Quand y'a l'feu ... Médias locaux : Bravo ! Mais pour les nationaux … Point trop n’en faut ? Et quid de l'audiovisuel public en Gironde entre la radio ICI et la TNT Noa ? (le 28-07-2026) |
Quand une partie de l’hexagone brûle, le monde s’efface… et le web s’enflamme. Pour la 5ème journée consécutive sur les écrans et dans les haut-parleurs de la majorité des généralistes un bandeau rouge clignote : "Édition spéciale Incendies en Gironde". Avec, c'est vrai, de magnifiques offres comme ce lundi soir l’édition spéciale de France Télévisions sur la 2 :
La France entre dans un récit unique : le feu avance. Priorité aux images de pins en flammes, de Canadair qui rasent les cimes, de familles évacuées en urgence. Les auditeurs et téléspectateurs en Gironde et dans les Landes estent suspendus à la radio ou au streaming desTV d’info continue sur leurs smartphones, comme à une ligne de vie, le pays respire au rythme des braises.
Mais pendant ce temps, le monde continue de bouger, mais hors antenne. Parce que loin des flammes, l’actualité mondiale ne s’arrête pas, implacable, comme si elle ignorait que les antennes françaises ont fermé les volets. En Ukraine, des drones explosifs frappent une centrale électrique. Dans le Donbass, des soldats avancent de quelques centaines de mètres. Zelensky réclame une nouvelle aide aérienne.
Mais sur les ondes nationales, plus grand-chose ... Le conflit se déroule dans le silence, comme s’il avait été mis en pause. Dans le détroit d’Ormuz, un navire marchand est intercepté par les forces iraniennes. Un destroyer américain se rapproche pour sécuriser la zone. Les tensions montent, les diplomates s’agitent. Et Donald Trump parade sur son réseau social :
Il annonce une décision qui secoue les marchés, une réunion stratégique se tient à l’OTAN, des sanctions sont prises contre Téhéran. Mais dans les journaux français, le président américain n’a plus de place. Dans les rédactions nationales règne la mécanique du choix éditorial, qui aboutit au silence : L’international : on verra plus tard … Pourtant 2 dossiers, au moins, ont mobilisé les antennes depuis des mois : Ukraine / USA-Iran !
Il faut saluer en revanche une exception : les médias de proximité qui honorent leur raison d’être et tiennent leur rôle. Ils ne disparaissent pas dans le trou noir. Ils ne s’excusent pas de parler du feu : c’est leur ADN. ICI Gironde vit au rythme des sirènes., les journalistes et les animateurs connaissent les villages, les routes, les habitants. Ils racontent ce que les autres ne voient pas : les bénévoles qui apportent des bouteilles d’eau, les agriculteurs qui aident les soldats du feu les élus qui dorment sur un matelas dans la salle des fêtes. et la solidarité s'organise :
France 3 Aquitaine est ce lundi pour son journal de la soirée en direct du terrain :
Une question : pourquoi, comment, à l’occasion de ce fait exceptionnel, les médias locaux de service public désormais sous la marque commune ICI, ne réussissent-ils pas à mettre en place une co-diffusion entre la radio, ICI Gironde, et la chaîne TNT dédiée à l’Aquitaine Noa ???
Ces 2 médias de service public, chacun en plus en situation délicate en termes d’audience, ont la possibilité de faire l’union pour augmenter leur force, dans la lignée de ce que souhaite d’ailleurs la tutelle depuis des années : le regroupement des équipes locales de service public …
Sud Ouest, en print comme sur son site web et aussi Alouette avec d’autres radios associatives, informent également sur les routes fermées, les consignes préfectorales.
Ils font du radio guidage, proposent de contribuer à l’organisation des élans de solidarité. les médias locaux ne couvrent pas le feu : ils couvrent leur monde !
Mais pendant que les médias natios traditionnels se concentrent sur la Gironde, le web, lui, ne dort jamais. Il ne connaît ni édition spéciale, ni conducteur, ni hiérarchie. Il diffuse tout, partout, tout le temps. Sur X, les experts militaires commentent les frappes en Ukraine, les diplomates publient des réactions en temps réel., les journalistes étrangers couvrent Ormuz minute par minute. Sur YouTube, des chaînes indépendantes décryptent la situation internationale que les médias français ont mise en pause.
Via les smartphones, chaque Français a désormais dans sa poche un média globalisé, un accès direct à l’ensemble des informations du monde, sans filtre, sans hiérarchie, sans attente. Le feu occupe les antennes françaises. Mais le monde continue de vibrer et le feu apparaît comme révélateur d’un nouvel écosystème.
Le méga‑feu ne révèle pas seulement la fragilité de nos forêts. Il révèle la fragilité de notre hiérarchie de l’information, le positionnement des médias, leur raison d’être, leur ADN. Sur les antennes nationales, la forêt brûle, "spectaculairement". Dans les médias locaux, la vie s’organise. Sur les smartphones, le monde continue de tourner.
Et dans ce paysage globalisé, le feu avance, mais le mode de consommation de l’information aussi…
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 28 juillet 2026. |
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Images et sons des reporters avec diffusion des publis sur les RS ... Les médias tradis maîtrisent le feu des pics et vids, les valorisent, luttent contre les fake, tout en enrichissant leurs offres. (le 25-07-2026) |
Les récits des habitants, des pompiers, des vigies feux et des comptes météo ne remplacent pas le journalisme. Ils l’enrichissent, l’étendent, l’incarnent.
C'est dorénavant le metier des pros de l'info : le récit commence désormais souvent avant le journaliste, l’image existe avant la caméra, le témoignage circule avant d'être taité en rédaction... Radios, télévisions, sites d’information, ne sont plus seulement en concurrence entre eux, mais avec les réseaux sociaux …
Les médias ne peuvent plus se permettre d’arriver après. Ils doivent arriver avec… Avec les habitants, les pompiers, les vigies feux, les météorologues indépendants, Souvent le journaliste entre dans un récit déjà en cours, déjà partagé, déjà commenté, déjà viral.
La réalisation de leurs propres sons et images, est parfois risquée comme ce qu'a vécu cette journaliste de M6 ...
Mais les rédactions plongent aussi dans TikTok, Instagram, X, Telegram.
Elles transforment la jungle du numérique en offre éditoriale fiable, compréhensible, utile, en mettant en œuvre la nécessaire déontologie : La vérification : dans un flux saturé d’images, le journaliste devient le garant du réel. La contextualisation : Les RS montrent l’instant ; les médias montrent le sens. La hiérarchisation : les RS donnent tout, tout de suite, en vrac ; les médias organisent, priorisent, structurent. Et la mise en récit : quand les RS donnent la matière brute, les médias construisent.
Les incendies offrent une démonstration grandeur nature de cette transformation. En Gironde et dans les Landes, le récit commence par un ciel orange à Mérignac. Les habitants filment, les RS diffusent. ICI Gironde, Franceinfo, TF1, France 2, BFM TV contextualisent : vent, sécheresse, vitesse du front.
Les vacanciers deviennent narrateurs : une plage rouge à Parentis‑en‑Born, filmée par un adolescent, devient un symbole. Les RS montrent la panique ; Paris Match, ICI Gascogne, TF1, BFM TV montrent la carte des évacuations. Un pompier écrit : "On tient la piste 214 depuis quatre heures". La phrase circule ; les médias la vérifient et l’intègrent.
Dans le Var les premières images les plus marquantes souvent sont nocturnes comme celles des habitants évacués dans le massif des Maures. Les RS montrent la fuite ; France 3 Provence‑Alpes, BFM TV, LCI, ICI Provence / Côte d’Azur racontent et illustrent sur leurs sites la logique du feu.
À Collobrières, un automobiliste filme un front de feu visible depuis la route. La vidéo devient un repère repris par Var‑Matin et TF1.
En Corse, les vidéos des villages encerclés deviennent virales. Les habitants filment la menace de leurs maisons, et montrent la sidération … ViaStella, RCFM, Corse‑Matin, ICI Corse, BFM TV apportent la vérification. Les groupes “Feux Corse” publient des cartes amateures, les médias les recoupent et les contextualisent.
C’est en au moment des attentats de Paris, que la puissance des réseaux sociaux a émergé. Les premiers récits citoyens deviennent, mais assez tardivement dans la soirée des sources journalistiques comme le raconte France 24 :
Dans la foulée c’est à propos des inondations, des tempêtes, et des gilets jaunes que les vidéos amateurs deviennent indispensables, avec ensuite évidemment les confinements et la crise Covid en 2020. C’est l’explosion des récits personnels, les médias apprennent à travailler avec un flux massif, émotionnel, fragmenté.
En 2022 déjà avec les Méga‑feux de Gironde, les habitants deviennent co‑documentaristes. Dès l’année suivante, les rédactions créent des cellules de vérification des contenus citoyens. Les récits citoyens sont désormais intégrés, vérifiés, contextualisés, valorisés … C’est aussi la lutte contre les fake news comme l’explique France Info dans cette vidéo plutôt destinée aux jeunes publics :
Au-delà du reportage sur le terrain, le journalisme devient un métier d’assemblage, de tri, de hiérarchisation, de mise en récit. Le journalisme ne disparaît pas, iI transforme le flux en récit, contribue à transmettre l’émotion du factuel en le modelant en information, transforme le chaos en compréhension...
Les récits citoyens ne remplacent pas le journalisme. Ils l’enrichissent, l’étendent, l’incarnent. Et ils conduisent les pros de l’info à affirmer leur mission : un métier vivant, adaptable, ancré dans le réel, et indispensable.
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 25 juillet 2025. |
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Alors que se multiplient les crises climatiques, les moyens des médias de proximité se dissolvent bien qu'ils soient en première ligne. Les feux, les inondations ou les cyclones en font la démonstration ... par l'absurde ! (le 24-07-2026) |
Les médias de proximité sont des outils de sécurité civile qui doivent être financés comme tels. Pas comme des gadgets, des suppléments, des variables d’ajustement. Parce que quand la France brûle, se noie, tremble, suffoque…
Il reste une seule chose qui ne doit jamais vaciller : la voix qui dit où aller, quoi faire, comment survivre. Cette voix, c’est celle de la proximité, et l’actualité, le démontre sous nos yeux, par l’absurde.
Ce ne sont pas les plateformes mondialisées qui soutiennent les sinistrés, pas les géants du numérique, pas les rédactions parisiennes : ce sont les médias de proximité ! Ceux, pourtant qu’on affaiblit, qu’on sous-finance, que les recettes publicitaires privées abandonnent pour le digital, que les budgets publics compressent pour “tenir l’enveloppe”.
En Gironde, les fumées recouvrent la presqu’île. Les routes vers le Cap Ferret se ferment, les réseaux mobiles sont fragilisés. ... À Biscarrosse, les fumées envahissent les quartiers, Les évacuations se multiplient. Et ... Qui informe, de manière éfficiente, au plus près du terrain ? ICI Gironde, ICI Gascogne, France 3 Aquitaine ...
Mais aussi TV7 Bordeaux, les radios locales privées, et avec, sans déontologie, les boucles WhatsApp de quartiers, les groupes Telegram “Feux Gironde”, et les pages Facebook des mairies...
Idem dans le Var ...
4Et en Corse ... À Cuttoli‑Corticchiato, Afa, Peri, Appietto, les routes se ferment, les hameaux s’isolent, les lignes tombent. Mais ICI Radio Corse Frequenza Mora tient l’antenne.
France 3 Via Stella montre les images, Sans déontologie, les groupes Telegram “Feux Corse” signalent les foyers.
C’est absurde ! Les crises passées racontent la même histoire ! Dans le Pas-de-Calais, en 2023 et 2024, les crues de l’Aa et de la Hem ont noyé Blendecques, Saint‑Omer, Arques, Aire‑sur‑la‑Lys, Campagne‑lès‑Wardrecques. Les habitants perdaient le réseau. Mais ICI Nord, Delta FM, Radio 6, Wéo étaient là. Plus tard, les médias locaux ont suivi les conséquences.
Comme sur la côte d’azur en 2020 avec la Vallée de la Roya, ou Outre-mer, les médias de proximité sont des outils de survie A Mayotte, La 1ère a elle même été impactée par le cyclone Chido
A La Réunion pendant le cyclone Belal, Saint‑Denis, Saint‑Paul, Le Port, Saint‑Leu, Cilaos, Salazie ont survécu via Réunion La 1ère, Freedom, Exo FM. Sans eux, impossible de savoir quelles routes étaient effondrées.
A la Martinique : Trinité, Morne‑Rouge, Saint‑Pierre, Fort‑de‑France ont tenu le coup via Martinique La 1ère et évidemment RCI.
Idem en Guadeloupe : Saint‑François, Sainte‑Anne, Le Moule, Capesterre‑Belle‑Eau ont fait face grâce à Guadeloupe La 1ère, Radio Haute‑Tension et évidemment surtout RCI ...
Sous nos yeux, c’est une vraie démonstration par l’absurde : Les médias de proximité sont indispensables, et pourtant l’ensemble du système les affaiblit ! Pour les médias privés, les recettes publicitaires fuient vers le digital, les régies désertent le local, les rédactions se réduisent.... Nombre d’antennes s’apprêtent à fermer. Dans les médias publics, la proximité devient pour les directions générales de l’intra-périph parisien une variable d’ajustement. les budgets se sont contractés, les équipes locales doivent produire plus avec moins.
N’en déplaise aux tv et radios nationales au-delà de leur investissement et de leur talent : ce n’est pas de manière jacobine qu'on gère au mieux une crise locale !
La gestion de crise est pertinente au plus près du terrain, par ceux qui connaissent les routes, les vallons, les villages, les maires, les pompiers, les habitants.
La proximité n’est pas un gadget, pas un supplément, pas une variable d’ajustement, pas un outil de gestion de crise. C'est un service essentiel, une infrastructure de résilience, un maillon vital pour la sécurité et la démocratie. Le financement des médias de proximité publics comme privés doit être protégé, renforcé. Il est grand temps enfin d’inverser la spirale infernale d’affaiblissement, et de leur donner, ou plutôt de leur "redonner" les moyens d'assurer leur rôle au sein des territoires.
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 24 juillet 2024 |
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“Moins de 15 ans : protégés des RS ". La loi doit être appliquée le 1er septembre... Revers de la vertueuse médaille : elle va aussi couper les ados de leurs médias naturels, et personne n’est prêt ! (le 23-07-2026) |
Hier, l’Assemblée nationale a adopté la loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle n’entrera en vigueur qu’au 1er septembre 2026, avec fermeture ou vérification des comptes existants au 1er janvier 2027.
Comment les 12–15 ans vont-ils s’informer quand leur premier canal d’actualité sera coupé ? Ils ne regardent pas le JT, ils n’écoutent pas la radio, ne lisent pas la presse. Leur monde, c’est leur smartphone, leur fil d’actualité c’est TikTok, leur décryptage, c’est Instagram. Leur JT, c’est une vidéo verticale de 40 secondes… 84 % des 13–15 ans s’informent via TikTok, Instagram, Snapchat. Ce sont leurs médias, leurs repères, leurs habitudes. Et la loi, lorsqu’elle sera appliquée, coupera tout.
A propos de la loi, voici la publication ce mercredi soir du site plébiscité par les jeunes : HugoDecrypt …
HugoDécrypte, c’est le phénomène. Le média numéro 1 des jeunes Français : Chiffres globaux : YouTube : 2,6 à 4 millions Instagram : 1,5 millions. “Actus du jour” : 1 à 3 millions de vues quotidiennes ! Les plateformes où HugoDecrypt performe le plus : TikTok, Reels, Shorts , sont remplies de 13–17 ans. Les enquêtes Reuters/YouGov montrent qu’HugoDécrypte est la première source d’actualité citée par les jeunes, devant Le Monde, Le Figaro, Libération. Pour les 12–15 ans, Hugo n’est pas un influenceur, c’est un prof d’actu, un grand frère, un repère. Et la loi va couper ce lien.
S’agissant de Brut : la télé des ados, mais en vertical. C’est l’autre géant, la version 2026 de la télé d’info : rapide, visuelle, incarnée. Brut, c’est le média qui montre, qui raconte, qui filme. Les ados y trouvent ce qu’ils ne trouvent nulle part ailleurs des images, des visages, des témoignages. Et là encore, le cœur de l’audience, ce sont les 13–17 ans, les 12–15 ans y sont chez eux.
La loi va les couper de TikTok et Instagram et Brut. Ils devront se réinventer pour aller à la rencontre de cette cible.
Du côté des médias tradis : Radio France : il manque désormais un étage à la maison ronde pour les 12 / 15 ans ... Reste Mouv’ bientôt uniquement numérique, que les très jeunes 13 à 15 ans de toutes façons n'écoutent pas …
Et ils font bien, puisque toute la mission d’information a disparu au profit simplement de la musique ! En cela le service public de la radio manque à son cahier des charges : ce public est abandonné.
Il y a aussi "Mon Petit France Inter ", un bijou, mais pour les 7–12 ans. Les Odyssées : 2,5 M écoutes/mois. Bestioles : 1 M/mois. Mais à 12 ans, les ados montent d’un étage… et il n’y a plus rien. Entre 12 et 15 ans, Radio France n’a pas de média.
France Télévisions : beaucoup de contenus, mais à l'évidence, pas le bon format ! C’est riche, c’est massif, c’est public, mais pour les ados, ce n’est pas quotidien. Il y a Lumni, c’est super en classe, mais les ados ne l’ouvrent pas spontanément : 5 millions d’utilisateurs/mois, usage scolaire.
Il y a Slash : très bon, très moderne, mais pensé pour les 16–30 ans. 1,2 million d’abonnés YouTube.
Et il y a les offres de Franceinfo : Capsules pédagogiques, JT jeunes… Le dernier épisode en ligne date du 3 juillet, loin des pôles d'intérêt des ados !
CQFD : mais moins de 2 % d’audience chez les moins de 15 ans. Il manque un JT ado, un vrai, court, incarné, quotidien ! Qui le fera ???
Et puis il y a aussi la presse "jeunesse" : ce que les ados ouvrent vraiment… et ce qu’ils laissent de côté ! Les 12–15 ans ne “lisent” pas la presse jeunesse comme on lit un journal. Ils picorent, feuillettent, regardent, souvent parce qu’un prof ou un parent leur met un magazine dans les mains. Mais certains titres arrivent quand même à exister dans leur paysage.
1jour1actu c’est le seul qu’ils connaissent vraiment, qu’ils croisent à l’école. Ils aiment les dessins, les explications rapides, les “c’est quoi… ?”. 1,5 million de visiteurs uniques mensuels, une Chaîne YouTube à l’audience modérée, un comte Instagram discret et pas de TikTok. Les 12–13 ans l’utilisent. Les 14–15 ans le trouvent “trop scolaire”, mais ils le connaissent. Ils aiment les témoignages, les pages société, les quiz.
Okapi : le magazine des collégiens … Les 12–13 ans aiment encore, les 14–15 ans décrochent : 150 000 exemplaires papier, Site web fourni, Instagram modéré, pas de TikTok …
Donc … Quand la loi entrera en vigueur, les 12–15 ans vont perdre : leur fil d’actualité (TikTok), leur décryptage (Hugo), leur télé d’info (Brut). Et ils ne vont pas spontanément revenir vers le JT, la radio, la presse, les sites institutionnels ! Il va falloir inventer, et vite !
La loi protège les adolescents, mais elle réduit aussi de facto leur accès à l’information ! Elle crée un vide que les médias n’ont pas encore comblé et elle oblige Radio France, France Télévisions, mais aussi Brut, HugoDécrypte, et toute la presse jeunesse à réinventer leurs formats pour ne pas perdre le lien avec les 12–15 ans.
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 23 juillet 2026.
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FM comme France Musique ? Plus seulement ... Elle ferme un tiers de ses émetteurs pour passer au DAB+ : une transition qui dit beaucoup de l’avenir de la radio ! (le 21-07-2026) |
C'était pas mieux avant !!!
France Musique, c’est une radio à part… Une chaîne dont les fidèles ne se contentent pas d’écouter … Ils apprécient la respiration d’un soliste, la profondeur d’un chœur, la couleur d’un orchestre. Pour eux, la qualité sonore n’est pas un détail, c’est une promesse. Et c’est précisément ce que le DAB+ vient renforcer : un signal stable, sans souffle, sans distorsion, avec des métadonnées enrichies. Sur le papier, tout est là pour séduire ce public exigeant.
France Musique perd ce mercredi environ 300 émetteurs, notamment dans les zones rurales et périurbaines, au profit pour beaucoup de France Info.
Face à cette mutation, sa rivale Radio Classique, fait un choix très différent.
En plus évidemment aussi du streaming, la station privée conserve 100 émetteurs FM couvrant près de 85 à 90 % du territoire, et son réseau DAB +. Elle n’abandonne aucune fréquence. Elle reste accessible partout où la FM demeure le mode d’écoute dominant. Elle continue à jouer sur tous les instruments de diffusion comme le montre cette pub de 2017 :
Dans les zones où France Musique disparaît, elle devient mécaniquement la seule radio classique disponible partout en FM.
D'autres offres sur ce segment tentent leur chance...
Depuis Paris, en streaming et DAB + en Ile de France, "La grande musique ".
Et depuis Strasbourg Accent 4 : elle fait rayonner la musique classique "Vue d'Alsace", en valorisant ses artistes régionaux. Disponible en streaming, en FM, et aussi jusqu'à maintenant en DAB . Mais elle va devoir stopper la diffusion en numérique, pour des raisons budgétaires ...
Selon la dernière étude Médiamétrie la radio rassemble chaque jour 37,6 millions d’auditeurs en France métropolitaine.
Dans cet ensemble massif, France Musique et Radio Classique représentent une niche très spécifique : France Musique : environ 1 million d’auditeurs quotidiens, Radio Classique : entre 900 000 et 1,1 million selon les vagues. Total cumulé : environ 1,9 à 2,1 millions d’auditeurs par jour, soit à peine 5 % du total des auditeurs radio en France.
Médiamétrie montre une sur‑représentation des CSP+ parmi les auditeurs de France Musique et de Radio Classique : Un public plus diplômé, plus équipé, plus sensible à la qualité sonore. Ce sont des auditeurs qui possèdent déjà des chaînes hi‑fi, des autoradios récents, des enceintes connectées, des systèmes "audio" haut de gamme... un public plus enclin que la moyenne à acheter un récepteur DAB+ si cela améliore leur exigeante expérience d’écoute.
À l’inverse, la plupart des autres radios françaises, musicales ou généralistes, s’appuient sur un public qui écoute désormais surtout via smartphone, et qui ne perçoit pas l’intérêt d’investir dans un nouvel appareil … Comme le montre cet échange sur YouTube entre un audiophile et une jeune consommatrice de musique surtout via les RS :
Pour elle, le streaming suffit. Pour les afficionados de France Musique, l'excellence du son est un véritable levier éditorial.
Toutefois ... En Suisse la radio publique SRG SSR a perdu 17 % de son audience quotidienne après extinction FM, avant stabilisation, et réouverture de certaines fréquences en modulation de fréquence dès cet automne pour limiter la casse. La communication pour inciter les auditeurs à s’équiper en récepteur numérique a pourtant été forte depuis des années, comme le montre ce reportage de la RTS :
En Norvège : baisse plus forte lors de l’arrêt FM national en 2017, puis remontée progressive. En Belgique, le DAB+ couvre 95 % du pays, mais la FM reste présente pour éviter les pertes. En Allemagne : coexistence FM/DAB+, mais près de la moitié des usagers reste fidèle à l’hertzien. Plus de 28 millions de récepteurs numériques ont déjà été vendus. Au Royaume‑Uni : FM/AM représente toujours 24% de l’écoute bien que plus de 55 millions de récepteurs DAB aient été vendus.
La France, elle, a avancé plus lentement. Jusqu’à 2015 NRJ, RTL, Europe 1, RMC ont considérées que le DAB+ ne leur apportait pas de nouveaux auditeurs, coûtait cher, risquait de fragmenter l’audience et ouvrait la porte à de nouveaux concurrents. Ils ont donc refusé d’investir, ce qui a bloqué le marché. Radio France disait : "Le DAB+ est intéressant, mais la FM fonctionne très bien chez moi, je pourrais y aller… mais pas seul".
La couverture DAB+ dépasse désormais 60 % de la population, mais le parc de récepteurs reste limité, hors automobile neuve. Et surtout, aucune donnée d’audience publique ne distingue encore clairement l’écoute FM, DAB+ ou IP !
Partout en Europe le service public a un rôle moteur dans le passage au DAB+. Le secteur privé, plus préoccupé par le court terme, reste plus conservateur. Radio France fait donc preuve de courage : vu son modèle économique elle peut le faire. Mais la véritable question est ailleurs : la majorité du public privilégie désormais la simplicité du streaming mobile, quitte à accepter une bien moindre qualité sonore entre les oreilles ...
Thierry Mathieu e-crossmedia le 21 juillet 2026. |
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6 téléspectateurs sur 10 devant Espagne-Argentine… Les usagers tradis devant M6, le jeune public dans l’archipel numérique. La finale rassemble… mais le pays se disperse. (le 20-07-2026) |
Les médias ne rassemblent plus, ils se dispersent… et ils éparpillent les publics. Non par caprice, mais par contrainte, non par stratégie, mais par survie. Le Mondial 2026 en est la démonstration par l'absurde.
La finale Espagne–Argentine, diffusée hier soir sur M6, confirme la règle : 12,24 millions de téléspectateurs, soit 59,2 % de part d’audience : Un triomphe… mais un triomphe isolé, segmenté, hors du commun partagé. Le public traditionnel est allé chercher le Mondial là où il se trouvait, comme on se rend sur une île lointaine pour y trouver ce que l’on aime.
Comme ce lundi matin sur France Inter :
Le Mondial n’a pas créé l’archipel médiatique : il l’a révélé, 65 % des 18–34 ans ont suivi le Mondial via TikTok, YouTube, Instagram. 24 % ont regardé des matchs “racontés” en direct par des influenceurs, les lives Twitch ont réuni entre 300 000 à 500 000 spectateurs simultanés et l’audience des vidéos “réaction” a explosé : 5 à 10 millions de vues en 24 heures.
IShowSpeed, mais aussi Squeezie, AmineMaTue, Gotaga … Sans images officielles, mais avec voix, humour, dramaturgie ces internautes créateurs de contenus sont devenus les nouveaux griots, les nouveaux prêtres du récit, souvent communautaire !
Désormais, le sport se visite en s’appuyant sur une carte déchirée ! Si M6 a été la destination pendant la coupe des amateurs de ballons ronds, c’est sur France Télévisions qu’il faut aller pour le Tour de France : 40 millions de Français touchés, 35 % de PDA.
Idem en rugby pour le tournoi des VI Nations : 6 à 8 millions par match ou Roland-Garros : 3,5 millions en moyenne. Canal+ monopolise la Formule 1 : 1,1 million par Grand Prix, 1,8 million même pour Monaco.
Pour les courses de MotoGP : 700 000.
C’est vrai aussi pour la musique : la fragmentation est totale ! NRJ pour la pop, Skyrock pour le rap, RTL2 pour le rock
France Inter pour la scène française, FIP pour les niches, ICI pour les artistes régionaux …
Et la musique classique ? Elle a globalement disparu des radios généralistes. Elle survit sur deux îlots : Radio Classique et France Musique.
Et c’est finalement encore pire sur le web que sur ces médias traditionnels ! Les réseaux sociaux permettent des récits alternatifs mais ils fragmentent encore plus et créent des micro‑communautés, fabriquent des récits parallèles, imposent des narrateurs qui ne sont plus des journalistes : les influenceurs deviennent des médias, des autorités sans responsabilité.
Les sociologues l’avaient annoncé … clairement !
Pour François de Singly : l’individu comme centre de gravité : "L’homme moderne ne veut plus appartenir à un collectif, mais choisir ses appartenances. La fragmentation médiatique n’est que la traduction technique de cette autonomie culturelle". Selon Jean Viard : la société des tribus : "Nous vivons dans des “tribus culturelles” : tribu foot, tribu rap, tribu classique, tribu gaming. Les médias ne rassemblent plus : ils suivent les tribus". Dominique Wolton constate la fin du commun : "La multiplication des canaux n’a pas créé plus de lien, mais plus de dispersion. La communication ne produit plus du commun, mais du parallèle. Alain Ehrenberg observe : "L’individu contemporain est autonome, mais isolé. La fragmentation médiatique n’est que le reflet de cette solitude organisée". Selon Hartmut Rosa : "L’accélération sociale produit des mondes disjoints, des temporalités incompatibles. Les médias ne peuvent plus synchroniser la société. Enfin Zygmunt Bauman parle de modernité liquide : "Les liens se dissolvent, les structures se fragmentent, les récits communs se liquéfient". .
Alors, les médias généralistes sont-ils en difficulté ? La réponse est corrosive, mais elle s’impose… Oui sur les grands événements sportifs comme sur la musique, hors-jeu sur les jeunes publics, hors-jeu sur les nouveaux récits. Ils ne sont plus les lieux du commun, ils sont les témoins d’un commun dissous. Sauf … S’ils parviennent en complémentarité avec le web à valoriser leurs offres sur les réseaux sociaux pour séduire à nouveau leurs cibles parties sur les RS
Le Mondial 2026 n’est pas une anomalie. C’est la démonstration éclatante d’un basculement structurel du système médiatique, et pas seulement en occident.
Thierry Mathieu e-crossmedia le 20 juillet 2026.
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A la radio aussi … A chaque vague Médiamétrie, l’Île de France s'affirme comme un îlot singulier dans l’Hexagone ! (le 18-07-2026) |
Les sondages radio révèleraient‑ils, comme d’autres indicateurs, l’évolution du pays ? La comparaison entre les résultats en Ile de France et ceux de la vague nationale publiée la semaine dernière est intéressante : 2 séries de courbes, 2 dynamiques … 2 France.
Illustration de cette fracture, deux cas emblématiques : Europe 1 et Nova, deux offres opposées… un même phénomène !
Europe 1, propriété du groupe Bolloré, revendique aujourd’hui un positionnement assumé à droite, très identifiée “radio d’opinion”. Nova, liée à Matthieu Pigasse, assume un positionnement culturel marqué à gauche, contre‑culturel, anti‑mainstream.
Les 2 performent mieux en régions qu’en Île‑de‑France car leurs stratégies reposent sur un même ressort sociologique : Europe 1 se fait le haut-parleur d’une “France périphérique politique”, en quête de parole directe, de confrontation, d’identification.
Nova séduit une “France périphérique culturelle”, en quête d’alternatives, de singularité, de respiration.
Globalement, les 2 études - nationale et IdF - des sondages radio révèlent les unes après les autres une fracture culturelle durable entre Paris et le reste du pays.
Coté "Généralistes" en IDF : France Inter progresse encore : +100 000 auditeurs, 1,41 million de fidèles. Elle capte la montée du “parlé premium”, la demande de sens, la valeur du temps long.
Franceinfo: avec 1,08 million d’auditeurs demeure une puissance intacte, en particulier en matinale.
RTL recule : 846 000 auditeurs. Europe 1 tente de se stabiliser : 491 000. RMC chute : –176 000.
Europe 1 et RMC sont moins à l'aise en région parisienne qu'au national… Parce que leur éditorial parle sans doute davantage à la France périphérique, aux villes moyennes, aux territoires qui se sentent éloignés des centres de décision.
Mais ce qu’elles gagnent dans les régions, elles le perdent à Paris.
Chez les musicales jeunes : l’Île‑de‑France décroche plus vite que l'ensemble de l'hexagone ! NRJ : 397 000 auditeurs, soit près –300 000 en dix ans. La station dépassait encore les 650 000 auditeurs au milieu des années 2010.
Elle a perdu près de la moitié de son socle jeune.
Fun Radio : –57 000 auditeurs sur cette vague. La station tournait autour de 350 000 auditeurs en IDF il y a dix ans ; elle se situe désormais entre 230 000 et 250 000.
Skyrock : –99 000 auditeurs. Historiquement au‑dessus des 500 000 auditeurs en Île‑de‑France, elle évolue aujourd’hui autour de 300 000 – 320 000. Soit –200 000 en dix ans, la plus forte baisse structurelle du marché jeune.
Europe 2 : sous les 100 000 auditeurs. La marque oscillait entre 180 000 et 220 000 auditeurs en IDF dans les années 2010 sous l'appelation Virgin.
Malgré le reformatage, elle a perdu plus de la moitié de son socle francilien en 10 ans.
Pendant ce temps : les musicales adultes explosent ! Nostalgie devient la locomotive : +91 000 auditeurs sur cette vague, première musicale en Île‑de‑France. Un renversement historique : la station, qui évoluait autour de 250 000 – 300 000 auditeurs il y a dix ans, dépasse désormais les 400 000 – 420 000 selon les vagues.
Plus de 100 000 auditeurs gagnés en une décennie, à rebours du marché jeune.
Ses petites soeurs Chérie FM et Rire & Chansons suivent la même dynamique : progression régulière, fidélité forte, stabilisation d’un public adulte :
Nosta, Chérie, avec Rire & ... Elles sont désormais les trésors d’NRJ Group, plus que la chaîne prémium éponyme.
Et puis il y a le paradoxe FIP, qui progresse plus facilement ... hors de Paris … Elle perd sur cette vague 52 000 auditeurs en IDF, mais progresse largement sur un an. Au national : 4% d’AC soit 776k paires d’oreilles. Un paradoxe quand on se souvient qu’en 1972, "France Inter Paris" novatrice à l'époque et qui a su le rester, était conçue pour accompagner les urbains de la capitale !
L’Île‑de‑France devient pourtant aussi le bastion du premium : France Culture : 468 000 auditeurs en Île‑de‑France, devant NRJ, Skyrock, Fun … un basculement historique. Elle gagne donc près de 150 000 auditeurs en une décennie, soit +45 à +50 %, et c’est le double qu’au plan national.
Sa sœur France Musiqu et sa concurrente privée Radio Classique apparaissent aussi très solides. Au national : la chaine de Radio France dépasse le million d’auditeurs quotidiens : 1,8 % d’audience cumulée, 1,7 % de part d’audience. En face, Radio Classique progresse fortement, +16 %, pour atteindre 978 000 auditeurs, 1,7 % d’AC et une durée d’écoute qui frôle les 1h42. Et en Île‑de‑France : les deux stations sont au coude‑à‑coude.
La vague nationale publiée la semaine dernière montrait déjà une France plus, périphérique, plus identitaire, plus émotionnelle dans ses usages radio. La vague Île‑de‑France publiée hier confirme l’inverse : plus élitiste, plus premium, plus culturelle.
Deux sondages, deux France, deux courbes qui s’éloignent, et un îlot francilien qui se singularise chaque année davantage : les sondages radio révèlent, mieux qu’on ne le croit, l’évolution du pays !
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 18 juillet 2027.
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16 juillet 1942 : le jour où le silence médiatique a permis la rafle du Vel d'hiv. 84 ans après, un blackout devenu impossible. (le 16-07-2026) |
Quatre heures du matin, Paris dort encore. Dans les couloirs, des pas lourds, des voix étouffées, des papiers qu’on déplie. La police française monte les escaliers, liste en main, frappe aux portes. "Pourquoi ? Où nous emmenez-vous ?" Personne ne répond.
Dans les rues encore sombres, les autobus réquisitionnés transportent des familles entières vers le Vélodrome d’Hiver. Les voisins regardent derrière les rideaux. Les concierges murmurent : "Ils emmènent les Juifs…" Toute la journée du 16 et le lendemain, les arrestations s’enchaînent.
Et de ces deux journées, il ne reste qu’une image ! Des photographes allemands ont pourtant "documenté" l’efficacité policière française, des policiers français ont pris des clichés administratifs pour leurs rapports et quelques Parisiens, derrière leurs fenêtres ont photographié clandestinement, mais un seul cliché a été retrouvé au hasard comme le raconte ce chercheur de la Sorbonne pour l'Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe :
Les ondes aussi sont muettes … En 1942, l’information se vit le soir. Les bulletins de Radio Londres, ceux que l’on écoute en cachette, derrière les volets, sont diffusés après 20 heures. Comme en novembre 41, avec ces festivités des Forces Françaises au bord de la Tamise :
Mais ce 16 juillet 1942 au soir, Londres ne sait rien. Le 17 au soir, même silence. Les archives de la BBC sont formelles : Radio Londres dénonce bien les lois antisémites, le port de l’étoile jaune, les arrestations en Europe, mais pas la rafle du Vél’ d’Hiv’ elle-même.
Sur les ondes helvètes … même silence. De l'Alsace à Nice, on écoute la radio suisse, surtout le soir, comme s’en souvient la RTS :
Mais elle n’annonce pas la rafle non plus. Neutralité stricte, prudence diplomatique, absence de sources fiables : la radio helvétique évite d’aborder les rafles françaises.
La presse clandestine existe… mais faute d'info, elle ne témoigne pas non plus … Circulent sous le manteau en 1942 : Combat, Libération, Franc-Tireur, Témoignage chrétien. Mais ces publications sont encore trop fragiles, trop rares, trop lentes. Elles n’ont évidemment aucun moyen de couvrir un événement qui se déroule le matin même, dans le secret administratif de la police française. Aucune publication clandestine ne mentionne la rafle du Vél’ d’Hiv’ en temps réel.
Après la rafle, d’autres drames surviennent : les déportations de l’automne 1942, les rafles en province, les exécutions de 1943, les maquis écrasés, les représailles de 1944, Oradour, Tulle, Ascq… Les médias clandestins reviennent peu à peu. Ils racontent, alertent, dénoncent. Ils deviennent plus réguliers, mieux distribués, plus audacieux. Mais ils ne peuvent pas tout voir, tout savoir, tout dire. Ils n’ont pas accès aux camps, aux convois, aux archives allemandes. L’ampleur réelle de ce qui se passe en France, les chiffres, les lieux, les responsabilités, les ordres ne sera connue du public qu’après la Libération.
Au cinéma, il faudra attendre des décennies pour que la rafle soit racontée. En 1974, Michel Mitrani filme "Les Guichets du Louvre", l’histoire d’un jeune homme qui tente de sauver quelques Juifs le matin du 16 juillet. En 1992, Maurice Frydland donne la parole aux survivants dans "Les Enfants du Vel’ d’Hiv’". Puis vient La Rafle, en 2010, de Rose Bosch : la reconstitution du Vélodrome d’Hiver, les familles arrêtées, les bus, les listes, les camps. Le film montre ce que les médias n’ont jamais montré :
La même année, "Elle s’appelait Sarah" raconte la rafle à travers la quête d’une journaliste d’aujourd’hui. Et "Mr. Klein", dès 1976, évoquait déjà ce climat de traque administrative qui mène à la rafle
Ce silence des médias, celui de 1942 qui a rendu possible la rafle du Vél’ d’Hiv’, est sensé ne plus exister aujourd'hui. En Ukraine, au Proche-Orient, le blackout total semble devenu impossible. Les belligérants tentent de maîtriser les médias, de verrouiller les images, de contrôler les récits, d’étouffer les preuves. Mais les téléphones filment, les satellites observent, les réseaux diffusent, les journalistes documentent, les ONG vérifient. L’information circule, même fragmentée, même contestée, même manipulée, parce que le monde entier est devenu un témoin potentiel.
En 1942, le silence était une arme, en 2026, il ne peut plus l’être. Et c’est peut-être la seule victoire que l’histoire nous a laissée : celle de ne plus pouvoir cacher l’ampleur d’un drame à tout un monde.
Thierry Mathieu e-crossmedia le 16 juillet 2026. .”
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NRJ fête ce mercredi ses 45 ans : une success-story ... Même si la panthère règne désormais un peu moins dans la jungle des offres numérisées ! (le 15-07-2026) |
Paris, un après‑midi de juillet 1981... Le soleil chauffe les toits du 20ᵉ arrondissement, des antennes bricolées scintillent comme des épées de fortune, un évènement considérable se prépare … Et ça se passe rue du Télégraphe, autant dire le plus ancien mode de transmission C’est là que naît la radio la plus moderne de France !
45 ans plus tard ce mercredi, l’un des acteurs Jacky Gallois raconte la scène sur les réseaux sociaux : "Éric Perrin à 14 h 00 et j’ai suivi de 15 h 00 à 16 h. Quand Éric a ouvert son micro, il y a eu un énorme Larsen dans le petit studio installé par Lionel Lemière dans la kitchenette. On avait oublié de baisser le retour."
Florilège des 1ers jingles de la station ...
Le numéro 2 historique Max Guazzini se souvient , il y a quelques temps, sur France Télévisions :
Trois ans plus tard, en 1984, la jeune station manque pourtant de disparaître : le régulateur envisage de fermer NRJ : la radio est accusée d’émettre trop puissamment. Mais les auditeurs, des milliers de jeunes, descendent dans la rue pour défendre “leur” radio. Une manifestation spontanée, joyeuse, inédite dans l’histoire de la FM.
Et au milieu de cette foule, une apparition : Dalida ! La star marraine de NRJ, mais aussi proche de François Mitterrand apporte son aura et son poids médiatique. Ce soutien contribue à sauver la station. NRJ ne sera pas fermée. La panthère vivra. Et le jour du décès de la chanteuse la station lui rendra honneur.
NRJ toutefois n’est pas historiquement la pionnière .. Depuis 1979 le service public, voyant la jungle de la bande FM en Italie et l’émergence des formats destinés au public jeune , avait tenté d’ouvrir la voie, seulement en région parisienne avec Radio 7, en même temps que la station dédiée aux séniors Radio Bleue, et que les 3 premières radios locales. Mais à la différence de Radio France, NRJ saura déployer le format sur tout le territoire et bien au-delà et surtout réussir à construire un fabuleux modèle économique. Alors que le service public fermera Radio 7 pour allouer son budget à la création de France Info. Comme s’en souvient l’INA :
Radio France tentera à nouveau d'aller à la rencontre des jeunes publics avec Mouv'... Mais, l'offre n'ayant jamais réussi à réellement séduire son public elle n'est aujourd'hui plus distribuée en FM : uniquement sur le web en phase avec sa cible qui préfère désormais le streaming à l'hertzien.
En 1982 à la libération de la FM, la bande parisienne est un western : Il y a Gilda, la métropolitaine, dont l'émetteur est arrivé clandestinement d'Italie par petit morceaux et en plusieurs voyages. La jeune femme qui les transporte sur son ventre fait croire qu'elle est enceinte pour échapeer à la douane Gare de Lyon ! Il y a aussi La Voix du Lézard, Fréquence Gaie, Carbone 14, Radio Verte, Ici & Maintenant… Elles inventent, elles dérangent, et la plupart disparaitront. NRJ, elle, avec quelques autres survivent, parce qu’elles comprennent que la FM va devenir un marché.
PIonnier pour nrj Jean‑Paul Baudecroux : un entrepreneur pur jus, homme de marketing, de commerce et d’instinct. Il est passé par la publicité, l’immobilier et les affaires ... Ce n'est pas un homme de radio, mais un homme de "marque", obsédé par l’idée de créer des produits simples, identifiables, reproductibles. Aux États‑Unis, il découvre les radios‑formats, les logos‑totems, les stations‑marques et il revient en France avec une certitude : la FM peut devenir une industrie. En 1984, la publicité arrive, NRJ se déploie, se multiplie… Il est aux anges !
En 2002, elle atteint son sommet : 6,5 millions d’auditeurs quotidiens, première radio de France !
Puis les plateformes arrivent… YouTube, Spotify, Deezer, Apple Music. Les usages basculent. NRJ tombe à 3,6 millions d’auditeurs à la dernière vague Médiamétrie : Elle reste la première musicale, mais la panthère a perdu de sa souplesse. Alors que les musicales de plus en plus rares qui savent qui elles ciblent aujourd'hui, résistent mieux. FIP, fidèle à sa programmation ultra‑curaté,. Skyrock, cohérente avec la culture urbaine, première radio des moins de 25 ans, Nova, éclectique et alternative, solide sur les urbains et les curieux. Ce sont désormais les stations qui parlent à une culture, pas à “tout le monde”, qui surnagent dans l'océan des offres.
Et NRJ, alors ? Toujours 4 ème radio de France la panthère bondit encore évidemment, mais de moins en moins haut ...
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 15 juillet 2026
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ICI sous France Culture au sondage Médiamétrie publié ce vendredi ! Quand l'ADN de la proximité est devenu compliqué à cultiver ... (le 10-07-2026) |
Le chiffre est tombé ce matin. Médiamétrie ne fait jamais dans la poésie, mais là… c’est presque un scénario tragique. 3,7 % d’audience cumulée pour ICI, le réseau de radios de service public en charge d’incarner la proximité ... Derrière France Culture !
Pour comprendre, il faut remonter le fil : trois étapes, trois moments fondateurs, trois promesses aujourd'hui démonétisées !
1980 : les pionniers qui osaient tout ! À l’origine les radios locales n’était pas un réseau, c’était trois expériences, trois laboratoires, trois coups de génie : Fréquence Nord, Melun FM, Radio Mayenne :
Ces équipes n’avaient pas le même format et assez peu de consignes en réalité. Elles avaient mieux : la liberté. Elles inventaient, tentaient, se plantaient parfois, mais elles recommençaient. Elles faisaient du local un territoire d’audace. Elles avaient compris que la proximité n’est pas un décor, c’est une énergie, une création, une prise de risque quotidienne.
La promesse du “forum régional", aujourd’hui captée par Facebook, WhatsApp and co ! Jean‑Pierre Farkas, l’un des grands patrons du réseau, avait une vision limpide : “Ces radios doivent être le forum, le haut‑parleur de leur région.” Il citait Lorraine Cœur d’Acier, la radio pirate née dans les luttes ouvrières avant la libération de la bande FM. Les habitants y prenaient la parole, les élus y débattaient, les ouvriers y racontaient leur vie. Une radio où la proximité était politique, sociale, vivante, comme le raconte RFI :
Farkas voulait ça : des radios qui parlent avec les gens, pas à eux ! Des radios qui deviennent le lieu où se fabrique l’opinion locale. Bien loin donc du cliché marketing dévastateur du slogan adopté plus tard "On est bien sensemble", alors que la société française se déchirait !
A partir de l'an 2000, la grande bascule : France Bleu.
Une idée simple mais puissante. : une cible revendiquée, la part dite "populaire" de l’hexagone : séduire les auditeurs alors délaissés par Radio France, fidèles d'RTL, Europe1, RMC, Sud Radio ou des musicales, tout en ne faisant pas d'ombre à France Inter et France Info.
Et une ligne éditoriale novatrice aussi : “Vu d’ICI.” Un angle, une identité, une manière de raconter le monde depuis le territoire, une façon de relier local et national-international. Le tout accompagné par un plan d’action unique de formation des personnels pour actualiser leurs savoir-faire et porter la stratégie.
Et ça a marché, très bien même ! En 2013 le réseau atteint son record historique : 8 points d’audience cumulée au premier trimestre devant France Info (7,9 %) et RMC (7,8 %).
Sous la marque France Bleu, le réseau qui n’est que l’addition des talents de 44 équipes locales et de celle du siège en charge de quelques "moments partagés" est alors puissant, identifié, respecté. Il est même redouté par la concurrence privée, sans faire d’ombre aux autres chaînes du groupe Radio France. La stratégie prend en compte la globalisation galopante : chaque station regarde autant le monde entier que le bout de sa rue avec sa sensibilité et sa culture locale.
Et aujourd’hui ? 3,7 %.
C’est le résultat de la centralisation au nom d’économies, de la normalisation, de l’affaiblissement de la liberté éditoriale, d’une centralisation jacobine qui a vidé les stations de leur autonomie… Ajoutez des erreurs stratégiques comme pendant les Gilets Jaunes où les radios ne pouvaient pas le samedi couvrir leurs ronds-points paralysés, parce qu’elles devaient diffuser le programme national.
Où le Covid … Durant les confinements les stations ont été regroupées par grande région pour protéger les personnels, alors que leurs publics avaient plus que jamais besoin de proximité !
Cerise sur le gâteau évidemment : la concurrence des réseaux sociaux, malgré de beaux résultats sur la déclinaison des contenus sur le web, qui seront bientôt meilleurs que ceux du média prémium.
Il y a un an et demi avec le changement de nom l’offre radiophonique est redevenue "localo-localière".
Les 44 ICI ne seraient-elles plus perçues comme essentielles ? Seraient-elles retombées à un statut de média complémentaire, celui que le grand public, au-delà des fidèles, ne vient écouter qu'en cas d’évènement exceptionnel comme ces jours-ci avec les incendies ?
Leur rôle ne serait-il pas d’être à nouveau le haut-parleur quotidien de leur région, géré par des pros pour contrer les dérives d’internet et des extrêmes ? En ces temps de campagne électorale qui débute, la démocratie n’en a-t-elle pas plus que jamais besoin, s’agissant en particulier de la France dite périphérique qui se considère oubliée par la République ?
Le service public dans sa diversité d’offres n’a-t-il pas intérêt à enfin s’actualiser de façon globale, surtout en ces temps de globalisation ?
Le message du directeur de réseau Laurent Guimier sur ses réseaux sociaux : "💙 Les usages évoluent. Nos supports se multiplient. Notre empreinte grandit. Une chose ne changera jamais : votre besoin d’un média local de confiance, utile et profondément humain. C’est ICI !
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 10 juillet 2026.
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