"La radio libre" promet le slogan d'Europe 1... Sauf à ne pas respecter la loi lui redit l'Arcom ! Mais alors, quid des amateurs sans déontologie du web, considérés désormais comme sources d'info ? (le 27-10-2026) |
"Défaut de maîtrise de l’antenne et propos discriminatoires laissés filer dans une émission interactive".
Voilà la nouvelle sanction qui s’ajoute à une mise en garde en janvier 2026, une demande d’observations en juillet, une réponse jugée insuffisante en août. Christine Kelly, pourtant ancienne membre du CSA de 2009 à 2015, a tenu à l'antenne fin janvier dernier des propos sur les migrants de nature à inciter à la haine :
Quelques secondes d’antenne, et une fin de non-recevoir de la part de la station :
Pas plus tard qu’avant-hier soir, les manifestants contre le racisme après le drame de Trappes, criaient leur haine à l’encontre de sa soeur télévisuelle CNews, comme de BFM.
Mais sur le web également de nombreux internautes s’insurgent contre la décision de l’Arcom.
En même temps … Même si l’Arcom a désormais la charge de surveiller le numérique, tout internaute sans la moindre déontologie peut s’improviser pourvoyeur d’info, diffuser les contenus les plus contestables, et n’être que très rarement rappelé à l’ordre … Les exemples ne manquent pas ces derniers jours et avec des audiences qui parfois dépassent désormais largement celles des médias traditionnels !
Du côté des nouveaux médias, avec des créateurs de contenus maintenant reconnus comme des pros de l’info, l’arbitrage de l’organe régulateur demeure bien plus difficile à opérer que pour les médias traditionnels. Brut, HugoDécrypte, Thinkerview, Blast, Livre Noir peuvent interviewer un candidat sans contrepoint, diffuser des opinions sans équilibre, et laisser passer des propos radicaux sans sanction. Ils n’ont pas de fréquence, donc pas réellement de régulation.
Martin Ajdari, Président de l’Arcom a évoqué cette évolution nécessaire à Toulouse la semaine dernière dans ICI Matin Occitanie co-diffusée par Radio France et France Télévisions :
A contrario, l'ONG "OJIM", "Observatoire du journalisme" critique l'organe régulateur. Edouard Chanot, journaliste passé par Sputnik France et RT France, aujourd’hui animateur sur TV Libertés.
La régulation audiovisuelle française repose sur la loi du 30 septembre 1986, qui impose : pluralisme, honnêteté, rigueur, maîtrise de l’antenne. Un cadre admirable, mais pensé pour un monde où l’audiovisuel était le centre de la vie démocratique.
Aujourd’hui, les plateformes diffusent des contenus politiques sans réelle obligation de pluralisme ou de contradiction. Les internautes peuvent mener des interviews politiques de trois heures sans contrepoint. Les lives Twitch peuvent laisser passer des propos radicaux sans modération. Mais aussi diffuser en ligne des podcast de qualité …
Pour le meilleur et contre le pire, l’Arcom applique la loi avec rigueur, c’est celle que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre … D’un monde où l’audiovisuel était le cœur de la vie démocratique. Aujourd’hui, ce cœur bat ailleurs : sur les plateformes, dans les formats vidéo, dans les lives, pour l’heure de facto impossibles à réguler.
La question ne serait-elle pas de savoir si la loi qui fonde le travail de l'Arcom est encore en phase avec notre époque ? C’est peut-être là que se joue, silencieusement, l’avenir du réel paysage médiatique français.
Thierry Mathieu e-crossmedia le 28 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
L'univers impitoyable des RS : outil pour les manifs , pourvoyeurs de Fake News ... E. Macron les dénonce à nouveau, alors que les jeunes surtout les plébiscitent ! (le 26-10-2026) |
Le paradoxe français : dénoncer les réseaux sociaux tout en abandonnant les jeunes ! Depuis 2025, Emmanuel Macron répète que les réseaux sociaux abîment nos démocraties. Il a même proposé d’en interdire l’accès aux moins de 15 ans, avant que le Conseil constitutionnel ne censure la mesure en août 2026. Le Chef de l’état l’a réaffirmé ce lundi à Marseille :
La France s’inquiète donc de l’emprise numérique sur les adolescents… mais elle a simultanément abandonné les médias publics destinés à les informer. Radio 7 a disparu, pourtant pionnière avant même la libération de la bande FM. Le Mouv’ qui lui a succédé vient d’être fermé au sens contenu éditorial pour n’être plus qu’une sorte de plateforme musicale uniquement en numérique.
Ce lundi en effet Mon Petit France Inter, destiné aux enfants a pris sa place sur le Dab +!
. Pendant ce temps, les 12–25 ans s’informent via TikTok, Instagram, YouTube, où les contenus les plus vus ne sont pas produits par des rédactions, mais par des "créateurs". 90 % des 12–17 ans en France ont un smartphone comme en Espagne, en Italie en Belgique, ou en Allemagne. Les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information des 15–24 ans dans la plupart des pays européens.
42 % des jeunes Européens utilisent les réseaux sociaux comme premier média pour s'informer, devant la télévision (39 %). Instagram arrive en tête (utilisé par 47 % des jeunes pour l'info), suivi de TikTok, YouTube, et X (21 %). D'après Eurostat, 98 % des jeunes de 16 à 29 ans dans l'UE utilisent Internet tous les jours, avec une participation aux réseaux sociaux atteignant 89 % en moyenne.
Ailleurs en Europe, les médias publics jeunes existent encore ! Contrairement à la France, plusieurs pays européens ont conservé ou modernisé leurs services publics destinés aux jeunes, comme en Belgique. Une étude publiée dans Frontiers in Communication de l'an dernier montre que la RTBF a intégré les valeurs journalistiques dans ses programmes jeunes, tout en adoptant les codes numériques. Résultat : une offre jeune crédible, stable, qui ne sacrifie ni l’information ni l’exigence C'est Tarmac.
Il existe même le projet "Kids Radio Europe" : un réseau européen de radios jeunes, financé par l’Union européenne depuis 2 ans. Le projet associe la France avec "les Francas" et évidemment pas Radio France, l’Allemagne et la Grèce. Il a donné naissance à YouthRadio.eu, une plateforme où les jeunes produisent reportages, podcasts, débats.
L’Europe croit encore à la radio jeune… au moment où la France ferme la sienne.
En radio, les acteurs privés n’ont jamais investi le champ de l’information. NRJ, Skyrock, Fun Radio, Virgin Radio, ou encore Voltage ont bâti leur modèle sur la musique, l’humour, le divertissement, jamais sur le reportage ou la pédagogie civique.
Le service public a échoué sur la radio jeune, mais heureusement pas sur la vidéo. FranceTélévisions a structuré une offre jeune solide comme Slash : séries, docs, formats courts Gen Z.
franceinfo: reste aussi un repère d’information.
Aujourd’hui ce sont surtout les marques numériques privées qui dominent ce marché : Konbini : média pop-culture, lifestyle, entertainment :
Brut : média vidéo social, engagé, orienté formats courts.
HugoDécrypte : créateur devenu journaliste par la force de l’audience. Ils ont inventé une information adaptée aux codes des plateformes : incarnée, courte, émotionnelle, pédagogique.
L’Europe continue de croire à l’information publique pour les jeunes. La France, elle, a renoncé, Et la France s’étonne aujourd’hui que TikTok soit devenu un acteur politique. En Europe, la jeunesse est un public, en France, elle est devenue un angle mort.
Thierry Mathieu e-crossmedia le 27 novembre 2026
|
| Voir l'article |
2002... et bientôt 2027 : un quart de siècle d'évolution du FN / RN, et de révolution dans sa couverture médiatique. (le 25-10-2026) |
Raconter comment les médias ont traité le FN devenu RN, c’est raconter l’histoire de la France elle-même : ses fractures, ses mutations, ses colères, ses nouvelles manières de s’informer. C’est raconter comment un parti autrefois tenu à distance est devenu un acteur ordinaire, puis incontournable.
Le congrès d’Orléans n’est pas seulement un événement politique : c’est le révélateur d’un quart de siècle d’évolution médiatique. Entre 2002 et 2026, les rédactions ont dû abandonner le cordon sanitaire, composer avec Internet, affronter les réseaux sociaux, répondre à la défiance, s’adapter à des publics éclatés, et se plier à une réglementation du pluralisme devenue bien plus contraignante.
21 avril 2002 : Jean‑Marie Le Pen au second tour. 1,3 million de manifestants en 48 heures. Les rédactions sont sidérées. Le FN est alors considéré comme un scandale républicain. Le web balbutie : les médias contrôlent encore tout.
2005–2010 : Arrive vraiment Internet ! Les blogs politiques explosent. Les forums deviennent des agoras incontrôlées. Les premiers contre-discours émergent : "Les médias mentent. On nous cache des choses." C’est la naissance de la défiance moderne. Le FN trouve sur le web des espaces où il n’est plus filtré, les vidéos amateurs circulent, les premiers “buzz” politiques apparaissent. Le cordon sanitaire se fissure… par le bas.
2011 : Marine Le Pen prend la tête du parti.
Elle change le ton, l’image, le casting. Les plateaux s’ouvrent. Les débats se multiplient. Mais surtout : Internet amplifie la dédiabolisation, les extraits d’interviews deviennent viraux, les communautés en ligne se structurent, les codes du parti circulent hors des médias traditionnels. La dédiabolisation devient un produit médiatique… et numérique.
2012–2020 : C’est le basculement. Facebook structure des communautés militantes, Twitter/X polarise, YouTube crée des médias alternatifs comme Thinkerview ou Blast, TikTok permet dorénavant l'émergence d' influenceurs auprès des 15–25 ans.
Les études Reuters Institute, Arcom, Ipsos montrent que les jeunes font plus confiance aux réseaux qu’aux médias, les contenus émotionnels circulent plus vite que les contenus journalistiques, les médias sont accusés de mensonge et de connivence. Les réseaux ne commentent plus l’actualité : ils considèrent qu’ils la fabriquent ! Et dans cet univers désinhibé, le RN prospère.
Pour une large partie des français le RN n’est plus un scandale. Il est devenu un acteur ordinaire et la plupart des médias le traitent comme tel. Avec certains qui revendiquent même leur positionnement. Fabrice Lucchini et David Pujadas en ont parlé sur France 2 :
Mais cette accoutumance est aussi numérique : les réseaux ont normalisé le RN avant les médias. Les algorithmes ont amplifié ses thèmes. Les influenceurs ont diffusé ses codes.
Le 17 juillet 2024, une délibération de l’Arcom impose un pluralisme élargi au secteur de l’audiovisuel : tous les courants de pensée doivent être représentés. Mais sur le terrain, des équipes de reportage se font malmenées comme ces derniers jours encore lors des manifs des lycéens :
CNews est mise en demeure pour convergence des points de vue, traitement univoque de thèmes, déséquilibre durable. Dans les manifs, ses équipes continuent à être conspuées comme hier encore à Trappes :
La commission d’enquête de l’Audiovisuel public dénonce un manque de pluralisme sur certaines chaines de radio ou de TV . Et en cette rentrée, France inter s’illustre avec l'affaire du chroniqueur de Valeurs Actuelles : Motion de défiance, AG, grève… Le bras de fer entre syndicat et direction conduit au départ du journaliste. Et pendant ce temps sur Internet, les récits sont déjà tranchés, les communautés polarisées, les débats hors contrôle.
En un quart de siècle, la France a changé. Les médias aussi. Ils ont dû se réinventer, affronter Internet, survivre aux réseaux sociaux, composer avec des publics éclatés, et intégrer un parti devenu incontournable. L’histoire du traitement médiatique du FN/RN est celle d’une France qui se transforme, et d’un paysage médiatique qui tente de rester debout dans un monde où une part toujours plus large du public considère que l’information passe autant par les rédactions que par les algorithmes...
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 25 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
Acte 2 : l'effet Loupe' Day ... Des heurts, mais tellement moins qu'il y a une semaine. En pourtant, une audience d'enfer sur les TV d'info continue, et sur les RS. (le 24-10-2026) |
Des tensions, à nouveau des images choc ce samedi dans quelques villes mais sans commune mesure avec la demaine derniere. N'empêche ! Les chaînes d'info tournent en boucle, les réseaux sociaux s'emballent, le réel se dissout dans le spectaculaire. Bienvenue dans "l'effet de loupe", ce mécanisme qui transforme un incident local en psychodrame collectif, aux répercussions même planétaires !
Pour comprendre à quel point cette loupe peut déformer le réel et parfois le vote, il faut remonter une histoire française devenue un cas d'école. Papy d'Orléans, en avril 2002 : Paul Voise, né en 1930, est agressé chez lui. L'image de son visage tuméfié est diffusée en boucle LCI repasse le sujet 19 fois dans la journée, TF1 comme France 2 y consacre une grande partie de leurs 20 heures.
Plusieurs journalistes et chercheurs affirment que cette séquence médiatique a pesé sur le vote du 1er tour de la Présidentielle quelques jours plus tard, le 21 avril 2002, Jean‑Marie Le Pen a devancé Lionel Jospin. Robert Namias, alors directeur de l'information de TF1, reconnaîtra plus tard que le traitement de l'affaire relevait de "la faute".
Les politologues Joël Gombin et Nonna Mayer analysent alors un phénomène clair : L'exposition massive d'images de violences peut provoquer un vote de réaction, un vote de peur. Ce cas est désormais enseigné dans les universités : une vidéo peut faire basculer une élection. C'était pourtant bien avant les lives TikTok, les boucles virales de 40 minutes, avant les algorithmes qui privilégient ce qui choque. Aujourd'hui, l'effet de loupe n'est plus un risque, c'est un système contre lequel tentent eux-mêmes de lutter certains journalistes : comme ici à la Voix du Nord.
La violence médiatique déforme le réel, c'est ce qu'analysent depuis des années des chercheurs … Selon Dominique Wolton (CNRS) : La télévision dramatise ce qu'elle montre par la répétition. Le spectaculaire devient la norme. Pour Serge Tisseron (psychiatre) : Les images violentes activent les mécanismes de stress même sans danger réel. Elles ne montrent pas seulement la violence : elles la font vivre. Patrick Champagne (sociologue) décrit lui, le "double effet de loupe" : amplification médiatique, amplification perceptive. Pour Jean‑Marie Charon (sociologue des médias) : La dramatisation par saturation crée un sentiment de crise supérieure à la réalité des faits. François Jost (sémiologue) souligne que les chaînes d'info fabriquent un "réel dramatisé" mis en scène par la répétition, qui devient plus fort que le réel vécu.
Avec les Réseaux Sociaux la loupe est même devenue microscope ! Pour l'ANSES, les réseaux sociaux amplifient les troubles anxieux chez les jeunes comme en parle FTV Slash..
Selon l'UNESCO, a violence numérique entraîne anxiété, stress post-traumatique, retrait du débat public. Des séquences brutes de 20, 30, 40 minutes, sans montage, sans filtre inondant les smartphones, et sont souvent perçues comme plus authentiques, donc plus anxiogènes. Comme le raconte M6 :
Ce samedi, comme la semaine dernière, les manifestations sont réelles. Mais leur perception est amplifiée par un écosystème médiatique saturé d'images violentes. Réflexion, récemment, sur France Culture :
Quels que soient les écrans regardés, au salon ou sur son smartphone l'impact est réel : les plus âgés voient la crise en boucle, les actifs la voit en flux, les jeunes la consomment et réagissent en direct comme le raconte France Inter.
Pourtant, en réalité, quel que soit leurs âges, les français ne vivent pas eux-mêmes la crise, mais certains la regardent en permanence, et parfois, votent en conséquence...
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 25 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
A la veille de l'acte II : les autorités demandent aux internautes de leur communiquer des vidéos pour identifier les pilleurs, que les médias tradis doivent flouter ... (le 23-10-2026) |
Les appels à témoins publiés directement par les autorités sur les réseaux sociaux se multiplient.
Et les médias traditionnels, eux, ne peuvent pas relayer ces publications.
Ce décalage peut être vécu comme une mise à l’écart : un contournement des médias régulés au profit des plateformes, dans un cadre où la loi de 1881 et les règles de l’Arcom continuent de s’appliquer strictement aux radios, aux télévisions et à la presse ! Pour les rédactions, le cadre est clair : pas de visage d’un suspect non jugé, pas de participation à une enquête en cours, pas d’appel à identification, pas de diffusion d’images non autorisées par l’autorité judiciaire.
Ce socle, hérité de la loi de 1881 et renforcé par la jurisprudence, est considéré comme un pilier de la déontologie journalistique. Il protège la présomption d’innocence, la dignité des personnes, et évite la justice parallèle.
Comment expliquer aux lecteurs, auditeurs, téléspectateurs des médias traditionnels, qu’ils ne peuvent pas montrer ce que tout le monde voit déjà sur X, Facebook ou TikTok ?
Les médias audiovisuels sont soumis à un contrôle strict : obligation d’honnêteté, vérification des sources, maîtrise de l’antenne, interdiction de diffuser des images susceptibles d’entraver une enquête.
L’Arcom peut sanctionner une chaîne pour un visage flouté insuffisamment, pour une image diffusée trop tôt, ou pour un appel à témoin non autorisé. Alors que les comptes institutionnels qui ne relèvent pas de l’Arcom. publient librement sur les plateformes, Les autorités peuvent diffuser ce que les médias ont l’interdiction de reprendre.
Pendant des décennies, les médias traditionnels ont été les relais naturels de l’État... Communiqués, conférences de presse, appels à témoins : tout passait par eux. Aujourd’hui, les préfectures, les parquets et la police nationale publient directement sur les réseaux. Les médias découvrent les avis de recherche, comme tout le monde, dans leur fil d’actualité.
Le garde des sceaux, sur TF1 :
Pour les rédactions professionnelles, ce basculement peut être vécu comme une perte de centralité, une désintermédiation brutale, mais surtout un affaiblissement du rôle de filtre et de hiérarchie de l’information. Les journalistes savent ce que produit la diffusion massive d’images de suspects, emballement, erreurs d’identification, accusations publiques, harcèlement en ligne, pression évidemment sur les enquêteurs. C’est précisément pour éviter cela que la loi de 1881 encadre strictement la publication de visages.
Il faudrait ... une cohérence entre ce que l’État publie et ce que les médias peuvent relayer, une réflexion sur la place des plateformes dans la communication publique, une mise à jour du modèle de régulation. Car aujourd’hui, le système produit une situation absurde : les médias sont les seuls acteurs à respecter un cadre que l’État contourne.
Les appels à témoins 2.0 ne sont pas un simple outil numérique, ils sont possiblement le symptôme d’un déséquilibre : l’État utilise les réseaux comme un espace d’exception, tandis que les médias restent soumis à un cadre républicain qui date d’un autre siècle. Ce sujet, au cœur de la vie des médias, méritz un débat national, non pas pour entraver les enquêtes, mais pour restaurer une cohérence entre régulation, information et communication publique.
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 23 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
Alors que les RS permettent d'organiser les manifs, Jean‑Marie Cavada alerte : fake‑news, messageries cryptées, extraterritorialité US et chinoises. Témoin de la marche du siècle, il appelle l’Europe à légiférer d'urgence. (le 21-10-2026) |
Journaliste, ex-Président de Radio France, Jean‑Marie Cavada a aussi été en tant que député européen, l’un des principaux artisans de la régulation du numérique. Il a mené des combats décisifs pour protéger les droits fondamentaux des citoyens face aux géants du web. Il a joué un rôle clé dans la mise en place des droits voisins pour que Google, Facebook et autres rémunèrent les médias lorsqu’ils utilisent leurs contenus. Il a également contribué aux grands textes européens comme le RGPD, le Digital Services Act (DSA) et les directives sur le droit d’auteur, pour encadrer les plateformes et renforcer la protection des usagers.
Quid de la réglementation d’internet, de la publication de fake-news durant ces manifestations, et des messageries cryptées qui permettent aux émeutiers d’organiser leur insurrection ? Coup de fil à Jean-Marie Cavada :
"Publier … Un directeur de la publication de quelque organe de presse que ce soit est responsable dans tous les domaines de ce qui est susceptible d’être présenté devant les tribunaux s’ils portent tort à quelqu’un : diffamation, informations inexactes, etc. Dans le domaine sociétal, la même question se pose, on vient de le voir à l’occasion de ces manifestations : c'est la responsabilité de tout internaute. Publier, c’est avoir conscience de sa responsabilité ".
Vous dites que les européens subissent les conséquences d’une loi américaine : "la section 230" … "Elle a été votée à l’initiative du président Clinton en 1996 par le Congrès. Cette loi dit textuellement que les réseaux ne sont pas responsables de ce qu’ils diffusent ! Ceci est naturellement la source d’un désordre mondial énorme dans plusieurs domaines : les fakes news, le complotisme, la protection des mineurs… "
Via les réseaux cryptés, les regroupements quasi spontanés s’organisent … "Les usagers des smartphones que nous sommes tous, mais aussi les fauteurs de trouble, ne portent pas de responsabilité. Il n’y a pas d’instrument juridique aujourd’hui suffisamment puissant pour obliger les réseaux, en tout cas dans l’ensemble du continent européen, à respecter des lois que nous devrions mettre au point. Elles consisteraient à dire que nous ne pouvons pas être soumis à l’extraterritorialité américaine."
Dans les démocraties apaisées, les réseaux ont amené beaucoup de services utiles, mais aussi beaucoup de désordre nuisible ... "Trop souvent la réalité factuelle est dénigrée par les complotistes, les factieux, tous ceux qui se servent de l’effet de groupe des réseaux pour pouvoir organiser leurs actions. On l’a vu d’ailleurs dès janvier 2021 aux États-Unis lors de l’invasion du Capitole, les réseaux sociaux étaient très importants dans cette affaire !"
"Je ne serai pas choqué qu’on légifère sur l’idée de complicité d’incendie, de pillage dès l’instant que ces réseaux, par le service qu’ils apportent, soient jugés par une loi qui les dénommerait comme complice."
Un certain nombre d’autocraties comme c’est le cas par exemple en Asie, en Russie, en Turquie et même maintenant aux États-Unis savent couper internet en cas de crise…. "Bloquer n’est certainement pas la bonne solution. On ne peut pas pénaliser des gens qui sont pacifiques à cause de ceux qui ne le sont pas."
TF1 en a fait un sujet au 20 heures ...
"Par conséquent, il faut rendre les réseaux responsables de ce qu'ils diffusent, continent par continent. L’Europe est la plus impactée et malmenée par cette absence de référence aux valeurs qui sont les nôtres depuis 80 ans… Elle doit s'armer d'une loi qui rend responsables les grands monopoles de la tech, américaine ou chinoise. Ils vendent leurs services sur le sol européen et y gagnent entre 25 et 30% de leur chiffre d’affaire. Je ne connais aucune société qui accepterait de voir grever, par une loi, à ce point son chiffre d’affaires !"
"J’appelle en urgence l’Union européenne et ses 2 colégislateurs que sont le Conseil de l’Union et le Parlement à bâtir une loi qui place l’exercice des réseaux mondiaux devant leurs responsabilités. La grande faute initiale, la grosse difficulté que nous n’avons pas résolu en Europe, c’est d’accepter que "la section 230" américaine permette que les réseaux partout à travers le monde soient considérés comme irresponsables. En réalité, puisqu’on utilise les instruments américains et Chinois, nous devons nous armer ! Ces plateformes ne peuvent être acceptables que si elles se conforment aux règles de nos démocraties".
En attendant ... Les autorités françaises font pour la premiere fois appels aux internautes et à leurs vidéos, pour contribuer à idenfifier les fauteurs de trouble comme l'explique ici BFM TV :
Thierry Matieu e-crossedia Le 21 Octobre 2026. . |
| Voir l'article |
Une heure de matinale "radio", mais pas à la radio ... C'est le projet, engagé, de Daniel Schneidermann d'Arrêt Sur Image qui lance une souscription pour le financer. (le 20-10-2026) |
Arrêt sur images lance sa "matinale" ! Le média fondé par Daniel Schneidermann, connu depuis près de trente ans pour son travail de critique des médias, se prépare à diffuser un rendez‑vous quotidien, du lundi au jeudi, de 7 heures à 8 heures. Une matinale “radio filmée”, diffusée en direct sur YouTube, Twitch et sur son propre site. Un format indépendant, financé par les dons, sans publicité, sans contrainte d’audience, qui revendique une ambition simple : ramener du décryptage critique dans le matin, au moment où se fabriquent les récits politiques de la journée.
Et ce choix de diffusion n’est pas neutre. En optant pour une diffusion exclusivement web, Arrêt sur images échappe au cahier des charges imposé par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, qui encadre strictement le pluralisme politique sur les radios et télévisions traditionnelles : temps de parole, équité entre les forces politiques, règles de campagne, obligations de représentation. Les médias web ne sont pas soumis à ces obligations, ce qui ouvre un espace éditorial beaucoup plus libre. C’est le cas de" Le Média", à l’extrême gauche, ou de "Frontières", à l’extrême droite, qui peuvent diffuser leurs émissions politiques sans contrainte de pluralisme.
Arrêt sur images s’inscrit dans ce même cadre : liberté totale de ton, de choix des invités, de cadrage, sans surveillance du régulateur. Le projet est très documenté : une équipe resserrée, un dispositif léger, un plateau pensé pour le direct et le partage de séquences, une diffusion simultanée sur plusieurs plateformes et un objectif assumé : accompagner la campagne présidentielle de 2027 en analysant les cadrages médiatiques plutôt qu’en courant derrière les candidats. Arrêt sur images ne cherche pas à concurrencer les grandes stations. Il cherche à occuper un espace que la radio linéaire a laissé se fissurer.
En attendant la mi-novembre et la première vague de sondage de cette année radiophonique, le média radio a signé d’avril a juin dernier sa plus mauvaise fin de saison historique : 37,6 millions d’auditeurs quotidiens, en recul. France Inter reste leader, mais recule : avec toujours tout de même entre 4,7 et 5,3 millions d’auditeurs !
RTL suit, elle aussi en baisse. Franceinfo et Europe 1 stagnent. La matinale co‑diffusée sur RMC et RMC Story, tourne autour de 90 000 à 130 000 téléspectateurs selon les jours, pour une PDA entre 3,2 % et 4,7 %. En radio, elle fédère environ 484 000 auditeurs chaque matin. France Culture progresse fortement : +210 000 auditeurs. Sud Radio gagne surtout en vidéo. Les 44 ICI restent des actrices massives de l'actu du matin.
Du côté des musicales : NRJ reste leader, mais perd près d’un demi‑million d’auditeurs. Skyrock progresse légèrement, mais même Nostalgie dont la cible reste fidèle au média radio, recule.
La télévision, elle, gagne du terrain … Télématin sur France 2 approche les 800 000 téléspectateurs chaque jour. "Bonjour!", l'offre de TF1 a signé un pic d'audience le 5 octobre : 745 000 téléspectateurs. Les chaînes info BFMTV, CNews, LCI, franceinfo: TV cumulent plus d’un million et demi de téléspectateurs entre 6 et 9 heures. France 3 co‑diffuse désormais les matinales ICI en région. Et W9 propose le Morning de RTL2, format hybride radio‑TV qui élargit l’audience de la station musicale.
Outremer, les matinales des 1ères produites par France Télévisions sont les seules à être diffusées simultanément en radio, en télévision et en numérique. Elles dominent souvent la tranche 6–8 heures.
Le basculement est ... numérique ! Blast, QG, Backseat, Thinkerview Live, Sud Radio en vidéo, Konbini, Brut, HugoDécrypte : ces formats captent les jeunes publics, qui ne reviennent plus vers la radio linéaire. Pour eux le matin n’est plus un rituel radiophonique : c’est un écosystème vidéo, éclaté, où les récits se recomposent.
C’est dans ce paysage, qu’Arrêt sur images entend s’installer, à 5 mois de l’élection présidentielle. Ce 7/8 n’est‑il, oui ou non, qu’un cheval de Troie de la gauche critique dans la bataille du matin ou un réel projet éditorial construit sur les nouveaux usages ? Le duo Daniel Schneidermann et Louisa Yousfi l’assume sans le dire. Lui, figure historique de la critique des médias, héritier de la gauche républicaine et sociale. Il évoquait l'an dernier à l'université d'été de la Révolution Écologique pour le Vivant le "charlisme", cette posture d'acteurs des médias qui se réferent à l'esprit de Charlie Hebdo :
Elle, écrivaine, voix radicale, décoloniale, refuse les angles morts médiatiques. Durant sa résidence à la Villa Médicis, Louisa Yousfi s'est consacrée à l’écriture d’une œuvre de fiction à partir d’une famille franco-algérienne éprouvée par la mort du père ...
Ensemble, ils composent une matinale qui ne cherche pas la neutralité, mais la clarté du point de vue.
Ce 7/8 ne se veut pas, en tous cas sur le papier, la matinale d’un parti, ni d’un candidat. Mais il sera, très clairement, la matinale d’une gauche critique, qui refuse la résignation médiatique et la normalisation des récits extrêmes, hors de contrôle comme tout ce qui envahit le web ...
La souscription : https://donorbox.org/arret-sur-images
Thierry Mathieu e-crossmedia le 22 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
Insurrection algorithmique, et pas qu'en France ! Tour d'Europe d'une évolution sociétale, via le numérique : une déferlante. (le 19-10-2026) |
L'IA peut ravager la planète... Les RS le font déjà. Focus sur la déferlante des réseaux sociaux qui, pas seulement en France, propulsent l'Europe dans le chaos. Les médias tradis comme ils le peuvent, constatent, décrivent, mais sont pour les publics concernés "hors jeu" !
L’actualité ne s'impose pas seulement dans les rues françaises mais aussi dans celles de 4 autres pays européens Italie, Portugal, Albanie, Autriche selon une mécanique qui, vue des médias, ressemble moins à une contagion qu’à une synchronisation.
Et autour de ce noyau dur, d’autres pays ont montré des signes de tension : Belgique, Pays‑Bas, Allemagne, Espagne. Des rassemblements spontanés, des cortèges improvisés, des affrontements isolés, des vidéos virales qui ont brièvement enflammé les réseaux sans basculer dans la crise. Un halo européen, mais une crise synchronisée dans cinq pays.
Ce sont des images qui surgissent, se répondent, se propagent sur la planète entière sans que leur traitement soit réfléchi, dosé, contextualisé et avant que les journalistes n’arrivent.
Ce sont dorénavant ces images qui écrivent le récit à la place des médias. Certains internautes "jouent" d'ailleurs au journaliste ...
En France, les rédactions ont vu défiler une série de lieux symboliques attaqués : huit mairies, quatre commissariats, six écoles, des médiathèques, des centres sociaux, des agences publiques. Des bâtiments incendiés, des drapeaux arrachés, des halls saccagés, des vitrines brisées en cascade, des magasins pillés.
Mais ce qui frappe, vu des médias, c’est la manière dont ces scènes ont été captées : directs TikTok, accélérés Instagram, mosaïques Telegram, compilations WhatsApp.
420 interpellations, 300 gardes à vue, 1 200 commerces touchés. Les chiffres arrivent après. Les images, elles, sont déjà là. Dont certaines qui resteront patrimoniales, comme celles-ci :
En Italie, les rédactions ont vu deux villes basculer en temps réel : rues ravagées, vitrines explosées, pillages filmés en direct, fumigènes en slow‑motion, courses‑poursuites captées depuis les balcons. Les groupes Telegram, dont certains composés de 6 000 membres ont géolocalisé les rassemblements, diffusé les points chauds, structuré les déplacements.
137 arrestations, 300 commerces touchés. Là encore, les chiffres ne font que confirmer ce dont les vidéos témoignent.
Au Portugal, les rédactions ont vu la crise du logement se raconter elle‑même : expulsions filmées sous plusieurs angles, cris relayés en audio, files de locataires filmées en panoramique, rassemblements filmés en direct par des drones amateurs.
Loyers : +68 % en cinq ans. Manifestation : 18 000 personnes. Vidéos virales : 600 000 vues.
En Albanie, les rédactions ont vu une mobilisation se déployer comme un feuilleton : étudiants encerclés en selfie, charges policières en direct, slogans remixés, barricades improvisées en accéléré, foules nocturnes en grand angle. Les appels à rejoindre, diffusés sur Telegram, ont structuré la foule.
112 blessés, 480 interpellations, groupes Telegram : 4 000 à 11 000 membres.
En Autriche, les rédactions ont vu les universités basculer dans une forme de direct permanent : amphithéâtres plongés dans le noir, votes étudiants en direct, occupations en time‑lapse, pancartes devenues stickers, débats improvisés en multi‑caméras, marches nocturnes suivies en live.
1 milliard d’euros de coupes, 14 universités occupées, 28 000 étudiants dans la rue, 35 000 spectateurs en live Instagram.
Cinq pays, cinq crises, cinq récits… mais une seule mécanique : la synchronisation algorithmique. Partout, les mêmes plateformes : TikTok, Instagram, Telegram, WhatsApp. Partout, les mêmes temporalités : 30 à 45 minutes entre une vidéo et une mobilisation. Partout, les mêmes modes d’action : ultra‑mobilité, opportunisme, effet meute numérique. Partout, les mêmes logiques : causes locales, dynamiques globales.
Depuis ce week‑end ce à quoi tout internaute assiste raconte autre chose : l’actualité ne se déroule plus devant leurs caméras, ou sur les ondes mais sur les réseaux. Ils ne la captent plus en premier, ils la rattrapent. Ce week‑end a révélé une nouvelle grammaire de l’actualité : celle des réseaux, qui synchronisent les colères, imposent les images, écrivent le récit. Les plateformes dictent le tempo, les médias commentent, et rediffusent ...
Et les États courent derrière, en trébuchant, la révolution ... algorithmique, pas seulement en France !
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 20 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
L'évènement, dans l'évènement : désacraliser la grand messe du 20 h et mériter l'appellation "Edition Spéciale" ... France 2 innove avec une dizaine de minutes quasi "no comment", au cœur de la manif parisienne. (le 18-10-2026) |
Le sacro-saint 20 heures, : un rituel national, un format figé que toutes les chaînes tentent de moderniser, sans jamais vraiment oser le bouleverser.
Ce dimanche soir, France 2 révolutionne le genre, avec une longue séquence en mode “no comment" : des images brutes tournées au cœur des manifestations... Après l'allocution du Président de la République :
Suivent quelques sujets tournés partout en France, des réactions d'élus, et le traitement de heurts à l'étranger ...
Puis ... Le 20 heures ose donc mettre de côté le poids des mots pour le choc des images ! Une rupture rare, presque historique, dans un genre réputé impossible à réinventer : Sans fioriture journalistique, permettre à chacun de se retrouver au coeur de la manif avec une équipe de reportage : de l'info, à l'état brut. Extrait :
Seul regret, que cette séquence réellement extraordinaire d'une dizaine de minutes dans son intégralité, du jamais vu dans un 20 heures, n'ait pas été valorisée en amont ! Mais du coup quand elle est intervenue ... à la 43 ème minute du journal quelle surprise !
Pour revoir le journal toute cette séquence hors norme :
Thierry Mathieu e-crossmedia 18 octobre 2023. |
| Voir l'article |
17/10/26 : remake de mai 68 ? Cette comparaison de JL Mélenchon contredit les archives des médias et l’histoire documentée. (le 18-10-2026) |
Selon Jean‑Luc Mélenchon "Ce qui s’est passé samedi est plus puissant que Mai 68 pour la jeunesse." Une phrase totem, diffusée par les médias traditionnels, mais surtout calibrée pour les réseaux !
En réalité, la France a en effet grondé : des cortèges massifs, des tensions, des vitrines brisées, des voitures brûlées, des charges, des lacrymos, des jeunes très présents, des images en boucle sur les chaînes d’info, des interpellations. Et même des symboles du pouvoir pris pour cible : des mairies incendiées ou attaquées à Marseille, Limoges, Bordeaux, des préfectures caillassées ou assiégées…
Mais la comparaison avec 1968 s’effondre rapidement, sauf à réécrire l’histoire ! A cette époque, la jeunesse fait encore confiance aux pros de l’info. Europe 1 diffuse les sons des pavés arrachés, des sirènes, des cris. Archive de la station, alors, rue François 1er …
Pas de réseaux à l'époque mais le bouche‑à‑oreille, les couloirs, les amphithéâtres, les comités d’action : tracts, affiches, journaux muraux, et puis les AG permanentes, où l’on débat, vote, corrige, relaie. Claude Burgelin, étudiant à Lyon, raconte qu’il apprend “qu’il se passe des choses” par la radio ou par un coup de fil. Pas de notifications, pas de messageries cryptées : juste des voix, des papiers, les gens, pas déshumanisée !
Pour les salariés grévistes en 68 : l’information passe par les ateliers. Les ouvriers s’informent au sein des usines occupées, transformées en rédactions improvisées, avec les syndicats (CGT, CFDT, FO), qui structurent le mouvement. Dans les rangs des cortèges, circulent rumeurs, tracts, informations.
La radio et la télévision d’État sont très vite paralysées : journalistes sous pression politique, consignes de retenue, puis grève générale qui coupe l’antenne et laisse le pays sans images. Le 23 mai, le JT ouvre sur… rien : pas de reporters, pas de terrain, pas de direct … L’ORTF devient le symbole d’un État dépassé. Radio et télévision sont incapables, parce que censuré, de documenter la crise qu’elles traversent. Comme le raconte France Télévisions sur Lumni, avec l’INA :
En quelques jours, les médias publics passent du statut de “voix officielle” à celui d’acteurs hors‑jeu, spectateurs impuissants d’un pays qui s’informe ... RTL ouvre sur Renault Billancourt occupée, puis sur Sud Aviation. Le 20 mai, RTL annonce : "Dix millions de grévistes. Le pays est à l’arrêt." RMC raconte Marseille : dockers, port bloqué, cortège de 30 000 personnes, mais aussi Toulon : arsenal paralysé et Nice : lycéens par milliers.
A lire la presse, le pays en rupture totale ! Le Monde, édition du 15 mai : "La France vit une crise de civilisation." France Soir : double page sur les barricades, CRS débordés, rues dévastées. L’Humanité : jonction ouvriers‑étudiants, occupations d’usines, grève générale. Les hebdos oscillent entre fascination et panique. Paris Match montre la Sorbonne transformée en agora.
La communication des contestataires donne même lieu à une effervescence créative, artistique, comme le rappelle ce document de France 3 :
On est bien loin des publis de nombre d’internautes qui inondent aujourd’hui les réseaux sociaux qui jouent aux journalistes sans une once de déontologie …
Et puis … A l’époque les mouvements contestataires - étudiants, ouvriers, syndicats - sont structurés, politisés, organisés. Ils sont assez peu parasités par des groupes opportunistes venus uniquement pour casser ou piller. En 68, la violence est politique : elle vise un ordre social, un rapport de force, un État. Aujourd’hui, la contestation peut être politique, elle peut être récupérée, évidement instrumentalisée mais elle est dénaturée dans les rues par des casseursqui échappent à toute forme d’organisation. Ils fonctionnent via les réseaux sociaux, se coordonnent par messageries cryptées, se déplacent en essaims ultra‑mobiles, sans structure, sans revendication, sans porte‑parole.
Ils échappent aux médias traditionnels, comme aux services de l’État. Ces jeunes gens, et en particulier les fauteurs de troubles, ne consultent plus la presse, la radio, la télévision. Ils préfèrent l’entre‑soi des algorithmes, sans médiation, sans vérification, sans contradiction. La presse, la radio, la télévision ne sont plus, pour eux, comme c’était le cas en 1968 des sources d’information, des espaces de débat, voire des acteurs de médiation.
Ce samedi, la France a manifesté. Mais elle a surtout été violentée par des délinquants désormais hors système, difficilement contrôlables du fait de leur appropriation des avancées technologiques. Ces outils désintègrent les ordres établis par les médias traditionnels, comme ils désorganisent les services de l’État.
L’histoire est assez douloureuse et non maitrisée, pour ne pas avoir en plus à aggraver la perception des faits. Le roman national n’a guère besoin de scénariste à tendance révisionniste pour s’écrire.
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 18 octobre 2026.
|
| Voir l'article |
Ce site utilise uniquement des cookies nécéssaires a son bon fonctionnement 💪 !