias pros,
expliquer comment se fabrique le réel perçu,
et reconnecter des univers qui ne se parlent plus.
Le terrain est encombré,
et plus seulement dans la rue.
Il l'est aussi dans les flux.
Le journaliste ne doit évidemment pas pour autant
devenir un influenceur.
mais se doit sans doute
fort de sa déontologie,
d'être un cartographe des réalités parallèles.
Thierry Mathieu
e-crossmedia
le 17 octobre 2026.
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