"Proximité" : Pinçage de nez, dans l'intra périph parisien, pour les 60 % de nos concitoyens de la France dite "Périphérique." Quid de l'audiovisuel public ? Edito.

 

L’audiovisuel affronte une transformation profonde,

marquée par des réformes successives,

des contraintes budgétaires accrues

et une réorganisation structurelle imposée

pour les entreprises publiques, au plus haut niveau de l’État.

Constat :

l’action régionale demeure la variable d’ajustement.

Le retrait fincancier de France Télévisions de la Co diffusion des matinales du réseau ICI,

les ex France Bleu,

en est l’illustration la plus récente.

Ce dispositif,

a pourtant été salué pour sa capacité à renforcer la présence du service public

dans les territoires,

et a permis à France Télévisions de faire beau semblant auprès de la tuelle

en démultipliant à assez faible coût

ses heures de diffusion de programmes de proximité.

Mais les désormais

42

"ICI Matin"

n’ont pas su conquérir leur public :

A peine plus de 60 000 télespectaeurs ...

Faute de stratégie partagée entre les 2 entreprises,

d’une stratégie côté Radio France qui a éloigné les 44 stations

de leur mission de radio généraliste

conçues depuis leurs terrains en singeant les réseaux musicaux,

surtout du fait du manque d'un plan d’action efficace

en termes de rapprochement des équipes …  

 

Et aussi par manque d’investissement de la part de France Télévisions

pour que la valeur ajoutée de l’image à l’antenne,

comme elle sait pourtant le faire dans ses 9 stations ultramarines,

crève l’écran.

Ce projet frappé pourtant au coin du bon sens

se trouve fragilisé

au moment même où la demande de proximité

n’a pourtant jamais été aussi forte.

 

Cette décision s’inscrit dans une logique plus large,

que l’on peut qualifier de jacobine :

une tendance structurelle à la centralisation des arbitrages,

des moyens et des priorités.

Une logique qui,

volontairement ou non,

contribue à réduire la visibilité

de ce que Christophe Guilluy a conceptualisé

comme étant

la France périphérique,

ces territoires situés hors des grandes métropoles,

où se joue pourtant une grande partie de la cohésion sociale du pays.

 

Depuis vingt ans,

les réformes de l’audiovisuel public ont souvent privilégié les enjeux nationaux,

les stratégies numériques globales,

les obligations de production

ou les impératifs de rationalisation.

Dans le même temps, les équipes en région ont vu leurs moyens se contracter,

leurs effectifs diminuer,

leurs marges de manœuvre contraintes,

leurs parts d’antenne produites localement réduites.

Le paroxysme étant la période des gilets jaunes

durant laquelle

les samedis après-midi

les radios locales devaient

pour des raisons économiques

diffuser le programme envoyé par la maison de la radio,

sans pouvoir rendre compte de leur propre actualité,

sur tous leurs ronds-points

où s’exprimaient les colères de leurs publics,

en large partie de leurs auditeurs.

 

Or, la mission de service public repose sur un principe fondamental :

garantir à tous les citoyens un accès équitable à une information fiable,

pluraliste et ancrée dans les réalités locales.

Ce principe ne peut être pleinement respecté

que si les antennes régionales disposent des ressources nécessaires

pour couvrir les territoires,

comprendre leurs dynamiques et représenter leur diversité.

Le nouvel état-major installé depuis quelques semaines

à la direction du réseau ICI

devrait, dit-on, en faire son crédo :

sinon la messe sera dite …

Rendez-vous d'ailleurs le 14 avril prochain

à la prochaine vague de Médiamétrie...

 

La création de la holding France Médias,

puis la fusion annoncée pour cette année 2026,

ont été présentées comme des leviers de modernisation et de coordination.

Mais elle est désormais relèguée aux calendes grecques.

Dans tous les cas,

elles n’auraient pu produire leurs effets

que si la proximité avait été considérée non comme un coût,

mais comme un investissement stratégique,

démocratique.

 

Car ,

affaiblir la présence régionale du service public,

c’est prendre le risque d’accentuer

le sentiment d’invisibilité déjà exprimé par une partie du pays.

C’est réduire la capacité de l’audiovisuel public

à refléter la pluralité des territoires.

C’est, enfin, fragiliser un lien essentiel entre les institutions et les citoyens.

 

L’enjeu dépasse donc

la seule organisation interne des entreprises publiques.

Il touche à la représentation du pays,

à l’équilibre territorial,

à la confiance dans les institutions.

Et il appelle une question simple,

mais déterminante :

quelle place souhaite-t-on accorder à la proximité

dans le futur audiovisuel public ?

La réponse à cette question,

posée avant-hier d’ailleurs à l’Assemblée nationale

par nombre de responsables

dont le nouveau directeur du réseau ICI,

devant la commission d’enquête sur le service de l’audiovisuel public,

conditionnera la capacité des entreprises publiques

à remplir leur mission dans toutes les régions,

pour tous les publics, et au service de l’intérêt général.

 

Il est sans doute urgent

de ne pas attendre !

Que l'état,

la tutelle,

puisse imposer un cap aux entreprises,

tout en les dotant des moyens nécessaires,

pour honorer leurs missions de services publics.

Surtout,

hors "intra périph" parisien !

 

Thierry Mathieu

e-crossmedia

Le 2 Avril 2026.

 

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