10 mai : 45 ans après l'élection de F Mitterrand et avec la révolution des usages, quid de la soirée du 2nd tour de la Présidentielle l'an prochain ? (le 09-05-2026) |
La force des médias traditionnels n'est plus tout à fait tranquille même s'ils n'ont pas passé l'arme à gauche : ils doivent faire l'union avec le web.
Le 10 mai 1981 reste un cas d’école ! Les rédactions savent qu’elles jouent gros : première alternance sous la Ve République, concurrence féroce entre TF1, Antenne 2, France Inter et les radios périphériques. La presse écrite doit encore attendre le lendemain pour être lue, le web n'existe pas !
RTL annonce le résultat dès 19 heures 49 ! Contrairement à la télévision qui n'est à l'époque que publique, les radios privées ne sont pas tenues d’attendre le “top” officiel. La rue Bayard tire la première, Europe 1 est en co-diffusion avec Antenne 2, ce qui est une nouveauté. Elle ne peut donc pas diffuser l'info déjà validée par les instituts de sondage. France Inter, radio du monopole, en co-diffusion avec TF1 respecte évidemment l'heure fatitique et légale : 20 heures !
20 heures pile : Antenne 2 marque tout de même l'histoire avec une image sobre solennelle, presque liturgique :
Les équipes de reportage de France Inter sont bousculées ... La foule de gauche en liesse les empêche d’approcher des podiums, on leur hurle qu’ils sont “la radio du pouvoir” et donc de droite ... Quel retournement de l'histoire, alors que le navire amiral de Radio France, est critiquée désormais pour son éditorial considéré comme trop à gauche !
Pour la première fois les duplex tant en radio qu'en télévision se multiplient : Solférino, Bastille, QG de Giscard, états‑majors, et Château-Chinon :
TF1 sort aussi les premières infographies : c’est l’émergence d’une sorte de PowerPoint avant l’ère informatique !
Avec France Inter, la Une fait tout pour challenger la 2, comme le rappelle "Quotidien" sur TMC :
La soirée électorale devient aussi un montage vivant, un récit polyphonique.
Il y a 45 ans, la nouveauté c’était le direct...
L’an prochain ce sera l'éclatement sur tous les écrans. Les rédactions travaillent déjà sur des lives verticaux pour TikTok et YouTube, des plateaux hybrides radio/TV/web, des cartes interactives personnalisées, du fact‑checking incrusté en temps réel, des archives INA injectées automatiquement dans les flux numériques.
A un an du prochain scrutin les médias se mobilisent déjà sur tous les supports, comme le dit par exemple le directeur de l’info du groupe TF1.
Thierry Thuillier et ses équipes proposent avec le vidéaste Gaspard G un format inédit, comme il l'explique sur ses réseaux sociaux :
La présidentielle 2027 sera la première où TikTok, YouTube et Twitch seront aussi structurants pour les 18–35 ans que la télévision :
2027 sera l’avènement du “signal vertical” : l’annonce du résultat ne se fera plus seulement sur un plateau TV ou à la radio, mais aussi dans le format dominant de l’époque : le vertical 9:16 : celui de TikTok, Instagram, YouTube Shorts. Des notification push seront envoyées aux smartphones, avec un lien vers le direct. Déjà, un an avant, nous recevons ce type de message :
Le téléphone fournira à chacun les résultats de sa commune grace à la géolocaliation, les extraits clés du débat précédent, le rappel des promesses du candidat...
Les jeunes sur TikTok ou sur leurs purs médias de référence, les seniors sur la télévision linéaire ou à l'écoute de la radio, les actifs sur les podcasts, et sur les sites des journaux qui jouent à plein désormais le live et les vidéos et … les sceptiques sur les réseaux sociaux !
Présidentielle après présidentielle, les médias, traditionnels ou nouveaux, resteront ce qu’ils ont toujours été dans les grands moments : le lieu où un pays se regarde, se raconte, et parfois se surprend lui‑même. Même si le résultat sorti des urnes devait ne pas être une surprise …
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 10 mai 2026.
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"Supprimer une des formations musicales de RF "! préconise Charles Alloncle : Un double bémol dissonant, pour qui à un peu de culture entre les oreilles ! (le 07-05-2026) |
Pour nombre d'observateurs, suivre cette proposition du rapporteur de la commission sur l'audiovisuel public ce serait prétendre sauver l’audiovisuel public en coupant dans ce qui coûte le moins, et rapporte le plus !
Le plaidoyer de Michel Orier, directeur de la musique et de la création à Radio France, sur France Musique.
Jusqu’en 1974 en effet, l’ORTF n’était pas seulement un opérateur audiovisuel : c’était aussi le premier réseau musical public de France, avec un orchestre dans chaque grande implantation régionale.
Depuis, leurs financements sont assumés par les collectivités locales. Ce sont donc finalement toujours les contribuables qui payent !
Dans le nord il y avait l’orchestre ORTF Lille, devenu aujourd’hui l'ONL : quelques 120 000 spectateurs par an, avec ses actions de proximité exemplaires dans toute la région, ses tournées en Europe, en Amérique, ou en Asie. En 1975, le passage sous la coupe de la région n’avait pas été si simple, comme en témoigne cette archive de l’INA :
Idem entre autres à Lyon, Strasbourg, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Rennes ou encore Nantes avec l’emblématique weekend annuel de la "folle journée" …
Les quatre formations musicales de Radio France sont l’Orchestre National de France, le Philharmonique, le Chœur et la Maîtrise. En tout , quelques 300 musiciens professionnels et 180 jeunes à la Maîtrise, c’est à dire moins de 1,5 % du budget de l’audiovisuel public.
1,2 million d’auditeurs suivent chaque année les concerts sur France Musique. 1 million de téléspectateurs pour les captations de concerts pour France Télévisions et Arte sans parler des podcasts et des replays qui génèrent plusieurs millions d’écoutes. Les diffusions via l’UER atteignent des dizaines de millions d’auditeurs dans plus de 40 pays et les tournées du National et du Philharmonique touchent jusu'à 150 000 spectateurs par an dans le monde entier.
Supprimer une formation ferait économiser moins de 0,5 % du budget global de l'audiovisuel public, Un orchestre, ça ne vend pas de shampoing, ni du soda. Mais ca mousse et ca pétille !!! Un chœur, ça ne fait pas d’audience en prime time, une maîtrise, ça ne génère pas de dividendes...
L'accès à la culture est trop souvent réduit au "divertissement" : quid de la musique de répertoire, de la création contemporaines et des commandes publiques, sans les captations et les diffusions gratuites pour le public ? Elle seraient en large partie réservées à ceux qui peuvent payer des abonnements sur des plateformes privées ou des centaines d’euros leur place de concert s’ils habitent à proximité des métropoles des salles de concert ou des maisons d’opéra.
Et quid du rayonnement des musiciens français en cas d’évènement planétaire ?
Un orchestre, un chœur, une maîtrise, ce n’est pas une ligne Excel, c’est un écosystème, une mémoire, un savoir-faire, une mission de service public qui ne se reconstruit pas une fois détruite. Il serait évidemment regrettable de mutualiser 2 chaines TV pour des raisons économiques … Mais se séparer de formations musicales, c’est privatiser une part de la culture.
Cela condamnerait aussi nombre d’artistes au talent mondialement reconnu, au nom d’une déraisonnable variable d’ajustement, pour une économie marginale, un patrimoine majeur serait fragilisé !
Thierry Mathieu e-crossmedia le 8 mai 2026. |
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Réflexion, distanciation ... Chapeau aux pros de l'info français qui temporisent, sans sombrer dans le brouillard médiatique étasunien ! (le 07-05-2026) |
Entre les déclarations du Président des États‑Unis, qui changent plus vite qu’un bandeau de breaking news, et le porte‑avions français Charles‑de‑Gaulle qui avance, lui, vers le détroit d’Ormuz, il y a un gouffre ! Un gouffre entre le bruit et le réel. Et ce gouffre, les chaînes françaises parviennent plutôt bien à le combler.
Le Charles‑de‑Gaulle est en mer Rouge, où un incident peut devenir une crise mondiale, où transitent 20 % des flux pétroliers, où la France engage un bâtiment majeur, avec ses marins, ses avionses. Et pendant ce temps, à Washington, les déclarations évoluent au rythme d’un fil X.
Le Président des Etats Unis annonce vouloir “répondre avec force”, et quelques heures plus tard, il parle de “désescalade possible”. Puis, il assure qu’il n’a “jamais parlé d’escalade”. On n’est plus dans la communication, on est dans le registre de la météo devenue aléatoire !
Franceinfo contextualise : Trois extraits contradictoires diffusés côte à côte, avec un journaliste qui conclut : La position n’a pas changé, la formulation oui." C’est le service public sobre, rigoureux, utile.
Sur BFMTV, la séquence est déroulée à longueur d’antenne : avant, après, encore après... Avec un bandeau qui se veut limpide : “Le Président nuance ses propos”. Traduction : on vous montre, comme on peut, et vous faites le tri !
Sur LCI, place aux experts : Diplomates, militaires, correspondants… Avant‑hier, un ancien ambassadeur expliquait que “la Maison‑Blanche teste des narratifs avant de les stabiliser”.
Sur CNews, qui n’a plus de correspondant pour témoigner de ce qui se passe sur les terrains, les plateaux confrontent les interprétations. La chaîne souligne que certaines déclarations américaines sont destinées… au public américain, et donc que vu d’ici, il faut parfois traduire plus que commenter. Comme le dit Henri Guaino ;
Pendant ce temps, la Marine nationale, elle, ne débat pas, elle agit. Le Charles‑de‑Gaulle avance, escorté, dans une zone stratégique. C’est un signal lourd. Comme le raconte ce reportage de RFI :
La séquence est propice pour rappeler le rôle de nos médias, les vrais, et non pas les auto-proclamés journalistes qui polluent les réseaux sociaux ! Ces usurpateurs ne savent pas professionnellement travailler les infos : vérifier,hiérarchiser, adopter une forme de sobriété, et donc honorer leur responsabilité.
Les États‑Unis ont une communication présidentielle très personnalisée, immédiate, très réactive et souvent même très… créative. Mais singée par l'IA iranienne :
La France, elle, adopte une communication institutionnelle et ses médias conservent leur mission d’observateurs critiques : plus lente, plus stable, moins spectaculaire, mais plus fiable pour comprendre ce qui se passe réellement.
Nos journalistes expliquent que les mots américains ne sont pas toujours des décisions, que certaines déclarations ne sont que des tests, d’autres des pressions, ou des réactions à chaud.
Pendant ce temps, la France agit dans un cadre multilatéral, avec des règles d’engagement, avec des partenaires qui auront à s’exprimer.
Pour informer en ces temps troublés, il faut savoir séparer l’écume des déclarations du courant profond des décisions : expliquer autant que faire se peut ce qui est dit, et ce qui est contredit…
Les chaînes françaises d'info continue l’ont dans l'ensemble bien compris : Franceinfo contextualise, BFMTV séquence. LCI expertise, CNews débat...
Désormais, le Charles de Gaulle est positionné, ses Rafales sont prêts à intervenir. Et ça, ça ne va pas changer toutes les deux heures.
Thierry Mathieu E-crossmedia Le 7 mai 2026.
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BFMTV, LCI, CNews, Franceinfo : le public décroche, saturé de surchauffe. Les audiences reculent, le “too much” aussi. (le 06-05-2026) |
Les chaînes d’info TV reculent ce mois-ci, toutes ! Une affaire de cardio, de surmenage temporaire sans doute ...
Comme si les téléspectateurs se disaient : “Et si on arrêtait de courir un marathon en sprint permanent ?”
Versio audio :
Mars a été un mois survolté : élections, tensions internationales, polémiques en cascade. En avril, l’actualité a levé le pied comme si la météo anormalement chaude dans l'hexagone invitait à la quiétude. Et forcément, quand l’actualité respire, les audiences aussi. On ne peut pas demander aux téléspectateurs de rester en mode “breaking news” 24h/24, ils ne sont pas des piles rechargeables.
Et surtout : la concurrence du web et des réseaux sociaux est devenue féroce, instantanée. Les chaînes d’info ne se battent plus seulement entre elles : elles se battent contre TikTok, contre X, contre Instagram, contre les notifications qui surgissent comme des pop-ups dans un jeu vidéo.
Le web, c’est l’info en mode “snack” : 12 secondes, un emoji, et un algorithme qui vous pousse … Du coup, l’actualité se consomme comme des chips : sans faim, mais c'est sans fin !
Et dans ce contexte, chaque chaîne d’info découvre ses limites. C’est particulièrement visible pour CNews. La chaîne revendique un positionnement de “média d’opinion”. Aurait elle atteint son plafond de verre ? Quand on parle surtout à ceux qui sont déjà d’accord, on remplit vite la salle… mais on ne pousse pas les murs.
Et puis il y a eu la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Ses auditions, ses tensions, ses polémiques ont été massivement relayées.
Les débats, même houleux, ont exposé au grand jour les méthodes, les angles, les accusations croisées. Pendant ces quelques jours, les téléspectateurs ont peut-être regardé les chaînes d’info… comme les chaînes d’info se regardent entre elles : avec un sourcil levé.
Pendant que les chaînes d’info s’agitent… Les bons vieux 20 heures apparaissent comme une force tranquille. Ils sont plus calmes, plus posés, moins dans le rush de l’immédiat, moins soumis à la tyrannie du bandeau rouge d’alerte permanente en bas de l’écran, plus installés dans un rituel. Les 20 heures de TF1 et surtout celui de France 2 se dégustent un peu comme une soupe reconstituante après une journée de fast-food médiatique.
En direct ou même en replay, ils apparaissent comme des valeurs refuges. Un moment où l’on remet les choses à plat. Où l’on hiérarchise, où l’on respire, où l’on prend le temps de comprendre, plutôt que de courir derrière l’actualité.
Les chaînes d’info ne sont pas en perte de vitesse, elles changent de forme, s’adaptent à un marché où l’attention est fragmentée, volatile, sollicitée de toutes parts.
Et ca ne date pas d'hier ...
Et ce ne sont sans doute pas les offres les plus bruyantes qui s’en sortiront le mieux, mais les plus cohérentes.
Comme souvent : dans un monde qui crie, c’est la voix posée qu’on entend le mieux.
Thierry Mathieue-crossmedia le 6 mai 2026.
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Quel regard porter sur les médias depuis le début de la guerre d'Iran ? 1 er entretien avec Jérôme Godefroy : il a couvert pour Europe 1 et RTL plusieurs conflits. (le 05-05-2026) |
Bientôt 70 jours de guerre en Iran, et de directs sur les radios et télés. Quel constat ? Les médias peuvent-ils relater les faits en 2026, mieux que durant les derniers conflits ? Alors que l'information, tributaire du marché devenu toujours plus concurrentiel lutte par ailleurs contre la suprématie du web ?
Coup de fil à Jérôme Godefroy, Journaliste, il a notamment travaillé, de 1978 à 1986 à Europe 1 et de 1986 à 2010 à RTL. "On tourne en rond ! On a conscience qu'on ne sait pas grand-chose de ce qui se passe sur ce théâtre d'opération très vaste : la région du Golfe Persique, Ormuz, les Émirats, l’Iran … Et en ce qui concerne les États-Unis, c'est encore pire que d'habitude puisqu’ autrefois, les Américains faisaient des briefings au département de la défense, au département d'État, à la Maison Blanche."
"Maintenant il n’y a plus rien de tout cela. Tout repose sur des tweets que Trump pond de temps en temps, des déclarations à droite ou à gauche qui sont totalement contradictoires, et hop, dans les médias français comme partout, puisque j’écoute et regarde aussi les américains notamment, on ne fait en permanence que réagir sur la dernière déclaration, la dernière publication : ça tourne dans le vide. Même si on a des connaissances, une expertise militaire, diplomatique, commenter une actualité qui va dans tous les sens en permanence, ça ne produit rien de bon !"
Comment comparer ce que nous avons entre les oreilles et sous les yeux avec les conflits que vous avez connus à l’antenne ? "J’ai couvert pour Europe 1 la guerre des Malouines en 1982…"
"Comme je le raconte sur mes réseaux sociaux, les points de presse et les communiqués des autorités militaires de Sa Majesté étaient des prodiges de manipulation. Jamais de mensonge, mais une information minimum ne confirmant jamais le détail des opérations en cours. À Buenos Aires, la dictature militaire argentine propageait évidemment un bla-bla inepte."
"Pendant la première guerre du Golfe en 90 et 91, les journalistes étaient embarqués avec les unités combattantes. Leur expression était sous contrôle des autorités militaires. J’aime citer le cas du néo-zélandais Peter Arnett de CNN."
"Il racontait au téléphone ce qu’il voyait depuis la fenêtre de son hôtel à Bagdad. Mais il était le seul journaliste occidental intervenant quotidiennement du sol irakien…"
Si on compare ces expériences à ce à quoi nous assistons depuis le début de cette guerre en Iran ? "Aujourd’hui, les équipes de radios et de télévisions françaises qui sont aux Émirats arabes unis ou à Dubaï, sont sur la plage et nous disent : "voilà le détroit !", sans plus d’élément en réalité à nous livrer, sans pouvoir raconter de manière documentée ce qu’il s’y déroule."
C’est donc toujours compliqué en situation de guerre de documenter ce qu’il se passe sur le terrain … "La difficulté actuelle c’est aussi la nécessaire immédiateté, du fait du flux continu des chaînes d’info 24 heures sur 24 qu’il faut bien nourrir, et aussi des publications sur internet. Si on se souvient de la seconde guerre mondiale, il y a eu des témoignages et des images sur les combats, sur la libération des camps, sur la Shoa…"
"Idem pour le Vietnam..."
"Les documents n’ont pas été diffusés tout de suite, souvent après les conflits. La contrainte de l’immédiat n’existait pas. Du coup aujourd’hui pour assurer les heures d’antenne en continu, c'est forcément répétitif. Dans ces conditions, les médias audiovisuels du monde entier sont obligés de meubler d’interminables heures d’antenne avec des commentaires reposant sur très peu de faits avérés".
"On a sorti de leur retraite d’anciens généraux appelés à analyser une situation mouvante et floue dont ils ignorent presque tout. On mobilise des experts en tous genres qui assènent leurs connaissances théoriques faute de pouvoir les appliquer à la réalité. Il n’y a plus de recul possible, les intervenants font ce qu’ils peuvent en fonction de ce que sont devenus les médias. Tout cela a commencé le 28 février de cette année. Ça peut encore durer .. longtemps !"
Thierry Mathieu e-crossmedia, Le 5 mai 2026. |
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Et si, noyés par les enjeux politicards, de vrais enjeux stratégiques et pragmatiques n'apparaissaient pas dans le rapport Alloncle sur l'audiovisuel public, publié ce lundi ? (le 04-05-2026) |
Missions immergées sous l'iceberg glaçant du Rapport Alloncle : 2 dossiers essentiels de l'audiovisuel public dont l'évolution est pourtant attendue par la tutelle depuis des années mais n'a été qu'assez peu prise en compte par RF et FTV.
Version audio :
Si les entreprises publiques avaient réellement priorisé l’information continue et l’action régionale, le rapport Alloncle serait aujourd’hui un document en large partie affaibli. Depuis des années pourtant, la tutelle attend 2 évolutions très précises : rapprocher franceinfo TV et franceinfo radio, et rapprocher France 3 et le réseau ICI pour l’action régionale. Mais les entreprises Radio France comme France Téléfvision ont temporisé, contourné, attendu “le bon moment”, évité les conflits et pendant ce temps, ces dossiers stratégiques ont vivoté.
Si le rapprochement franceinfo TV / franceinfo radio avait été mené avec une rédaction unifiée, une ligne éditoriale commune cohérente, des moyens mutualisés, une marque puissante en radio mais balbutiante en télévision consolidée.
Cela aurait insitiué un modèle de service public sur l’info continue conquérant face à la bataille entre CNews, BFM et Lci .
A propos de l’action régionale… Si France 3 et le réseau ICI avaient été rapprochés en s’appuyant sur leur maillage territorial unique, leur force éditoriale incomparable, leur exposition nationale du local … Le rôle pilier en matière de proximité et démocratie, qu’aucun acteur du privé ne peut économiquement challenger, aurait été consolidé.
Mais il s’est agi avant tout de ne pas bousculer les mammouths. De ne pas ouvrir de fronts sociaux, déclencher de grèves, continuer à acheter la paix sociale face à des organisations syndicales souvent conservatrices, très structurées, et très efficaces pour bloquer ce qu’elles considèrent comme des risques.
Un secteur a évolué : le digital C’est l’ironie de l’histoire. Là où les structures traditionnelles ont résisté, le numérique, lui, a avancé. Parce qu’il a été confié à de nouveaux métiers, à de nouveaux profils, à de jeunes collaborateurs qui savent épouser l’air du temps.
Des équipes qui travaillent en mode agile, testent, innovent, et n’ont pas peur de casser les codes. À la différence, et je le dis avec respect, de nombreux professionnels issus des anciens métiers de la radio et de la télévision, pour qui chaque évolution ressemble parfois à une menace plus qu’à une opportunité. Le digital, lui, a avancé parce qu’il n’avait pas à négocier avec l’histoire, à composer avec des structures lourdes. Il n’avait pas à gérer des équilibres internes vieux de trente ans. Et c’est ce qui explique son succès.
L’info continue coûte trop cher, comme l’action régionale. C’est précisément pour cela que la tutelle demandait ces rapprochements et que leur absence affaiblit aujourd’hui le service public. C’est là, en partie, que le rapport Alloncle trouve sa force. Alors que si la révolution en interne avait été opérée, il ne serait qu’un document technique, un rapport de plus, sans prise politique. Mais ce n’est pas le cas, et à l’approche de la présidentielle, cela change tout. Pendant dix ans, les priorités stratégiques n’ont pas été gérées comme telles, et les attentes de la tutelle n’ont pas été honorées.
Le rapport Alloncle n’est pas fort par lui-même. Il est fort parce que les entreprises ont laissé un vide. Et la politique, comme la nature, n’aime pas le vide.
Par ailleurs ... Charles Alloncle, le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public serait visé par une plainte pour "prise illégale d’intérêts". Selon les informations du "Monde",
le député ciottiste est visé par une plainte,
déposée contre X,
ce samedi 2 mai,
devant le Parquet national financier,
faisant suite aux révélation du journal,
révélations sur l’envoi de questions de Lagardère News
à des membres de la commission.
La société contrôlée par Vincent Bolloré est, elle aussi, ciblée.
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Thierry Mathieu e-crossmedia le 04 mai 2026.
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Focus sur 3 leaders qui ont sévi à la TV alors qu'un fils TRUMP pourrait relancer l'émission qui a fait connaitre le Président. (le 03-05-2026) |
Amazon va t elle ressusciter The Apprentice, l’émission qui avait propulsé Donald Trump dans le paysage télévisuel américain ? Son fils aîné, Donald Trump Jr., en serait le maître de cérémonie. Le géant du streaming réfléchit à capitaliser sur la marque Trump, devenue un actif médiatique aussi puissant que clivant.
La télévision ne fabrique pas seulement des émissions, elle fabrique des personnages.
Donald Trump, Silvio Berlusconi ou Volodymyr Zelensky sont arrivés au pouvoir après avoir occupé les écrans et leurs parcours télévisuels ont laissé des traces très concrètes dans leurs pratiques publiques.
Avant la politique, il y a donc eu The Apprentice. Une émission où Donald Trump incarnait un patron qui tranche, qui élimine, qui dramatise. Le programme était monté pour le présenter comme celui qui “voit tout, comprend tout, tranche tout. Sa fameuse formule “You’re fired!” quand il éliminait un candidat n’était pas seulement une réplique et aujourd’hui ses limogeages rapides, parfois annoncés sur les réseaux sociaux, sont commentés comme une prolongation de cette dramaturgie.
Dans l’émission, tout tournait autour du présentateur. Dans l’exercice du pouvoir sa communication est également axée sur la figure du dirigeant ...
Avec une forte présence médiatique et un usage intensif des canaux directs.
Il y a aussi le cas en Italie de Silvio Berlusconi. Le milliardaire a conceptualisé son ascension différemment : gouverner comme on programme une grille télé. Sans animer lui-même une émission à l’antenne, il a créé Mediaset, un empire audiovisuel qui a façonné l’esthétique de la télévision italienne :
avec les variétés de Canale 5 leurs plateaux lumineux et leur ton chaleureux, les journaux télévisés de ses chaînes, où la hiérarchie de l’information construisait un récit optimiste et même ses interventions téléphoniques en direct dans les talk-shows !
Il a importé dans la politique les réflexes d’un constructeur d’empire audiovisuel. Il décidait des formats, des tonalités, des visages. De la même manière en politique, il a choisi ses cadres, imposé son rythme et contrôlé le récit ..
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En participant en France à la création de la 1ère version de la 5 en 1986, il avait les mêmes intentions :
En gouvernant il a conservé les mêmes préceptes : mettre en scène la réussite, atténuer le conflit, scénariser l’optimisme proximité, humour, gestes spectaculaires, une manière de gouverner où la communication occupe une place centrale, presque comme un format télévisuel.
Et puis il y a le cas de Volodymyr Zelensky : la fiction comme matrice de communication. Son passé d’artiste lui a donné une grammaire de l’émotion et du rythme, qu’il applique à la politique. Il ne gouverne pas “comme un acteur”, mais comme un auteur : celui qui écrit, cadre et incarne le récit d’un peuple en guerre.
Les monologues face caméra, adressés directement aux citoyens sont courts les scènes de dénonciation de la corruption, filmées en plan fixe. les séquences de mobilisation nationale, structurées comme des appels à l’unité.
Quand un dirigeant vient de la télévision, il n’arrive pas avec un simple programme. Il arrive avec un vocabulaire visuel, une grammaire narrative, une culture de la séquence. Et cette culture, on la retrouve souvent ensuite dans sa manière d’exercer le pouvoir. La télévision ne produit pas seulement des images. Elle produit des réflexes, des cadres, des séquences. Et parfois, elle produit pour le meilleur ou pour le pire ... des dirigeants.
Thierry Mathieu e-crossmedia le 3 mai 2026.
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Quand la réalité dépasse la fiction, et que la nature joue son rôle … Coup de cœur pour "Enchainés", la série de 6 épisodes diffusée par FTV, sur l’esclavage à la Réunion ! (le 01-05-2026) |
Avec "Enchainés" depuis ce mercredi sur sa plateforme, France Télévisions célèbre les 25 ans de la loi Taubira, sur la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.
Lors du tournage il y a un an, la nature a joué un grand rôle, comme le raconte la réalisatrice Laure de Butler :
"Fin février 2025, nous sommes en repérage au Maïdo, le site qui domine les cirques dans les hauts à l’ouest de l’ile, quand nous apprenons qu'un cyclone Garance doit toucher l’île dans la nuit."
"Après trois jours confinés, enfermés, sans aucune visibilité, avec un vent d’une violence extrême, nous avons découvert l’ampleur des dégâts : la nature était ravagée."
"Notre décor principal, la maison choisie pour l’habitation des maitres originaires de Bordeaux, sur laquelle nous travaillions depuis deux mois, est détruit."
"La case des esclaves que nous avions construite n’existe plus, il ne reste qu’un amas d’arbres ! Nous avons repris les repérages, reconstruit ailleurs, réorganisé le plan de travail."
"Mais cette contrainte a eu un impact direct sur l’écriture. Le début de la série devait initialement se dérouler en extérieur, avec une tempête vécue à ciel ouvert. Mais cela n’était plus possible : la nature était déjà dévastée. Ayant moi-même vécu le cyclone de l’intérieur, j’ai proposé de repenser cette ouverture en plaçant les personnages bourgeois à l’intérieur de la maison. Cela nous a permis d’introduire une dimension symbolique forte, presque comme dans le conte des Trois Petits Cochons : les riches patrons, protégés dans une maison solide, face aux esclaves, relégués dans des habitations précaires … Ils finissent par investir la case du Maitre. Cette opposition, posée dès le départ, a finalement servi la série."
"Le tournage a été retardé et particulièrement compliqué. puisque partout sur l'ile, il y avait des travaux de reconstruction. Les vols des hélicoptères qui cheminaient du matériel au-dessus de nos têtes étaient incessants, ce qui, évidemment, posait un vrai problème pour une histoire censée se dérouler en 1806 !"
"Mais au cœur de ces difficultés, il y a eu une véritable solidarité, une entraide presque décuplée, comme si le cyclone avait renforcé nos forces vives à l’image de ce que traversent les personnages dans la série. Cela a été un déclencheur fort : il a fallu faire front ensemble. Et, d’une certaine manière, c’était aussi quelque chose de très beau !"
"Cette histoire à 220 ans, l'action de la série se déroule en 1806. Il est temps de la raconter !" dit le scénariste Alain Moreau. Originaire de La Réunion il a souhaité débunkariser un mythe longtemps véhiculé, celui d'un esclavage soi-disant "plus doux" à La Réunion : "On disait que globalement, les maîtres étaient plutôt gentils avec leurs esclaves. C'est évidemment totalement faux."
"Enchaînés" est disponible en intégralité depuis hier sur la plateforme France.tv
https://www.france.tv/france-2/enchaines/saison-1/8402202-reparer.html
et sera diffusée à partir de mercredi prochain à 21.10 sur France 2, puis localement ces prochaines semaines sur Réunion la 1ère.
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Audiovisuel public : rapport parlementaire attendu lundi prochain, et contre rapport de l'éco système, via la Scam, déjà publié ! (le 29-04-2026) |
L’audiovisuel public n’est plus un dossier technique : c’est un symbole de société, un révélateur de valeurs. Et c’est précisément pour cela qu’il s’impose déjà comme un totem de la campagne présidentielle.
Avant même la publication du rapport parlementaire attendue le 4 mai, un autre texte prend l’initiative : le contre‑rapport de la Scam, la Société civile des auteurs multimédia, porté par des auteurs, des réalisateurs, des journalistes, des documentaristes, des producteurs, ceux qui fabriquent ce que le public regarde.
D’un côté : la vision radicale du rapporteur. Elle met en avant des coûts jugés trop élevés, une gouvernance trop lourde, des rapprochements internes trop lents … Une vision qui voit dans le service public un système figé, coûteux, qui doit se réorganiser, se rationaliser, se moderniser.
De l’autre : la vision de la Scam :
Elle dénonce une lecture partielle, fondée sur des exemples isolés. Elle rappelle que l’audiovisuel public, ce sont des millions d’heures de programmes, et des missions non rentables mais essentielles : l’Outre‑mer ...
Les antennes régionales ...
La jeunesse sans publicité, la culture, l’accessibilité, l’investigation :
Une vision qui voit dans le service public un pilier démocratique, un rempart contre la désinformation, un outil de cohésion nationale. Le service public coûte 57 euros par an et par habitant, un niveau inférieur à plusieurs pays européens. Mais il souffre aussi de rigidités internes, reconnues par tous.
Les deux camps convergent sur un point : une évolution du modèle est devenue incontournable. Pas une révolution, pas une liquidation, pas un statu quo : une mise à jour, enfin, après quarante ans d’attente. Mais parmi les "mis en cause", le journaliste de France Inter et France 5 Patrick Cohen souligne sur le plateau de Quotidien (groupe TF1) que l’idée de privatiser une partie du partie du service public comme le souhaite la droite radicale fragiliserait l’ensemble des médias, y compris et surtout le secteur privé :
Parmi les reproches adressés à France Télévisions, il y en a un qui revient comme un boomerang : "Vous faites trop travailler les producteurs privés !". Mais il faut rappeler un fait historique : c’est l’État lui‑même, via la loi Tasca au début des années 2000, qui a imposé aux chaînes publiques de confier une part significative de leur production à des sociétés privées. Une politique publique assumée, pensée pour soutenir la création indépendante. Autrement dit : il est reproché aujourd’hui au service public d’avoir appliqué… la loi.
L’objectif affiché à l’époque était de soutenir la création indépendante et de dynamiser l’industrie audiovisuelle française, la réforme visait aussi à éviter une production trop internalisée, jugée à l’époque peu compatible avec le développement du secteur privé. Elle a fixé des quotas précis de production externalisée, devenus des obligations légales pour les chaînes publiques. Cette politique publique a profondément structuré le marché, en installant durablement un modèle mixte public‑privé. Aujourd’hui encore, ces obligations expliquent donc une grande partie du recours aux producteurs privés par France Télévisions. Les critiques actuelles sur l’externalisation excessive devraient donc être replacées dans ce cadre législatif voulu par l’État. La loi Tasca reste un tournant majeur dans l’organisation de la production audiovisuelle française, avec des effets toujours visibles.
Ce cadre a en effet structuré un modèle où France Télévisions est devenue un financeur central de la création, et ne pouvant internaliser qu’une part limitée de la production. L’effet mécanique a été une montée en puissance durable des sociétés de production privées, désormais destinataires d’une part majoritaire des investissements. La production interne s’est progressivement recentrée sur la coordination éditoriale et la gestion des commandes. Le secteur privé s’est développé, mais avec une forte fragmentation et une dépendance accrue aux commandes publiques. Ce dispositif a façonné un écosystème où l’externalisation n’est plus un choix industriel mais une conséquence réglementaire. Le modèle reste aujourd’hui structurant pour l’ensemble de la filière audiovisuelle française.
Deux visions, deux préconisations, deux modèles de société… Le rapporteur privilégie la restructuration, la rationalisation, la performance. La Scam défend la mission, la diversité, la continuité du service public. L’un parle d’efficacité, l’autre de cohésion. L’un voit des rigidités, l’autre voit un patrimoine. L’un veut un service public plus agile, l’autre veut un service public plus fort.
Et c’est pour cela que ce dossier devient un totem de campagne qui participe déjà aux leaderships en vue de la Présidentielle.
Parce que le service public de l'audiovisuel touche tous les publics, cherche à servir toutes les générations, et tous les territoires ! Il dit quelque chose de la France que chacun veut dessiner : une France qui optimise, ou une France qui protège. Une France qui rationalise, ou une France qui investit dans le commun. Ce débat n’oppose pas des “pro” et des “anti”-service public. Il oppose deux visions de la société. Deux manières de lire la même maison : ceux qui y voient des fissures, et ceux qui y voient un patrimoine. La ministre de la culture s‘est exprimée ce mardi à l’Assemblée Nationale :
Lundi prochain, le 4 mai, les préconisations radicales du rapporteur ciottiste seront publiées. Elles ne mettront pas fin à la discussion. Elles ouvriront la suivante : celle pour laquelle il faudra décider, collectivement : quel audiovisuel public la France veut-elle pour les vingt prochaines années, et quelle société veut-elle raconter à travers lui ?
Thierry Mathieu e-crossmedia le 29 avril 2026.
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Audiovisuel public : un consensus au delà des options politiques ... Il faut que ça bouge ! Edito. (le 28-04-2026) |
Le rapport sera donc publié lundi prochain, le 4 mai, suite au vote hier lundi, des membres de la commision d'enquête parlementaire. Un vote “technique”, paraît-il… 12 députés ont voté pour la publication du rapport, 10 s’y sont opposés et 8 se sont abstenus
Socialistes, Insoumis, écologistes et le communiste, contre. Tous les députés de droite et d’extrême droite, pour : les six élus RN, le rapporteur ciottiste Charles Alloncle lui-même, les 2 LR ainsi qu’une députée non-inscrite de Vendée. Deux autres parlementaires les ont rejoints : celui du groupe Liot et le Président Horizon de la commission, Jeremie Patrier-Leitus. A part lui, la quasi-totalité du bloc central s’est abstenue dont la représentante du parti d’Édouard Philippe, comme les 2 députés du Modem.
Dans l’hémicycle, on appelle ça de la nuance. Dans un billet d’humeur, en studio ou en plateau, on appelle ça "laisser la porte grande ouverte en jurant qu’on n’a pas touché la poignée." Tout le monde semble découvrir que la loi qui régit l’audiovisuel public date de 1986 ! L’époque où on se battait pour programmer un magnétoscope et où les chaînes privées étaient une nouveauté exotique.
Pendant ce temps, le web et les réseaux sociaux ont tout renversé. Les usages, les formats, les audiences, la vitesse, la hiérarchie de l’info. TikTok a remplacé le zapping. YouTube a remplacé les documentaires du dimanche soir. Instagram a remplacé les magazines culturels. Et X (ex‑Twitter) a remplacé les éditos… parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Le service public, lui, a tenté de prendre le train en marche, parfois avec succès en investissant sur la complémentarité entre les chaines traditionnelles et le digital... Mais pour l'essentiel, les entreprises sont globalement restées engoncées dans une loi écrite à l’époque où l’on pensait que la télécommande était une révolution technologique.
Pourtant, ce n’est pas faute de volonté politique de la part de sa tutelle ! Depuis 2017, les ministres de la Culture se succèdent comme dans un casting : Franck Riester et sa “cohérence stratégique”, Roselyne Bachelot et son “modèle à bout de souffle”, Rima Abdul‑Malak et “l’urgence de clarifier les missions”, Rachida Dati et ses “réformes nécessaires”.
Mais les dirigeants de l’audiovisuel public n’ont avancé qu’à petits pas, malgré les demandes répétées de leur tutelle. Le rapprochement entre Franceinfo TV et Franceinfo radio est toujours en chantier, pour ne pas dire au point mort, idem pour le rapprochement du réseau ICI avec France 3 Régions… France TV fait même marche arrière, en ne financant plus les éditeurs visuels pour la co-diffusion sur son réseau des matinales des radios locales. Difficultés budgétaires, de conventions collectives, d’organisation, de culture d’entreprise : brillantes sur le papier, ces évolutions voulues par le politique n’ont été jouées que comme un puzzle sans notice, en mode “ralenti”, comme si le web n’avait pas déjà mis tout le monde au pas de course.
Alors comme toujours, pour ou contre la publication du rapport, tout le monde semble d’accord pour dire qu’il faut changer quelque chose, mais surtout pas trop vite, ni trop fort, ni trop visiblement. Au lendemain du vote, la CGT a dégainé ce mardi la première. Plus rapide qu’un scroll sur TikTok, plus sonore qu’un jingle de Franceinfo. Un communiqué tombé ce matin, sans ambiguïté : "Encore une fois, l’extrême droite a mené un travail de sape minutieux de la confiance que les Français·es ont dans leur Audiovisuel Public : il s’agit d’une véritable guerre culturelle."
Le syndicat promet de “lutter de toutes ses forces”. La bataille sociale est déjà lancée, avant même que la campagne politique ne commence réellement. La CGT, qui connaît ces maisons comme personne, et qui a souvent co‑géré les équilibres internes pendant que les directions cherchaient la paix sociale, se retrouve aujourd’hui en première ligne. Comme si tout le monde découvrait soudain que la guerre culturelle ne se joue pas seulement sur les plateaux, mais aussi dans les couloirs.
Certains élus ont donné le ton durant les 6 mois de commission comme Philippe Ballard député RN et ex journaliste : "Quand j’écoute France Inter, j’ai l’impression d’être dans une réunion de la NUPES." D’autres ont parlé de “déséquilibres éditoriaux”, de “manque de pluralisme”, de “nécessité de moderniser”. Et dans le privé, on a observé tout cela avec un calme olympien. Xavier Niel rappelant que “la concurrence doit être loyale”. D’autres groupes estimant que “le marché doit être rééquilibré”.
Résultat : un vote qui ne dit rien… mais qui dit tout. Un vote qui ne prédit rien de la présidentielle… mais qui annonce clairement l’après. Un vote qui montre que la remise à plat n’est plus une hypothèse, mais s’apparente sans doute désormais à un passage obligé.
Parce que pendant que le Parlement s’interroge, pendant que les dirigeants s’expliquent, pendant que les syndicats s’enflamment, le web, lui, n’attend personne. Et dans ce paysage, l’audiovisuel public n’a ou plutôt n’aura sans doute plus le choix : changer, ou être changé…
Thierry Mathieu e-crossmedia Le 28 avril 2026.
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